Cowboys & Envahisseurs (Jon Favreau, 2011)

de le 30/07/2011
 
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Des cowboys et des extra-terrestre. Tout l’intérêt qu’a pu susciter le nouveau film de Jon Favreau, honnête artisan sans réel talent qui a bien su négocier le passage de métier d’acteur à celui de réalisateur bankable, se tient dans ces deux mots. Il n’y a plus beaucoup de grandes idées à Hollywood, mais celle de fouiller dans des vieux comics oubliés et médiocres pour en ressortir ce concept est géniale. Mélanger dans un même film un western et un film d’invasion alien, c’est tout de même phénoménal. Le soucis est qu’on a peut-être oublié un peu vite que Steven Spielberg n’était que producteur exécutif et que Jon Favreau n’a pour l’instant rien montré d’extraoridinaire, et ce même si ses deux Iron Man reste tout à fait recommandables, voire assez cools. Cowboys & Envahisseurs repose donc tout entier sur cette idée saugrenue au potentiel immense, et le film de tenir toutes ses promesses pendant suffisamment longtemps pour créer une véritable illusion de réussite avant de retomber dans quelque chose d’assez banal manquant quelque peu de folie. S’il est comme toujours grotesque de remettre en cause la « crédibilité » de telle ou telle scène, l’ensemble du film reposant sur un concept irréel, il convient d’y voir un film un brin balourd qui ne convainc qu’à moitié mais qui procure tout de même un réel plaisir de gosse à différents niveaux. Parfois grossier, parfois purement nostalgique, parfois bien concret, ce plaisir est à peu près le même que sur les précédent films du réalisateur, quelque chose de simple en fait. Et au niveau plaisir immédiat, il nous sert tout de même James Bond et Indiana Jones, dans un même film.

Ceci dit, Cowboys & Envahisseurs est un film qui cumule un certain nombre de tares assez gênantes, et dont la principale vient de son scénario. Sans entrer dans le détail, on sent très bien que les six scénaristes (rien que ça) ont eu un mal fou à intégrer les codes des deux genres auxquels ils souhaitent s’attaquer, de la même façon qu’ils sont à la peine au moment de donner un minimum de consistance à tous les personnages, trop nombreux, trop de noms qui buzzent sur la liste des acteurs. La faiblesse du film tient du traitement de son concept. On pourrait conclure sur un échec total mais certainement pas, car le bilan est au final plutôt positif. Le mélange des genres fonctionne à bas régime mais les deux genres pris séparément bénéficient d’un traitement tout autre. Côté invasion, si Jon Favreau ne propose rien de bien original, c’est à dire rien qui ne se démarque des travaux de Ridley Scott (Alien) ou Steven Spielberg (La Guerre des mondes) par ailleurs cités de façon assez explicite, il assure le show. Ses aliens n’ont pas vraiment de but follement original, ni de personnalité propre, mais ils imposent une menace concrète et physique. C’est très classique, traité un peu par dessus la jambe sur le plan narratif, mais ça fonctionne tout de même malgré le fait que 30 minutes de moins n’auraient pas fait de mal au rythme de l’ensemble. Non, le gros point fort du film vient de l’autre côté, du côté des cowboys. Visiblement plus à l’aise avec les lonesome gunslingers qu’avec les petits hommes verts, Jon Favreau accouche d’un premier tiers de film qui tient à 200% du western et le réussit de façon insolente. Et plus que de John Ford ou Clint Eastwood dont il se réclamerait presque l’héritier, c’est du côté du western italien qu’il faut chercher ses influences. Aussi crade, mystérieux et badass qu’un Django arrivant dans la petite ville à la frontière mexicaine (Absolution, de quoi nous rappeler Redemption dans Mort ou Vif), avec un étrange bracelet/fardeau en lieu et place d’un cercueil, Jake Lonergan a tout du vrai anti-héros de western. Et Favreau va surfer sur cette belle idée jusqu’à l’apparition des aliens, dont il gère la première attaque à merveille, avant de baisser le ton de façon conséquente jusqu’à ne plus provoquer grand chose d’autre que le grand spectacle que tout blockbuster se doit de respecter.

Comme paralysé par son cahier des charges et son scénario pas terrible, Jon Favreau s’en sort tout de même avec les honneurs et signe un film dans la lignée de ses précédents. Pas culte, pas dingue, pas brillant, juste très attachant et parfois même impressionnant. Dommage qu’il ne puisse pas tirer complètement profit de son casting, laissant la majorité des seconds rôles sur le bord du chemin, à peine esquissés. La petite exception vient de Harrison Ford, pas forcément ua meilleur de sa forme mais qui se tient à sa place et assume enfin le poids des années. Et puis, avouons que le voir avec un chapeau fait remonter de doux souvenirs à la surface. Il évolue toutefois dans l’ombre de Daniel Craig, impérial en anti-héros qui a tendance à parler avec ses poings et son flingue et s’imposant de façon assez massive sur l’ensemble du film. Il s’inscrit dans la lignée des Steve McQueen et Bruce Willis, des héros bad guys et cools, trouvant parfaitement sa place dans cet ensemble qui cherche à faire renaître, parfois de façon stupéfiante, une certaine idée du cinéma d’action et d’aventure si chère à monsieur le producteur exécutif. Jon Favreau et sa méthode old school qui se ressent à l’écran par de l’image souvent brute et au découpage classique était bien l’homme de la situation. Il n’est juste pas doué pour les miracles.

FICHE FILM
 
Synopsis

Arizona, 1873. Un homme qui a perdu tout souvenir de son passé se retrouve à Absolution, petite ville austère perdue en plein désert. Le seul indice relatif à son histoire est un mystérieux bracelet qui enserre son poignet. Alors que la ville est sous l’emprise du terrible colonel Dolarhyde, les habitants d’Absolution vont être confrontés à une menace bien plus inquiétante, venue d’ailleurs...