Cars 2 (John Lasseter & Brad Lewis, 2011)

de le 31/07/2011
 
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Si Cars premier du nom restait jusque là considéré, à tord, comme le film le plus faible sorti du studio Pixar, on n’avait encore jamais vu un tel acharnement sur une de leurs productions qu’à la sortie de ce second épisode. Réaction d’autant plus inquiétante qu’il est signé d’un des plus grands artistes du studio, John Lasseter. Taxé d’opportuniste (le premier film date d’il y a 5 ans…), il semblerait que la plus grosse erreur de Cars 2 soit d’être un film d’action/aventure. En effet, pour la première fois dans une de ses sorties cinéma, Pixar livre un film de pur divertissement et non une oeuvre à l’ambition folle et aux nombreux niveaux de lecture. Cars 2 est un film très premier degré, et il l’a payé très cher avec une côte d’amour au plus bas. Pourtant, à y regarder de plus près, même s’il ne possède pas la profondeur des grands Pixar, le dernier né n’a pas tant à rougir que ça. John Lasseter adopte le point de vue chez au studio, à savoir illustrer un destin hors du commun d’un looser ou d’un être à part qui va se révéler, sauf qu’il va cette fois l’appliquer à une oeuvre de divertissement pur et rien d’autre. Démarche mercantile pour vendre des petites voitures à nos chères têtes blondes? Peut-être, mais limiter le film à cela est une grossière erreur. Il faut y voir une réponse de Pixar aux concurrents de l’animation, qui misent généralement tout sur l’action et la multiplication de références, où quand le maître vient faire la leçon aux élèves.

Il est clair que Cars 2 est le moins complet des films Pixar cependant. Car dans un sens, il se situerait presque dans la logique des suites sorties directement en vidéo, à savoir exploiter une franchise de façon plus basique et viser essentiellement un jeune public. C’est vrai, Cars 2 est sans doute le premier film du studio à s’adresser bien plus aux enfants qu’aux adultes. Est-ce un défaut en soi? Certainement pas. Cette fois c’est le sidekick un brin lourdaud du premier film qui se retrouve au centre de toutes les attentions, Martin la dépanneuse à l’accent incompréhensible, le simplet aux blagues vaseuses qui fait se retourner les moissonneuses-batteuses. Lightning McQueen, fascinant Narcisse ayant vécu l’aventure de sa vie en remontant l’histoire américaine dans le premier épisode, n’est plus qu’un faire-valoir dans une sous-intrigue. Car Cars 2, s’il s’avère moins consistant par ses réflexions, n’en reste pas moins le Pixar le plus ambitieux sur un plan purement scénaristique. John Lasseter multiplie les intrigues en gardant comme fil rouge une sorte de voyage autour de monde des bagnoles, comme un écho au personnage de Sally qui disait avoir pas mal bourlingué avant d’atterrir à Colorado Springs et d’en tomber amoureuse. Ce qui « choque », ou bouleverse les habitudes, c’est que cette fois ce n’est pas tant l’aventure ou la fable initiatique qui prend le dessus, mais l’action. L’histoire avant les personnages, l’évolution du récit avant leur construction personnelle. C’est un choix, discutable certes, mais qui fait ses preuves tant Pixar ridiculise toute la concurrence, exception faite du génialissime Rango qui reste donc le film d’animation de l’année. Cars 2 bénéficie d’un scénario linéaire mais complexe, et qui multiplie les pistes. Entre comédie, pas toujours géniale, et thriller, le film s’impose comme une brillante variation du film d’espionnage. L’erreur évidente, c’est Martin, déjà lourd dans le premier film, mais sa présence se voit contrebalancée par divers seconds rôles fabuleux.

En premier lieu l’espion britannique, une Aston Martin DB5 (celle légendaire apparue dans Goldfinger) qui prend la voix distinguée de Michael Caine, mais également la formule 1, variation extrême sur le personnage de Lighting McQueen avec la voix et le jeu outrancier de John Turturro. Et aux côté de cette galerie qui comporte divers avions et bateaux, entre autres personnages mécaniques qui poussent l’anthropomorphisme de cet univers dans ses derniers retranchements, on assiste au récit classique d’accomplissement personnel de Martin, dans son cheminement pour s’accepter. Un message simple et clairement orienté vers les plus jeunes mais qui permet à John Lasseter et son équipe de se concentrer sur ce qui fait l’essence du cinéma de divertissement pur : l’image. On pourra reprocher ce qu’on voudra à Cars 2, mais le film est un petit bijou de mise en scène, et peut-être le plus impressionnant jamais sorti du studio. Des scènes de courses, stupéfiantes par l’impression de vitesse qui s’en dégage et par l’impact des couleurs, héritage de Speed Racer, aux cascades des agents secrets, aussi innovantes que complètement folles, Cars 2 est le film issu de chez Pixar qui provoque la plus grosse jouissance purement visuelle. On peut s’en détacher et pester sur le fait que le propos soit relativement rabaissé. Mais on peut aussi, et simplement, profiter de ce spectacle ahurissant, faussement léger, et qui possède tout de la démonstration de force un peu brutale qui manquait jusque là à Pixar. En cela, il ne s’agit en aucun cas d’une régression mais simplement d’une petite récréation sous forme de leçon à la concurrence. On en veut toutes les semaines des ratages de cette ampleur.

FICHE FILM
 
Synopsis

Dans Cars 2, Flash McQueen, la star des circuits automobiles, et son fidèle compagnon Martin la dépanneuse reprennent la route pour de nouvelles aventures. Les voilà partis pour courir le tout premier Grand Prix Mondial, qui sacrera la voiture la plus rapide du monde ! Mais la route du championnat est pleine d’imprévus, de déviations et de surprises hilarantes, surtout lorsque Martin se retrouve entraîné dans une histoire comme il n’en arrive qu’à lui : une affaire d’espionnage international ! Ecartelé entre son désir d’assister Flash McQueen dans cette course particulièrement difficile et celui de mener à bien une mission d’espionnage top secrète, Martin se lance dans un voyage bourré d’action et une course-poursuite explosive sur les routes du Japon et de l’Europe, suivi par ses amis et regardé par le monde entier. Sur la route, Flash et Martin trouveront de l’action, de l’humour effréné et de tout nouveaux personnages – agents secrets, redoutables méchants et adversaires décidés sur les circuits automobiles…