Captain America : First Avenger (Joe Johnston, 2011)

de le 29/07/2011
 
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C’est le dernier à arriver avant la grande réunion orchestrée par Joss Whedon l’année prochaine, The Avengers. Et on pouvait craindre le pire après Iron Man 2 et Thor qui ne sont finalement que des longues expositions ne reposant que sur le « on ne vous raconte pas grand chose mais ne vous inquiétez pas, après ça va déchirer ». Pendant un temps on peut être prêt à jouer le jeu mais ne construire une série de films que sur cette attente est une très mauvaise idée. Et voilà donc Captain America : First Avenger, le leader des vengeurs, le type qui porte la bannière étoilée sur son costume et qui n’est même pas ridicule avec, le symbole de la toute puissance américaine. On pouvait craindre le pire dans le traitement d’un tel american hero, d’un trop plein d’ultra-patriotisme facile à un ton très cynique et second degré, sauf que c’était oublier qui se trouve aux rênes du film. Joe Johnston est un entertainer né, formé à l’écurie George Lucas (il était en charge des SFX chez ILM pour la trilogie de La Guerre des étoiles et directeur artistique sur Les Aventuriers de l’arche perdue et Indiana Jones et le temple maudit), et il paraissait évident qu’il pourrait passer outre le script des auteurs du Monde de Narnia (les deux scénaristes ont écrit les trois épisodes de la saga, autre raison de s’inquiéter). Après tout, il s’est toujours montré à l’aise dans l’exercice du divertissement pur et dur et généralement bien emballé, d’autant plus qu’il s’est déjà frotté au film de super-héros rétro avec l’excellent Rocketeer au début des années 90. Oui, car Captain America : First Avenger se situe dans cette veine-là, le film se concentrant exclusivement, à l’exception de son ouverture et de son final, à la naissance de Captain America en tant que tel, soit les années 40. Le résultat? Un des tous meilleurs films estampillés Marvel depuis le premier Iron Man, exception faite de X-Men : le commencement.

Autant le dire tout de suite, la bataille de super-héros estivaux qui s’annonçait presque entre Captain America et Green Lantern n’aura pas lieu, tant le premier vogue à un tout autre niveau que la purge verte fluo de Martin Campbell. Il y a enfin un vrai metteur en scène aux commandes, qui ne soit pas un gentil rigolo ou uniquement un storyteller, et ça se sent immédiatement. Captain America : First Avenger n’a rien d’une démonstration de force mais propose un retour salvateur à une certaine forme de cinéma du spectacle dans son expression presque la plus basique, sans fioritures. Alors certes il y a la 3D, mais sans s’attarder sur ce point sans intérêt véritable en ce qui concerne le film, elle ne concerne qu’une scène de lancer de bouclier et fait virer la palette chromatique plutôt riche dans des nuances de gris des plus désagréables. Si vous avez le choix, optez pour la 2D car la 3D ne vaut jamais son supplément sur le prix du ticket. Pour le film en lui-même, c’est un réel plaisir. Joe Johnston réussit ce que les autres ont foiré, à savoir aboutir sur un film qui parlera aussi bien aux spécialistes (qui peuvent aller jusqu’à compter le nombre de bandes rouges et blanches sur le costume) qu’aux profanes (« un type en costume bleu moulant avec des petites ailes sur le casque, c’est ridicule »), qui s’inscrit complètement dans la volonté de mythologie complète construite par Marvel au cinéma mais qui peut très bien exister en autonome. L’équipe a fait les choix qu’il fallait en termes de design, de décors et de personnages afin de ne pas accoucher d’un produit ringard ou insultant. En gros, ce nouveau Captain America est à des années lumières de la version d’Albert Pyun, à laquelle il est rendu un vibrant hommage nostalgique le temps d’une séquence qui est peut-être la plus brillante de tout le film. Elle s’inscrit dans une idée globale du film qui, de la même façon que le dernier X-Men (ou Watchmen) allie le mythe des super-héros à une relecture de l’histoire du XXème siècle. C’est un des éléments les plus fascinants du personnage dans les comics et on retrouve totalement cet aspect-là. En cela on est bien devant une adaptation réussie. Mais au-delà on se trouve face à un film à la narration classique empruntée autant au film d’espionnage qu’au film de guerre, qui se concentre sur un destin extraordinaire plus qu’à un symbole, qui cultive l’american dream (n’importe quel looser peut devenir un héros) et des valeurs de courage assez fortes. Le tout dans un ton très premier degré tel un serial à l’ancienne, tout en laissant la place à des personnages suffisamment complexes et bien écrits pour qu’on s’y attache. Au passage on appréciera particulièrement le ton parfois désinvolte mais également frondeur du récit, qui se moque brillamment du culte de la personnalité et de la propagande nationaliste.

Très à l’aise pour filmer des décors rétros, Joe Johnston ne fait pas dans l’esbroufe, comme toujours. En bon metteur en scène bien classique, mais amateur de la belle image (Wolfman est superbe), il emballe tout ça avec une certaine classe old school qui impose le film comme le modèle classique qu’auraient suivi les autres films des vengeurs sans bien comprendre comment il fallait faire. C’est assez troublant, mais cette vision des années 40 s’avère tellement riche qu’on passe volontiers outre quelques tares. Le mythe et sa création sont bien là, la romance tragique et impossible fonctionne incroyablement bien, le portrait symbolique également. Bizarrement, c’est du côté de l’action et du rythme qu’on peut être déçu. Les séquences percutantes sont assez peu nombreuses et clairement positionnées au sein du récit comme des moments forts. Sauf qu’elles s’avèrent trop molles, parfois inconsistantes, pour jouer leur rôle à fond. On ne comprend pas l’utilisation de ralentis à la Zack Snyder par exemple, qui figent logiquement une action qui peine à s’envoler. C’est dommage, car Captain America : First Avenger possède par ailleurs suffisamment de corps et de petites fulgurances iconiques pour s’imposer comme un nouveau modèle. Las, ne boudons pas notre plaisir car ils sont rares les films de super-héros si réussis finalement, qui plus est porté par un casting formidable jusqu’aux plus petits seconds rôles et un vrai bad guy. Une jolie réussite, à l’ancienne et massive.

FICHE FILM
 
Synopsis

Captain America: First Avenger nous plonge dans les premières années de l’univers Marvel. Steve Rogers, frêle et timide, se porte volontaire pour participer à un programme expérimental qui va le transformer en un Super Soldat connu sous le nom de Captain America. Allié à Bucky Barnes et Peggy Carter, il sera confronté à la diabolique organisation HYDRA dirigée par le redoutable Red Skull.