Crazy Night (Shawn Levy, 2010)

de le 19/03/2010
 
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Que pouvait-on attendre d’une nouvelle comédie réalisée par le type déjà coupable de deux Nuits au Musée, du remake de la Panthère Rose et de celui de Treize à la Douzaine? Pas grand chose. Et si on lui ajoute une tête d’affiche comique célébrée de partout alors qu’il n’est vraiment drôle que dans la série the Office? On touche déjà presque le fond. Et devant le « spectacle » que constitue ce Crazy Night, pas d’autre choix que de constater que quand ça pue de loin, c’est encore pire de près. Le sujet? Rien de bien original à l’horizon. Un couple d’américains moyens qui sont tombés dans la routine et qui décident de passer une soirée un peu spéciale pour redonner un léger coup de tonus à leur relation qui n’est plus vraiment passionnelle. Du déjà vu. La soirée en question va partir en vrille et ce simple dîner dans un restaurant hype va se transformer en comédie d’action. Déjà vu aussi, et dans le genre « soirée qui part dans tous les sens », autant se refaire Very Bad Trip qui lui aussi bénéficiait d’un nouveau titre français en anglais mais qui avait le mérite d’être hilarant. Crazy Night est l’exemple type de la comédie qui se veut haut de gamme, avec son casting 5 étoiles et ses scènes d’action tape à l’œil mais qui échoue à tous les niveaux, ne proposant qu’un spectacle ennuyeux malgré sa faible durée (1h30). Et le pire dans tout ça, c’est que ce n’est même pas drôle, le film peinant à nous faire décrocher ne serait-ce qu’un vague sourire.

Avec une humilité toute relative, le réalisateur compare volontiers son film à des classiques de la comédie d’action tels 48h de Walter Hill. À la vision de la chose on peut affirmer sans l’ombre d’un doute qu’il est très loin du compte! Son duo d’acteurs issu de ce satané Saturday Night Live, qui en aura révélé des comiques inefficaces, ne fonctionne qu’à de trop rares occasions dans une succession de péripéties toutes plus incroyables les unes que les autres, incroyables dans le sens où on n’y croit pas une seule seconde. Certes le couple incarné par Steve Carell et Tina Fey est plutôt crédible, et les scènes les plus intimistes entre eux sont sans doute ce qu’il y a de plus réussi dans le film: routine, baisse de libido, boulot épuisant, enfants qui les sortent du lit à 5h du matin… c’est plutôt drôle sans qu’on se roule par terre en se tenant les abdos pour autant, mais ça marche. Sauf que ça ne dure pas longtemps.

Le film part rapidement dans une longue course poursuite à pied, en voiture, en taxi, en bateau de location, sans susciter le moindre intérêt. Tout y est too much et ça ressemble rapidement à un défilé de stars qui avaient un créneau de libre dans leur agenda pour venir faire coucou à la caméra. Will.i.am des Black Eyed Peas, Common en flic ripou, Ray Liotta en mafieux, Mark Wahlberg en agent secret qui fait de la concurrence à Jamie Foxx (comprendre par là qu’il est torse nu à chaque scène), Mark Ruffalo, Mila Kunis et James Franco alternent pure figuration et participation insignifiante, tandis que Taraji P. Henson peine à nous faire avaler qu’elle joue une détective. Bref ça s’amuse entre acteurs bankables (ou pas), ça court, ça se poursuit, ça se menace et ça fait des blagues qui ont sans doute beaucoup fait rire les gens sur le plateau si l’on en croit le mini bêtisier du générique de fin mais ce n’est tout simplement pas drôle, et c’est désolant.

De plus, comme on est chez l’oncle Sam, et que chez lui une comédie sans morale ça n’existe pas, on est obligé de se farcir des dialogues d’une lourdeur parfois insupportable. Ce n’est même pas étonnant, de toute façon on sait dès le début comment tout ça va se terminer et les aventures traversées ne restent qu’un prétexte à du remplissage sans le moindre enjeu. C’est typique de ce genre de cinéma, surtout ne jamais égratigner la sacro-sainte image de la famille modèle américaine, au risque de s’attirer les foudres du public et donc d’oublier les recettes juteuses. On ajoute à tout ça des scènes complètement surréalistes, une poursuite en voiture qui se veut originale mais qui est juste mauvaise, des facilités scénaristiques improbables (genre un ex-agent secret, discret donc, a une Audi R8 dans son garage, avec les clés dessus), des placements de marques qui frisent l’outrage (bien sur un chauffeur de taxi au look de sans-abris a toujours un kindle dans sa boîte à gants), et on obtient une comédie non seulement ratée mais surtout agaçante.

L’idée de départ, bien que peu originale, pouvait donner une comédie savoureuse. Ce n’est pas le cas, le spectacle est assez affligeant et jamais drôle. Difficile de le conseiller à qui que ce soit, seuls les fans aveugles de Steve Carell qui fait son show seront aux anges. Les autres, mieux vaut éviter la chose, c’est sans intérêt.

FICHE FILM
 
Synopsis

Pour tenter de rompre la routine qui s’installe dans leur couple, Phil et Claire Foster décident de passer une soirée extraordinaire dans le restaurant le plus en vue de Manhattan. Sans réservation, ils n’ont d’autre choix que de se faire passer pour un autre couple, les Triplehorn, afin d’obtenir une table. Mais à peine leurs entrées terminées, leur imposture est dévoilée par des gangsters impitoyables à la recherche des Triplehorn. Les Fosters sont obligés de fuir pour sauver leur peau, et se retrouvent alors plongés dans une série improbable d’embrouilles à travers la ville. C’est le début d’une nuit démente qui va leur permettre de faire exploser, entre autres, la monotonie de leur couple… Une chose est sûre : ils ne sont pas prêts d’oublier cette soirée.