Chasing Mavericks (Michael Apted & Curtis Hanson, 2012)

de le 29/11/2012
 
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Quand deux spécialistes du grand mélodrame sur fond d’histoire vraie co-réalisent un film sur une légende du surf décédée la veille de ses 23 ans, cela donne Chasing Mavericks. Classique récit d’apprentissage un peu mollasson, mis en scène avec un académisme propret et tout juste sauvé par ses scènes de surf incroyables et une performance surprenante de Gerard Butler.

Pour quiconque s’est déjà intéressé au surf, Jay Moriarity fait partie des véritables légendes, à l’image de Laird Hamilton, ou plus récemment Kelly Slater. A la différence près que ce jeune prodige qui fit la une de Surfer Magazine à 16 seulement avec un wipeout terrible qui aurait pu lui coûter la vie, est décédé à l’aube de ses 23 ans à cause d’un stupide accident de plongée. Il s’agit typiquement du genre d’icône qui a toujours passionné le cinéma américain, donnant lieu à des films de qualité très inégale construits sur le même schéma. Et Chasing Mavericks ne déroge pas à la règle avec sa construction qui répond à des codes extrêmement précis et légèrement usés de la quête spirituelle et sportive, sous la forme d’une relation maître/élève, soit le motif classique du père de substitution comme étape essentielle à l’accomplissement personnel. Ces films ont tous la malheureuse particularité de ne procurer aucune surprise et de dérouler un récit cousu de fil blanc sont la conclusion semble connue dès les premiers instants. Ce n’est pas une surprise de retrouver à la barre d’un tel projet un duo de réalisateurs tels que Michael Apted et Curtis Hanson, chacun ayant derrière lui son lot de « récits tirés d’une histoire vraie », de Gorilles dans la brume et Nell pour le premier à 8 Mile pour le second.

Sur un fond de rock californien, Chasing Mavericks va développer ses archétypes en faisant se rencontrer, en quelque sorte, Karaté Kid et Point Break. Une belle histoire avec de belles valeurs concernant l’abnégation et la famille, avec pour récompense une façon d’atteindre ses rêves. C’est beau, évidemment, mais hormis le contexte bien particulier de la petite ville côtière, tout cela sent terriblement le déjà vu. À tel point qu’il semble finalement ne s’adresser qu’à une toute petite frange du public, entre les amateurs de surf qui seront ravis de voir une de leurs légendes enfin célébrée sur grand écran et les amateurs de ce type de mélodrame très propre et ne sortant jamais des sentiers battus. On y retrouve tous les éléments classiques, de la famille dysfonctionnelle du jeune héros à la passion dévorante du mentor, en passant par le trauma du père absent, les longues phases d’entraînement, le statut de surdoué du garçon, l’accomplissement personnel, le pardon, le gros drame qui vient tout remettre en question, etc… soit absolument tous les poncifs du genre qui ne sont à aucun moment transcendés par quoi que ce soit, ni même éclairés sous un nouveau jour. Chasing Mavericks se glisse dans un schéma prédéfini et n’en sort jamais, au risque de provoquer un vague désintérêt, voire un ennui profond. D’autant plus que Jay Moriarity est interprété par le jeune Jonny Weston qui n’est pas tout à fait un exemple de charisme et peine à donner du corps à ce personnage hors du commun. Fort heureusement, face à lui se dresse un Gerard Butler qui n’a jamais été aussi bon et s’impose comme l’incarnation même de l’entraineur, guide spirituel et père de substitution. L’acteur aborde l’exercice avec une sobriété salutaire pour se faire l’écho, en même temps que le film, d’une époque transitoire. Et si le traitement reste lumineux, Chasing Mavericks n’est ni plus ni moins qu’un drame crépusculaire, un passage de témoin entre deux générations, les personnages principaux du film évoluant un peu hors du temps avec leur temple de la glisse pris d’assaut par la populace.

Toutefois, ce sujet n’est clairement pas central. Michael Apted et Curtis Hanson lui préfèrent le simple portrait d’une relation entre un élève et son maître, chacun permettant à l’autre de grandir d’une certaine façon, voire de s’élever spirituellement. Malheureusement, par leur approche on ne peut plus académique, les deux réalisateurs n’apportent aucune réelle vision à leur sujet et se contente de dérouler une narration très linéaire et une mise en image désespérément peu inspirée. Du travail très carré, propre, dont rien ne dépasse, mais du travail sans supplément d’âme. Grâce à la lumière de Bill Pope, Chasing Mavericks est même plutôt beau, mais on n’y trouve rien qui puisse le faire échapper de son carcan. À l’exception bien sur des scènes de surf. Quand il s’agit de filmer ces hommes faisant corps avec une nature déchaînée, ils parviennent à capter quelque chose de magnifique, même si nous avons déjà vu plus impressionnant dans des documentaires sportifs. Le sens de l’ampleur dans les mouvements de caméra, la gestion du rythme pour créer une sensation de danger ou de suspense, c’est bien sur l’eau que le film propose quelque chose d’intéressant. Malheureusement, elles ne viennent pas révolutionner un film qui avance pépère jusqu’à son attendue célébration finale, là encore sans aucune surprise dans son déroulement. Reste quelques acteurs, dont Elisabeth Shue, qu’il est toujours bon de revoir, mais il est clair que Chasing Mavericks sera rapidement oublié tant il évolue dans des eaux bien tempérées.

FICHE FILM
 
Synopsis

L'histoire vraie du prodige du surf Jay Moriarity.
Lorsque, à 15 ans, Jay découvre que le mythique spot de Mavericks, où se forme l'une des plus grosses vagues du monde, se situe près de chez lui à Santa Cruz, l'adolescent fait appel à Frosty Hesson, une légende locale, afin de l'aider à s'y mesurer. Alors qu'ils se préparent à réaliser l'exploit de dompter l'une des plus dangereuses vagues qui soit, une amitié unique se noue entre Jay et Frosty, qui va transformer leur vie bien au-delà du domaine du surf.