Conan (Marcus Nispel, 2011)

de le 13/08/2011
 
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Marcus Nispel est l’exemple type d’un espoir qui s’effondre. De film en film, ou plutôt de remake en remake car même son Pathfinder en est un, il fait s’effacer tout le bien qu’on pouvait penser de lui lorsqu’il avait réussi l’impossible : un remake de qualité d’un classique intouchable, Massacre à la tronçonneuse. Et alors qu’on pensait assez logiquement qu’il ne pouvait pas tomber plus bas qu’avec son insupportable Vendredi 13, le voilà qui s’attaque à un autre mythe, Conan le barbare. Pour se lancer sur les traces du monument de John Milius (et au Diable la prétendue non-fidélité aux écrits de Robert E. Howard, le film est un chef d’oeuvre et il faut être aveugle pour ne pas s’en rendre compte) il faut soit être un génie, soit avoir une paire de cojones de la taille de deux pastèques, soit être un peu con. À défaut de savoir si Monsieur Nispel a été favorablement doté par la nature, et car il est assez clair qu’il est loin d’être un génie, c’est malheureusement la troisième proposition qui l’emporte. Bien aidé par un trio de scénaristes ayant œuvré sur des perlouses telles que Sahara, Un Coup de Tonnerre ou encore Cube² : Hypercube, Marcus Nispel annonce vouloir faire table rase de l’oeuvre de Milius (le fou) pour proposer un vrai retour aux sources du guerrier cimmérien. Intentions tout à fait louables avec l’ambition et l’inconscience qui va avec pour un résultat en dessous de tout. Car c’est bien beau de citer sur des affiches le plus brillant illustrateur des récits de Conan, Frank Frazetta, pour alpaguer le chaland, mais si c’est pour ensuite composer une imagerie dégueulasse qui s’en affranchit complètement il y a de quoi crier au scandale. Conan version 2011, c’est Pathfinder en très mauvais, c’est un ratage quasiment complet qui se complaît à souiller le mythe jusqu’à lui faire subir les derniers outrages, et en 3D s’il vous plait.

À vrai dire Conan cumule à peu près toutes les tares possibles et se situerait quelque part dans le sillage de Kalidor, quitte à citer un autre massacre en règles de l’oeuvre de Howard. Si on n’attendait pas un scénario d’une grande finesse, on pouvait tout de même espérer un récit d’aventure qui soit un minimum entraînant, sans même évoquer le terme d’épique qui doit être absent du vocabulaire de Nispel. C’est manqué, car si en effet tout ça n’est pas très fin, c’est carrément crétin, sans la moindre construction scénaristique basique. Les personnages errent d’un décor à l’autre sans but précis (Conan a ruminé la vengeance de son père depuis l’enfance puis l’oublie un peu en cours de route car l’amour rend aveugle, un peu comme le film) et n’existent jamais vraiment. Ainsi, on se demande bien à quoi sert cette longue introduction sur l’enfance du guerrier à part pour permettre à Ron Perlman de jouer au chef de tribu barbare, car jamais le lien affectif ne se créé entre Conan et le spectateur. En gros, on se fout royalement du destin de tous ces pantins qui gesticulent dans des décors affreux. Et on en vient là au coeur du problème, Conan est un film moche, mais vraiment moche. Entre les décors qu’on peut parfois soupçonner d’être de vulgaires toiles peintes (et qui si c’est le cas n’arrive même pas à la cheville de celles du Narcisse Noir qui a un peu plus de 60 ans) tellement ils sont hideux, des CGI qui vont du passable au dégueulasse (le seul véritable monstre du bestiaire inexploité est une sorte de poulpe mal foutu) et une lumière souvent calamiteuse, le bilan est déjà lourd. Mais c’était sans compter sur Marcus Nispel et son monteur Ken Blackwell qui prennent un malin plaisir à repousser les limites du n’importe quoi. On n’est pas vraiment étonné quand on découvre que ce dernier a oeuvré aux côtés de Michael Bay ou qu’il était en charge du montage de Expendables : Unité spéciale devant l’ampleur du désastre. En véritables analphabètes de la grammaire cinématographique, ils prennent un malin plaisir à surdécouper les quelques scènes d’action en oubliant la notion de logique spatiale pour aboutir sur un pâté d’images peu ragoutant. Il y avait pourtant matière, car si elles ne sont pas si nombreuses, les grosses scènes d’action avaient un énorme potentiel qui se voit réduit à de simples séquences sauvages et sanglantes mais qui ne racontent absolument rien. Alors oui le sang numérique gicle en abondance sur les beaux costumes et maquillages, mais on s’en fout un peu.

Crétin et même pas si bourrin, le film le sera jusque dans ses moindres détails, dont un casting clairement à la peine. On assiste ainsi à une leçon de cabotinage complètement vain par Stephen Lang et Rose McGowan, une apparition franchement inutile de Saïd Taghmaoui et une imitation de Jodie Foster par Rachel Nichols. Mais l’attraction c’est bien sur Jason Momoa qui doit prendre la succession d’Arnold Schwarzenegger mais n’est clairement pas taillé pour. Dénué du moindre charisme, coincé dans son regard de bovin intense, abonné aux grognements et aux répliques machistes, jamais il ne semble porter un rôle légendaire, peu aidé il est vrai par la mise en scène de Marcus Nispel incapable de capter une seule posture iconique, et ce jusque dans un plan final tout mou (souvenez-vous du dernier plan de Conan le barbare par Milius, cette puissance). Le réalisateur allemand préfère reprendre une séquence entière de Prince of Persia ou filmer une scène de cul au ralenti, avec plan post-coïtus sur les fesses de Momoa histoire de capter l’attention du public féminin qui se serait aventuré dans cette galère, plutôt que de créer une légende barbare. C’est un choix, et le résultat se paye cash. C’est nul, sans la moindre ampleur barbare, sans aucune ambition graphique ou narrative, et bercé par une mélodie oubliée dès la sortie de la salle alors que le score de Basil Poledouris hante nos oreilles depuis presque 30 ans. C’est un désastre, par Crom!

Ah oui, et sinon le machin est en 3D, histoire de filer une migraine durable au plus résistant des spectateurs, et souffre d’un mixage sonore qui risque bien de provoquer de sérieuses pertes d’audition…

FICHE FILM
 
Synopsis

Les aventures de Conan à travers le continent d'Hyboria, en quête de vengeance suite au meurtre de son père et du massacre de son village.