Coraline (Henry Selick, 2009)

de le 01/07/2009
 
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Quel plaisir de retrouver celui qui nous avait fait rêvé avec son complice Tim Burton il y a déjà de nombreuses années avec ce chef d’œuvre de poésie macabre et de comédie musicale qu’était l’étrange Noël de Monsieur Jack… Véritable surdoué de l’animation (par politesse et par respect on ne dira rien sur Monkeybone… une erreur de parcours) capable de donner vie à des univers singuliers, sa rencontre avec l’auteur Neil Gaiman ne pouvait que donner lieu à une nouvelle réussite. Il délaisse complètement l’univers de Jack même si quelques réminiscences sont visibles au coin d’un décor ou dans l’aspect général de quelques personnages… point de comédie musicale, Coraline est un conte, magique, effrayant, époustouflant… un mariage heureux de plusieurs talents et technologies (l’animation en stop-motion est ici intégrée à des univers en 3D), c’est magnifique, sombre, enfantin… coup de coeur!

Un scénario simple qui résonnera de différentes façons selon que l’on soit enfant ou adulte, une sorte de version moderne d’Alice au pays du magicien d’Oz qui brasse autant les références à des contes qu’à d’autres oeuvres d’animation, ou de cinéma live, on pense bien sur à l’œuvre de celui qui aura fait beaucoup d’ombre à Selick (qui on l’espère se fera enfin un nom avec celui-là), monsieur Burton qui n’a rien à voir avec Coraline mais dont la présence se fait tout de même sentir (serait-ce là le signe d’un véritable auteur qui aurait imprimé tout un univers?). Peu de surprises dans cette histoire (bien que les plus jeunes dans la salle semblaient surpris par la tournure des évènements), le regard d’un adulte étant tellement vide d’innocence et de naïveté qu’on comprend de suite que cet envers du décor n’est pas sain…

A l’écran c’est un festival, le passage dans l’autre réalité voit la grisaille ambiante, les arbres effrayants (derniers artefacts gothiques chez Selick), les personnages moroses, laisser leur place à un festival de couleurs vives… les « autres » parents sont bien plus aimants et attentionnés (mais les autres sont-ils vraiment mauvais ou seulement débordés par leur quotidien?), les jouets et les animaux parlent, tous les voisins sont devenus agréables et pour Coraline ce serait le paradis s’il n’y avait pas ces boutons à la place de leurs yeux… Univers fantastique à la limite du conte de fée, à la limite seulement…

Le gros tour de force du film de Selick est de réussir ce que peu de films d’animations sont capables de faire: créer une véritable empathie pour le personnage principal. Un exemple simple, on en vient à être agacé quand les voisins écorchent le nom de Coraline… Et plus on est jeune plus on s’identifiera à cette petite fille adorable et dont la vie semble si morose. C’est d’ailleurs là un soucis plutôt gênant, je crois que passé un certain âge on ne ressentira pas vraiment d’émotions devant ce film… On l’appréciera pour d’autres raisons mais on ne sera pas aussi transporté qu’on aurait pu le croire.

Reste un tour de force technique qui force le respect. L’univers ici crée fonctionne à la perfection malgré sa complexité, les moments magiques s’enchaînent à d’autres beaucoup plus cruels. De nombreuses scènes resteront dans les mémoires comme ce fabuleux jardin que découvre Coraline de l’autre côté ou la dernière partie du film qui présente des images superbes avec cet univers qui se referme sur lui-même.

Le rythme est très bien géré, on ne s’ennuie pas et on en prend même plein les yeux sur la fin. Visuellement c’est un délice de tous les instants, on ne peut rien redire là-dessus, le boulot effectué est monstrueux et rien que pour ça, ça vaut le détour. Pour le reste, l’histoire est très sympa et parlera à tous les publics de 7 à 77 ans par son universalité mais de différentes manières, avec plus ou moins d’émotion, plus ou moins de cruauté, plus ou moins de magie. Mais si l’impact n’est pas celui de l’étrange Noël de Monsieur Jack, le spectacle vaut largement le coup d’être découvert, c’est très beau.

FICHE FILM
 
Synopsis

Coraline Jones est une fillette intrépide et douée d'une curiosité sans limites. Ses parents, qui ont tout juste emménagé avec elle dans une étrange maison, n'ont guère de temps à lui consacrer. Pour tromper son ennui, Coraline décide donc de jouer les exploratrices. Ouvrant une porte condamnée, elle pénètre dans un appartement identique au sien... mais où tout est différent. Dans cet Autre Monde, chaque chose lui paraît plus belle, plus colorée et plus attrayante. Son Autre Mère est pleinement disponible, son Autre Père prend la peine de lui mitonner des plats exquis, et même le Chat, si hautain dans la Vraie vie, daigne s'entretenir avec elle. Coraline est bien tentée d'élire domicile dans ce Monde merveilleux, qui répond à toutes ses attentes. Mais le rêve va très vite tourner au cauchemar. Prisonnière de l'Autre Mère, Coraline va devoir déployer des trésors de bravoure, d'imagination et de ténacité pour rentrer chez elle et sauver sa Vraie famille...