Crazy, Stupid, Love. (Glenn Ficarra & John Requa, 2011)

de le 14/09/2011
 
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L’année dernière le couple de réalisateurs Glenn Ficarra et John Requa frappait très fort avec l’incroyable I Love You Phillip Morris. C’est dire si on attendait la suite de leur carrière avec une certaine impatience. Adieu la comédie gay et place à une véritable comédie romantique, genre ô combien balisé et qui, film après film, n’en finit plus de se répéter. Crazy, Stupid, Love c’est encore autre chose puisqu’il s’agit d’une comédie romantique chorale, avec un casting énorme d’étoiles montantes ou déjà scintillantes, chasse habituellement gardée par les britanniques. Et il y a des très belles choses dans ce second essai qui s’éloigne assez clairement de l’image de sales gosses que se traînent les deux artistes. En gros, Crazy, Stupid, Love est vraiment classique mais vient se positionner dans la moitié haute du genre, à savoir une comédie romantique assez efficace, et notamment grâce à ses acteurs, ainsi qu’un véritable savoir-faire technique. ce qui n’en fait pas un film inoubliable pour autant.

Crazy, Stupid , Love part sur un sujet des plus classiques, un couple autour de la cinquantaine et qui explose. Dans une ouverture géniale, deux visions totalement opposées de cette « crise » et déjà s’installe une mélancolie qui accompagnera le film pendant une bonne moitié. C’est que le couple constitué de Steve Carell et Julianne Moore fonctionne parfaitement, créant assez naturellement une véritable alchimie entre eux. Mais rapidement cette histoire de couple s’efface au profit du seul personnage de Cal et sa micro-dépression jusqu’à sa rencontre avec Jacob. À ce moment là le film change déjà de ton et vire vers une sorte de Hitch, expert en séduction dans laquelle la neutralité absolu de l’un tranche avec l’hypersensualité de l’autre. Le duo de réalisateurs a très bien saisi l’aura qui se dégage de Ryan Gosling et il leur suffit d’une scène, quelques cuts et un ralenti, pour créer un symbole. Rien que de très classique dans tout ça, un playboy rayonnant qui va transformer un looser en prédateur du sexe, mais le traitement apporté diffère, refusant la déshumanisation complète. Un autre intérêt évident vient de l’opposition des évolutions des deux personnages, empruntant deux chemins inverses en ce qui concerne leur vision du sentiment amoureux. Puis peu à peu, grâce à l’écriture assez savante de Dan Fogelman (scénariste de Cars et Raiponce) se met en place toute une constellation de personnages et de relations amoureuses parfois improbables, parfois drôles, mais souvent cruelles. Tout fonctionne, un peu comme un numéro d’équilibriste. Plutôt drôle, parfois presque touchant, Crazy, Stupid, Love ressemble tout à coup au sauveteur de la romcom, un film qui prendrait un genre paresseux pour lui insuffler gentiment mais franchement une touche d’insolence bienvenue. Le pari semble tenu jusqu’au dernier acte, franchement embarrassant.

Ce moment là où l’idée de film choral prend véritablement forme, au détour d’une révélation difficile à voir venir, réduit à néant toutes les promesses de grande comédie romantique. Crazy, Stupid, Love tombe alors dans les travers habituels du genre, à savoir des gags bien lourds façon tarte à la crème et une morale bien puritaine doublée des flots de mélo qui vont avec. À trop vouloir pousser sur les sentiments, la machine déraille et on n’y croit plus, persuadé qu’une autre conclusion aurait abouti sur un film autrement plus grand. Reste que Crazy, Stupid, Love brille souvent, porté par une famille d’acteurs tous remarquables de justesse dans un bel éventail émotionnel, qu’ils sont merveilleusement dirigés et surtout très bien castés (Kevin Bacon y est magnifique en amant un peu con par exemple) que jusqu’à la conclusion le scénario était assez brillant et que Glenn Ficarra et John Requa proposent quelque chose qui n’a rien d’extraordinairement innovant en terme de mise en scène mais qui supplante facilement bon nombre d’exercice du genre, généralement réalisés par des tâcherons sans véritable talent pour construire quelque chose de visuel. On est donc un peu déçu qu’ils se soient laissés aller à un final tout naze après avoir montré de très belles choses, en espérant qu’ils redressent la barre lors de leur prochain film qu’on attend plus mordant.

FICHE FILM
 
Synopsis

A tout juste quarante ans, Cal Weaver mène une vie de rêve - bonne situation, belle maison, enfants formidables et mariage parfait avec sa petite amie du lycée. Mais lorsqu’il apprend que sa femme, Emily, le trompe et demande le divorce, sa vie « parfaite » s’écroule. Pire, dans le monde des célibataires d’aujourd’hui, Cal, qui n’a plus dragué depuis des lustres, se révèle un modèle d’anti séduction. Passant désormais ses soirées à bouder tout seul au bar du coin, l’infortuné Cal est pris en main comme complice et protégé d’un séduisant trentenaire, Jacob Palmer. Pour l’aider à oublier sa femme et à commencer une nouvelle vie, Jacob tente de faire découvrir à Cal les nombreuses perspectives qui s’offrent à lui : femmes en quête d’aventures, soirées arrosées entre copains et un chic supérieur à la moyenne. Cal et Emily ne sont pas les seuls en quête d’amour: le fils de Cal, Robbie, 13 ans, est fou de sa babysitter de 17 ans, Jessica, laquelle a jeté son dévolu… sur Cal ! Et en dépit de la transformation de Cal et de ses nombreuses nouvelles conquêtes, la seule chose qu’il ne peut changer reste son coeur, qui semble toujours le ramener à son point de départ.