Conviction (Tony Goldwyn, 2010)

de le 14/03/2011
 
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À intervalles plus ou moins réguliers le cinéma américain nous envoie ses gros drames imparables. Des histoires de combats perdus d’avance, des héros ordinaires, des larmes, le public en raffole. La recette est toujours plus ou moins la même. Tout d’abord il faut un sujet important, un combat pour la justice, de quoi révolter et faire pleurer en même temps. Pour cela, le plus efficace est la mention « fait réel ». Que ce soit « inspiré de », « tiré de » ou « adapté de », le simple fait qu’il y ait derrière une lutte extraordinaire de vraies personnes, des messieurs et madames tout le monde, suffit généralement au public pour se laisser aveugler. Ensuite il faut un casting de qualité, avec des acteurs et actrices reconnus, mais pas encore récompensés de préférence, car ces films là sont généralement de bons véhicules à Oscar. Enfin il est nécessaire d’avoir derrière la caméra un réalisateur capable de s’effacer derrière son sujet, ou bien un yes-man venu de la TV et qui cherche à se faire voir sur un film important. Tout ça c’est la recette magique appliquée sur Conviction, le genre de film que si on ne l’aime pas c’est qu’on n’a pas de coeur, vous voyez le topo? Plus sérieusement Conviction n’est pas un mauvais film, mais avec un sujet si fort il fallait un metteur en scène capable de le canaliser, de ne pas se laisser écraser, ce qui est le cas ici. Le fait est que ce n’est pas l’incroyable histoire de Betty Anne Waters qu’on juge ici mais le film de Tony Goldwyn. Et son film est assez faiblard, sans être honteux.

Il est vrai que l’histoire de Betty Anne Waters qui a lutté pendant 20 ans pour innocenter son frère, accusé de meurtre (à tord selon elle), mettant en péril sa propre famille, délaissant sa propre existence, est passionnante, puissante. Ce serait idiot de le nier. Mais un sujet de fond aussi incroyable soit-il n’a jamais fait un grand film, remember La Rafle. Ainsi pour un Erin Brockovich, seule contre tous parfaitement construit et maîtrisé, combien de Hurricane Carter et autres ersatz ultra poussifs? Le principal soucis du genre est qu’en la matière, les américains ont des difficultés énormes à pratiquer une quelconque retenue. Ainsi, s’ils sont généralement experts dans la reconstitution des faits, avec la description chirurgicale d’une enquête, c’est assez différent quand entre en scène l’élément clé pour que le spectateur se sente un minimum proche des personnages à l’écran : l’émotion. Là, comme dans des milliers de films avant lui, et comme sans doute des milliers après, plus aucune retenue. On est au royaume des torrents de larmes et cela devient rapidement insupportable.

C »est dommage car le scénario de Conviction est un modèle du genre. Bien agencé par Pamela Gray (auteur entre autres du méconnu La Musique de mon coeur de Wes Craven), ce récit profite d’une profusion de détails mais de qualités réelles en termes de dramatique. L’exemple frappant étant l’évolution des relations entre les divers protagonistes, hyper réaliste, ou encore la culpabilité de Kenneth, et le trouble qui s’installe peu à peu à la place des certitudes jugées inébranlables de la première partie. À grands coups de flashbacks et explications développées, on ne s’ennuie pas. On se passionne même un moment pour l’enquête, même si on ne doute jamais véritablement de sa conclusion. Le soucis est qu’au bout d’un certain temps (cela dure près de deux heures tout de même) on s’ennuie un peu, sans compter que dans le dernier tiers Tony Goldwyn, peu sur de l’efficacité émotionnelle seule de sa mise en scène (et Dieu sait s’il a raison), se voit obliger de sortir les violons et de nous assommer avec un pathos lâché sans bride. Ce genre d’artifice devient insupportable.

Le fait est que Tony Goldwyn, plutôt reconnu en tant qu’acteur, et qui après deux long métrages s’était concentré sur la réalisation d’épisodes de séries TV (dont Grey’s Anatomy ou Dexter), se laisse complètement écraser par son sujet en or. À l’image cela se traduit simplement : absolument aucune fulgurance, aucune scène mémorable. On navigue ici dans une mise en scène didactique et sans vagues digne d’un téléfilm de luxe, ce que Conviction semble être tout le long. Et le film serait parfaitement oubliable s’il n’y avait pas toutes ces idées géniales au niveau du casting. Les seconds rôles sont en or massif, de Melissa Leo encore une fois stupéfiante à Juliette Lewis inoubliable, en passant par la touchante Minnie Driver. Les têtes d’affiche en imposent carrément. Cela faisait bien trop longtemps qu’Hilary Swank n’avait pas bénéficié d’un beau rôle, c’est réparé. Elle est impeccable, comme toujours dans les personnages de femmes fortes. Mais sans grande surprise, et malgré son temps à l’image assez réduit, c’est Sam Rockwell qui écrase tout le casting. Par sa présence magnétique, par la puissance de son jeu, à chacune de ses apparitions on ne voit que lui. Quel acteur! Tony Goldwyn peut leur dire un grand merci à ses acteurs, sans eux son film n’existerait même pas tant il est fade.

[box_light]Conviction c’est le prototype du drame bien pesant basé sur des faits réels comme en raffole le public américain. L’histoire d’une femme forte dans une lutte digne de celle entre David et Goliath, un combat perdu d’avance contre la justice. Rien à dire sur le récit, il est passionnant. Par contre Tony Goldwyn met le tout en scène dans ce qui ressemble plus à un téléfilm qu’à un film de cinéma, cédant au pires élans de pathos possibles dans sa conclusion. Heureusement il y a tous ces acteurs fabuleux qui justifient à eux-seuls le déplacement, et en tête un immense Sam Rockwell. Pour le reste, c’est terriblement aseptisé.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Conviction est l’histoire vraie de la lutte d’une femme, pendant 18 ans, pour faire libérer son frère de prison. 1983, Kenny Waters est condamné à perpétuité pour meurtre. Betty Anne, sa sœur, est la seule à être convaincue de son innocence. Face à un système judiciaire qui refuse de coopérer, elle entreprend des études pour obtenir un diplôme d’avocate. Elle mène sa propre enquête afin de faire rouvrir le dossier, n’hésitant pas à sacrifier sa vie de famille. Aidée de sa meilleure amie, Abra Rice, elle est bien décidée à tout mettre en œuvre pour disculper son frère.