Case départ (Lionel Steketee, Fabrice Eboué & Thomas N’Gijol, 2011)

de le 18/07/2011
 
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La comédie française (le genre, pas l’institution) va mal. Non pas qu’elle se soit réellement portée comme un charme ces dernières décennies mais sa réputation la précède toujours, et des films tels que Case départ s’échinent à l’achever pour de bon. Étrange rapport que celui de la presse à cet immondice ayant bénéficié le jour de sa sortie de toutes les louanges possibles et imaginables, mais surtout vendu comme une comédie « intelligente » et « pédagogique » (quand certains ont même osé parler d’ambition cinématographique et de réussite formelle mais nous ne sommes pas à une affirmation grotesque près). Mais dans quel monde vit-on? Ce beau pays de cinéma devenu pays de la comédie de plus en plus grossière est entré depuis peu dans une phase de mutation, à travers ce qu’on appellera la comédie communautaire. Un temps synonyme de rejet, elle s’impose aujourd’hui comme fédératrice avec des films catastrophiques tels que Halal police d’état ou Rien à déclarer, voire truste le haut du box-office avec le méprisable Bienvenue chez les ch’tis. Et si les auteurs, nouvelles stars du stand-up et fières recrues du Jamel Comedy Club, Fabrice Eboué et Thomas Ngijol, font tout pour masquer ce ton communautariste qui transpire de leur film, il n’empêche qu’on est en plein dedans. Alors, quand en plus ils essayent de placer dans la comédie une leçon d’histoire basée sur du vent, on touche le fond.

Pourtant on ne les blâmera pas d’avoir une idée de départ assez géniale, à savoir traiter d’un sujet aussi fort et sensible que la période coloniale, et donc l’esclavage et le racisme, à travers le prisme de la comédie absurde. C’est très bien, sauf que les deux ne sont apparemment pas très au fait des faits historiques et de la réalité d’alors. On pourrait le leur pardonner mais c’est que les deux rigolos (chose très discutable) se sont mis en tête de nous faire la leçon, de nous imposer leur morale. On est donc face à un film qui cherche d’une part la pure comédie à base de gags bas du front qui en feront rire certains et en laisseront d’autres sur le carreau, et d’autre part qui veut délivrer un message fort, profond, puissant, du genre « l’esclavage c’est mal ». C’est donc un film totalement subversif et qui vogue d’un genre à l’autre avec brio. Plus sérieusement, on ne sait pas trop s’il vaut mieux rire ou pleurer devant cet échec absolu. Si les deux comiques ont leur public, sur les planches ou à la TV, s’ils peuvent être très drôles dans leurs shows corrosifs respectifs, ils se cassent les dents sur l’exercice du long métrage, sans la moindre élégance. Avec cette relecture des Visiteurs mais aux Antilles, ils passent complètement à côté de leur sujet mais jamais de leur public qui continue de se ruer en masse dans les salles obscures en gloussant de rire devant cette succession de gags indigestes quand ils ne sont pas tout simplement embarrassants. Leur technique est basé sur le cliché, pourquoi pas, certains s’en sortent magistralement. Mais visiblement peu inspirés, leurs blagues racistes et homophobes ne font pas rire quand le même type d’humour, simplement mieux écrit et joué (et mis en scène), faisait des étincelles dans les deux OSS117, sans que jamais ne plane le doute. Ici on se pose de sérieuses questions sur les motivations des deux lascars. Rire de l’esclavage? Du racisme? Des blancs? Des antillais? Plusieurs en prennent pour leur grade jusqu’à l’outrage dans une scène de baise d’un goût plus que douteux. On passera sous silence les raccourcis maladroits du type « esclavage -> création des ASSEDIC » car c’est la scène la moins agaçante de tout le film mais tout de même le message derrière n’est pas des plus clairs. Sans doute que le duo aux origines africaines aurait mieux fait de pousser leurs recherches sur les colonies françaises car la vulgarisation d’un mouvement comme les nègres marrons (des sauvages), des blancs propriétaires (des connards) ou des esclaves (plutôt heureux de leur sort) impose des limites presque inacceptables.

Mais c’est une comédie et il est bon de penser qu’on peut rire de tout. C’est tout à fait vrai sauf que tout ceci n’est pas très drôle. À vrai dire on s’ennuie beaucoup devant cette purge qui ne tient même pas par ses comédiens, à côté de leurs pompes. Thomas Ngijol montre un potentiel d’acteur évident qui s’efface derrière son éternel personnage du gros lourd de banlieue aux répliques toujours très fines du type « nique ta mère », tandis que Fabrice Eboué s’avère être le plus drôle sauf que côté jeu d’acteur c’est une catastrophe. Il n’y en a pas un pour sauver l’autre donc, dans un récit assez lamentable qui ne tient pas non plus par sa mise en scène, globalement mauvaise malgré la présence en troisième réalisateur de Lionel Steketee (premier assistant sur Le Pacte des loups, Hôtel Rwanda ou Lucky Luke). Le film est mou, sans grande idée, et finit par ennuyer autant qu’il agace, notamment en cherchant toujours une caution morale comme avec le personnage du vendeur juif. En bref, c’est raté d’un bout à l’autre, c’est parfois nauséabond, mais ça attire du monde en salles alors il ne faut pas dire trop fort que c’est nul.

FICHE FILM
 
Synopsis

Demi-frères, Joël et Régis n’ont en commun que leur père qu’ils connaissent à peine. Joël est au chômage et pas vraiment dégourdi. La France, « pays raciste » selon lui, est la cause de tous ses échecs et être noir est l’excuse permanente qu’il a trouvée pour ne pas chercher du travail ou encore payer son ticket de bus. Régis est de son côté totalement intégré. Tant et si bien, qu’il renie totalement sa moitié noire et ne supporte pas qu’on fasse référence à ses origines. Délinquance et immigration vont de pair si l’on en croit ses paroles. Réclamés au chevet de leur père mourant aux Antilles, ils reçoivent pour tout héritage l’acte d’affranchissement qui a rendu la liberté à leurs ancêtres esclaves, document qui se transmet de génération en génération. Faisant peu de cas de la richesse symbolique de ce document, ils le déchirent. Décidée à les punir pour le geste qu’ils viennent de faire, une mystérieuse vieille tante qui les observait depuis leur arrivée aux Antilles décide de leur faire remonter le temps, en pleine période esclavagiste ! Parachutés en 1780, ils seront vendus au marché comme esclaves. Les deux frères vont alors devoir s’unir, non seulement pour s’évader de la plantation mais aussi pour trouver le moyen de rentrer chez eux, au XXIe siècle.