Contagion (Steven Soderbergh, 2011)

de le 03/11/2011
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Au sein de l’industrie hollywoodienne, Steven Soderbergh fait figure d’électron libre depuis bien longtemps. Palme d’or très jeune avec Sexe, mensonges et vidéo, il a depuis construit une oeuvre très reconnaissable se scindant en deux vagues qui restaient très distinctes jusqu’à il y a quelques années. D’un côté un véritable cinéma d’auteur lorgnant parfois vers l’expérimental pur, jusqu’à The Girlfriend Experience, et de l’autre des films haut de gamme proches de véritables blockbusters et dans lesquels il faisait appel à tous ses potes pour monter des affiches surréalistes, à l’image de la série des Ocean’s. Pourtant, il y a toujours eu, et de plus en plus, au milieu une veine quasiment indéfinissable, des films se positionnant autant dans le gros film de studio que dans l’auteurisme, à l’image de Traffic par exemple, ou plus récemment du diptyque Che. Des films surprenants car à la lisière de l’expérimental avec des budgets plus que conséquents. C’est un peu dans cette voie qu’arrive Contagion, nouveau projet totalement improbable et sur lequel on n’aurait pas parié un centime : un film d’infection. Soit un genre inscrit dans une tradition de série B horrifique car souvent synonyme de zombies – ou de « contaminés » au comportement social plutôt anthropophage – et donc à priori rien qui ne puisse s’accorder à la carrière de Steven Soderbergh qui s’est pourtant retrouvé à Venise avec ce film.

Ce qui est certain c’est qu’on ne pouvait pas s’attendre à un film d’infection classique. Et en effet il apporte un souffle assez inédit au genre. Ce qu’on ne pouvait pas sentir non plus, c’est que l’exercice aboutisse sur un résultat aussi brillant, car Contagion se pose immédiatement en référence. Notamment grâce à son scénario qui n’est rien d’autre qu’un modèle du genre, refusant certaines figures imposées pour ouvrir d’autres pistes narratives extrêmement justes, à tel point qu’on se demande bien pourquoi tous les films du genre n’ont pas suivi cette voie plus tôt. Généralement, dans les films d’infection, d’horreur ou catastrophes, l’idée est de montrer différentes régions simplement en introduction pour mettre en place l’étendue du drame. Ici, on va bien plus loin car Steven Soderbergh va montrer différents points du globe mais ne va en garder que quelques uns liés à son récit général. Ainsi, on ne verra ni Big Ben ni la Tour Eiffel ou la Statue de la liberté car ces lieux ne sont pas fréquentés par les personnages. Au lieu de ça il se concentre sur une poignée de lieux, essentiellement aux USA et va adopter la forme du film choral, une logique implacable. On est pourtant devant des figures assez classiques, avec d’une part les victimes, le peuple manipulé, de l’autre le pouvoir qui manipule et cherche de vraies solutions, et entre les deux des figurants qui apportent une réelle nouveauté. Et notamment un blogueur, personnage fascinant car complètement en phase avec notre temps, à la merci d’aucun pouvoir mais finalement havre de faiblesse tout simplement humaine, démontrant une fois encore que toute liberté s’assortit d’un prix à payer. On trouve également un personnage neutre, suisse, chose très rare (on se souvient du même type de personnage, également féminin, dans JSA), qui se trouve être celui au parcours le plus original même si Soderbergh le laisse quelque peu de côté. C’est l’occasion pour Marion Cotillard de montrer qu’elle peut être très efficace. Le casting en or massif est au service total de ce récit complexe qui use des figures du genre dans sa construction générale pour les pervertir. Les personnages interprétés par des têtes d’affiches peuvent mourir à tout moment et c’est en partie là que Soderbergh brise nos repères. On ne sait pas si on s’achemine vers un happy end, on ne le devine jamais. Et si on peut déplorer une résolution manquant quelque peu de courage, il faut avouer que Steven Soderbergh prend des risques et tente une approche peu commune.

Le résultat c’est tout de même un film qui a non seulement de la gueule, mais surtout qui parvient à toucher l’inconscient du spectateur, chose très rare. En démontrant par A+B comment se propage une épidémie et en appuyant parfois plus que de raison la démonstration par l’image, Contagion crée la peur. Une peur qui ne se ressent pas pendant le film – on est plus impressionné qu’effrayé – mais qui accompagne les heures suivant la projection. Et tout ceci car le degré de réalisme atteint repousse certaines limites, créant une sorte de paranoïa inconsciente qui fait hésiter quelques secondes avant de s’accrocher à la barre en métal dans le métro. Et cela fonctionne car les acteurs y croient à fond et font un bel étalage de leur talent, tous à l’exception d’un Jude Law qui en fait beaucoup trop pour être crédible, mais également car Soderbergh orchestre l’ensemble d’une main de maître. Bien appuyé par la composition d’un Cliff Martinez en mode Drive (la bande originale est somptueuse de modernité) il propose un jeu fascinant dans sa mise en scène. Extrêmement maniéré, et un peu lourd parfois il est vrai, il use d’une fausse simplicité en effectuant un jeu plutôt agréable sur les focales. Ainsi, il use et abuse des longues focales en très gros plan pour filmer du détail et provoquer ainsi le malaise, sans avoir besoin de souligner les explications par les dialogues. C’est très – voire trop – efficace mais c’est tout de même courageux de se prêter à ce genre d’exercice sur un tel film. Et l’audace elle se trouve également dans la construction du film car au traditionnel découpage en chapitres il répond par une ouverture au chapitre 2, idée absolument géniale quand il s’agit d’ensuite raconter la recherche des causes de l’infection.

FICHE FILM
 
Synopsis

Une pandémie dévastatrice explose à l’échelle du globe… Au Centre de Prévention et de Contrôle des Maladies, des équipes se mobilisent pour tenter de décrypter le génome du mystérieux virus, qui ne cesse de muter. Le Sous-Directeur Cheever, confronté à un vent de panique collective, est obligé d’exposer la vie d’une jeune et courageuse doctoresse. Tandis que les grands groupes pharmaceutiques se livrent une bataille acharnée pour la mise au point d’un vaccin, le Dr. Leonora Orantes, de l’OMS, s’efforce de remonter aux sources du fléau. Les cas mortels se multiplient, jusqu’à mettre en péril les fondements de la société, et un blogueur militant suscite une panique aussi dangereuse que le virus en déclarant qu’on "cache la vérité" à la population…