City Island (Raymond De Felitta, 2009)

de le 16/12/2009
 
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Il y a une évidence qui se confirme à chaque nouveau film, c’est quand on n’en attend absolument rien qu’on a droit aux plus belles surprises! City Island est un film indé dont pas grand monde n’avait entendu parlé jusqu’à sa présentation hors compétition à Deauville cette année. Et pourtant c’est typiquement le genre de film qui mérite à être connu et qui risque d’être un beau petit succès s’il trouve son public. Comédie de mœurs, drame, comédie familiale… pas vraiment de nouveau là-dedans sauf que le traitement et le thème central sont suffisamment originaux pour en faire une petite réussite tout aussi rafraîchissante que grave, et portée par un acteur principal qu’il est bon de retrouver à ce niveau, loin de ses cabotinages chez Soderbergh

Raymond De Felitta, réalisateur connu des amateurs de cinéma indé pour Two Family House et The Things about my Folks, trouve un sujet en or pour explorer ce mal qui gangrène la famille depuis la nuit des temps, le mensonge et le manque de communication. Et là il faut avouer que dans le genre il nous a pondu un scénario extrême… pas un seul des membres de cette famille n’est tout blanc, tous ont leur secret, qu’il soit lourd ou pitoyable. Et celui qui les accumule c’est le père de la famille, Vince Rizzo, incapable d’assumer son passé, incapable d’assumer l’avenir qu’il cherche à se construire secrètement… dès lors c’est au portrait d’une famille au bord du clash qu’on a droit. La moindre discussion se transforme en dispute, il n’y a bien que cet éternel orgueil macho très italien qui maintient un semblant de cohésion.

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Et paradoxalement, c’est également le père qui va tout faire exploser en ramenant ce prisonnier chez lui… le passé qu’il avait du mal à cacher y compris dans sa mémoire lui éclabousse la gueule. Et bizarrement, malgré les apparences qui laissent voir de l’extérieur une famille modèle, c’est ce prisonnier qui s’avère être le personnage le plus « normal » du film! Entre le père qui prend des cours de comédie en cachette, la mère en plein vide affectif, la fille devenue stripteaseuse pour pouvoir reprendre la fac ou le fils secrètement attiré par les BBW ((Big Beautiful Women)) … on peut dire que chacun tire son boulet. L’intrigue prend la forme d’une sorte de spirale de l’échec qui va révéler peu à peu les secrets de chacun dans un déballage qui pourrait très bien finir de détruire cette famille.

Le scénario est très bien construit, et même s’il accumule les rebondissements, quiproquos, malentendus, et gros coups de malchance, on y croit car les personnages et leurs relations sont vraiment bien écrites, ce qui rend l’ensemble très crédible au point qu’on peut se retrouver sur certains aspects de leurs histoires. L’aspect comédie est très réussi, avec des situations complètement farfelues et un humour très détaché qui le rend irrésistible. Et quand on mêle qualité d’écriture et de bons acteurs, le résultat est savoureux! Si la fille d’Andy Garcia à la ville, Dominik Garcia-Lorido, est un peu transparente alors qu’elle porte un des secrets les plus dégradants, ce n’est pas la même chose pour les autres qui sont tous très attachants.

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Dans le rôle du fils Ezra Miller, qu’on avait vu dans Californication, trimballe sa tête à claque avec le personnage le plus drôle du film, Julianna Margulies est excellente dans le rôle de la mère, à la fois terriblement séduisante et complètement larguée dans un couple qui bat de l’aile. Alan Arkin et Steven Strait sont également au top mais c’est bien Andy Garcia qui fait une forte impression. Dans ce petit film sans grande prétention (c’est son point fort) il en impose comme il ne l’avait plus fait depuis très longtemps, tour à tour drôle, pathétique, émouvant, avec un accent italien à la limite de l’incompréhensible, capable de se montrer aussi fragile que puissant… en fait on a vraiment l’impression de retrouver Andy Garcia!

Et puis il y a ces clins d’œil cinéphiles, à Woody Allen selon l’aveu du réalisateur, mais bien entendu à Coppola rien que pour le thème de la famille renforcé par la présence de l’ombre de Marlon Brando et son imitation succulente lors d’une scène d’audition.

City Island c’est typiquement le film à voir pour non seulement passer un bon moment, car il est bien rythmé, drôle et sans temps mort, mais aussi pour une morale intelligente qui fustige le manque de communication et le mensonge au sein d’une famille. C’est réalisé sans fioritures, ça bénéficie d’une très belle bande originale… De plus le final qu’on redoute un peu car prévisible est suffisamment habile pour ne pas tomber dans le grotesque et se montre même émouvant. Belle réussite qui mérite de trouver son public en salle car il s’agit d’une comédie familiale irrévérencieuse, maline, aussi drôle que très juste… une très bonne surprise!

FICHE FILM
 
Synopsis

La famille Rizzo habite une petite ville des environs de New York, à la fois pittoresque et endormie. Mais les Rizzo ne correspondent pas à cette image idyllique et, comme dans toutes les familles ou presque, ils tentent de sauver les apparences en cachant leurs petits secrets. Jusqu'au jour où il leur faudra affronter la réalité...