Capitaine Alatriste (Agustín Díaz Yanes, 2006)

de le 13/08/2009
 
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Peu connu chez nous le capitaine Alatriste est un peu l’équivalent espagnol de notre D’artagnan ou de Cyrano, un personnage fictif posé dans un contexte historique bien réel. Aux commandes de ce projet ambitieux pour l’Espagne (beau budget de 24M€) un réalisateur qu’on ne connaît que pour le plutôt pas mal Sans Nouvelles de Dieu avec Penélope Cruz et Victoria Abril. Soit un gros coup de poker de la part d’Álvaro Augustín, producteur incontournable du pays depuis quelques années (le Labyrinthe de Pan, l’orphelinat, Che, Crimes à Oxford, les Proies… et bien d’autres!) mais qui assure ses arrières avec un acteur principal qui est sans doute parmi les meilleurs du monde, Viggo Mortensen… 5 ans d’écriture pour condenser en un seul film près de cinq romans plutôt denses, on devine déjà les défauts du film mais ils sont bien maigres en comparaison de ce grand spectacle, le genre de film que le cinéma européen ne fréquente plus depuis de trop nombreuses années… Plus aucun doute, aujourd’hui c’est bien l’Espagne qui domine l’Europe cinématographique, sans aucun adversaire de taille en face!

Tout commence dans les Flandres au XVIIe siècle, la région est l’une des seules à résister à l’invasion de la puissante armée espagnole. Parmi les soldats un leader naturel, vétéran de l’infanterie qui se fait appeler « capitaine » sans vraiment l’être… S’ensuit une intrigue qui va s’étaler sur une bonne vingtaine d’années, donc même sur 2h30 de film il y a un maximum d’ellipses qui passent parfois très bien parfois moins. Ainsi certains personnages semblent changer de comportement de façon bien brutale, ce qui engendre une certaine confusion par moments. D’autant plus que des personnages il y en a beaucoup! Et gros budget oblige, beaucoup d’acteurs ibériques importants sont de la partie, avec chacun un rôle essentiel.

Ainsi dans ce casting 99% hispanique on retrouve Eduardo Noriega (immense acteur qu’on ne voit pas assez au cinéma et qui pourtant portait des chefs d’oeuvre tels que l’échine du diable ou Ouvre les yeux…), la superbe Elena Anaya (vue dans Fragile et l’Instinct de Mort), Unax Ugalde (Che) qui récupère le rôle du protégé d’Alatriste et qui devait être interprété par Gael Garcia Bernal, Adriadna Gil (Carmen dans le Labyrinthe de pan)… et encore bon nombre de rôles secondaires importants tous interprétés par le who’s who du cinéma espagnol, des habitués d’Almodovar, Medem ou Coixet… Il n’en fallait pas moins pour recréer un univers historique réaliste, car Alatriste croise la route de personnages ayant bien existé, le roi Felipe IV bien entendu, mais aussi l’écrivain Francisco de Quevedo (auteur majeur du siècle d’or espagnol), alors que dans les romans apparait même Cervantes!

De grosses coupes ont été effectuées, ce qui donne au film un rythme assez inhabituel… En fait on se retrouve avec diverses intrigues qui n’ont pas vraiment de lien entre elles et qui sont enchaînées les unes à la suite des autres. Un seul fil conducteur, la relation entre le capitaine Alatriste et son protégé Íñigo, et leur destin qui les verra finalement côte à côte sur un champ de bataille. L’alchimie entre les deux acteurs est formidable, et bien sur Viggo Mortensen y est pour beaucoup. On le sait depuis quelques temps maintenant qu’il a gâché de longues années de carrière à tourner dans des séries B ou Z inavouables alors qu’il a toujours eu le potentiel d’un premier rôle dans d’excellents films! Quoi qu’il en soit, il domine ici l’ensemble du casting sans trop de problème, avec une présence et une élocution qui font vite oublier qu’il est le seul non hispanique…

Par un procédé narratif douteux et un manque de souffle épique sur des scènes qui l’auraient mérité, Alatriste n’est pas la merveille qu’il aurait pu être… il aurait sans doute mieux fallu en faire une série de films pour garder une intrigue constante… mais le film est suffisamment réussi sur d’autres tableaux pour tout de même impressionner. Des acteurs magnifiques, une musique épique qui flirte avec le western grâce au génial Roque Baños, et puis Agustín Díaz Yanes fait des merveilles à la mise en scène! Quelques fulgurances et effets discrets mais efficaces viennent soutenir une réalisation plutôt classique mais très classe. Nombreux sont les plans qui font penser à des toiles de Velasquez ou Vermeer, il y a eu un vrai travail pictural qui rend l’ensemble magnifique et qui sublime des décors crédibles comme jamais. Peut-être pas aussi grand que ça aurait pu l’être mais il serait dommage de passer à côté car c’est un beau film d’aventure!

« Ce n’était pas l’homme le plus honnête, ni le plus pieux, mais c’était un homme courageux. Il s’appelait Diego Alatriste. »

FICHE FILM
 
Synopsis

"Ce n'était pas l'homme le plus honnête, ni le plus pieux, mais c'était un homme courageux. Il s'appelait Diego Alatriste." Tels sont les premiers mots du best-seller international d'Arturo Pérez-Reverte, "Le capitaine Alatriste". L'histoire se déroule dans l'Espagne impériale du XVIIe siècle, entre 1622 et 1643, sous le règne de Philippe IV, avant-dernier roi de la Maison d'Autriche. Philippe IV est un monarque faible et facilement manipulable, dominé par une Cour corrompue, agitée par les intrigues orchestrées par le très influent comte-duc Olivares. L'Empire espagnol décline lentement. La société souffre de ses nombreuses contradictions. Le luxe et l'opulence de l'aristocratie coexistent avec la misère et la vulnérabilité du peuple. Ce monde déclinant est le théâtre des aventures de Diego Alatriste, fier soldat au service de Sa Majesté dans les Flandres, et mercenaire à Madrid et Séville en temps de paix.