Capitalism : A Love Story (Michael Moore, 2009)

de le 20/11/2009
 
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Aller voir un nouveau documentaire de Michael Moore c’est un peu comme se retrouver avec un vieil ami aigri qui passe son temps à dire du mal de son pays, qui l’attaque en profondeur mais qui paradoxalement l’aime de tout son cœur… Après les armes à feu (Bowling for Columbine), l’administration Bush (Fahrenheit 9/11) et le système de santé (Sicko), il se remet en selle dans son combat contre l’économie américaine comme il l’a déjà fait dans Roger et moi ou the Big One, les amateurs comme les détracteurs seront aux anges, Moore n’a pas changé d’un poil. Il utilise les mêmes recettes, la même démagogie, la même mise en scène de ses actions et le même sensationnalisme, tout ce qui rend ses films aussi énervants que passionnants. Il n’hésite pas à chercher le coup de gueule ou la larme facile, mais rend le tout aussi intéressant que ludique, même s’il ne fait aucun doute qu’il arrive là à la fin d’un cycle, confirmé par ses dernières phrases dans le film et par sa volonté d’œuvrer dans la fiction…

Donc plus qu’un documentaire (genre qui devrait être impartial), Capitalism: A Love Story sonne comme le procès final de tout un système et comme un bilan de l’œuvre de Moore car tout s’y recoupe, évidemment. Guerre, santé, violences, faillites… tout n’a qu’une seule origine, le système économique américain (et par extension mondial c’est important de la souligner) et donc le fameux capitalisme, la libre entreprise, etc… l’ultra-libéralisme si on veut rester dans des termes d’économie. Et intelligemment, pour nous montrer les dérives de ce système voué à l’échec (comme tout système idéal, soyons réalistes, la nature même des hommes finit par pervertir toute bonne idée), Moore nous en fait un petit historique, basant comme à son habitude sa démonstration sur des exemples bien précis.

Ainsi il évoque avec son père le chute de General Motors et ses sous-traitants à Flint (la faillite de GM c’est quand même LE symbole de la toute puissance américaine qui s’effondre), la prise de pouvoir des banques sur l’état dès l’élection de Reagan, l’émergence de la classe moyenne et sa chute récente, la manipulation de l’information, la peur, pour en arriver bien sur à cette fameuse crise financière qui est bel et bien le fruit de 50 années d’abus de financiers et non pas une catastrophe qui s’est déclarée en 24h… Il nous montre comment les lobbys bancaires placent leurs hommes au Trésor, un cercle d’initiés assez effrayant en fait car se faire contrôler par un organisme qu’on contrôle ne peut mener à rien de bon…

C’est donc un film très riche, qui passe en revue une grande partie de l’histoire américaine contemporaine et en dresse un constat tout de même assez terrible. Le problème est qu’il arrive un peu trop tard, car à moins de ne pas s’intéresser du tout à l’économie mondiale, on était déjà au courant de tout ça… de l’arnaque des subprimes, des dérivés, du pillage des caisses de l’état autorisé par le plan Paulson (non mais quand même, verser aux banques 700 milliards de dollars, argent du contribuable, sans pouvoir exercer le moindre contrôle sur leur utilisation, c’est hallucinant de voter une chose pareille!). On sait que l’économie toute entière est régulée par des cols blancs qui prennent la bourse pour un casino (il n’y pas d’image plus juste), pariant sur n’importe quoi n’importe comment, cherchant le bénéfice immédiat sans penser aux répercutions à long terme sur le pays… il ne nous apprend rien finalement mais son regard fait toujours mouche, ou presque. Mais après tout si ce film peut servir d’outil pédagogique à ceux qui ne s’y sont pas intéressé avant, c’est important.

Après on peut reprocher pas mal de choses à ce « documentaire ». Y intégrer la religion peut se comprendre car il s’adresse avant tout au peuple américain, mais tout de même, voir un évêque taxer le capitalisme de mal incarné m’a fait doucement rigoler. Tout comme il est assez agaçant de voir Moore s’attarder sur ces visages en pleurs… mais c’est sa signature. De plus il n’y a aucun droit de réponse, célébrité aidant plus personne ne souhaite répondre devant la caméra de Michael Moore, et c’est bien dommage car cela ne fait qu’étayer son propos.

Mais malgré ses méthodes manipulatrices parfois douteuses, il faut avouer qu’il appuie là où ça fait mal, et que son portrait de ce modèle économique vacillant sonne tout de même très juste. Et si on rigole souvent de ses détournements, quand on quitte la salle on a de quoi réfléchir et ne pas être rassuré car toutes ces images font un drôle d’écho avec ce qui peut se passer chez nous… Merci à Lyricis, Blogbang et Paramount Pictures France pour cette avant-première.

FICHE FILM
 
Synopsis

Michael Moore s'attaque à la crise financière et prend d'assaut Wall Street, en dénonçant "la plus grande escroquerie de l'histoire américaine".