Camille redouble (Noémie Lvovsky, 2012)

de le 30/09/2012
 
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Pour son quatrième film derrière la caméra, l’actrice Noémie Lvovsky livre un sympathique remake de Peggy Sue s’est mariée, auquel il manque la grâce, l’humour et l’émotion de Coppola. Un tout petit film qui réussit quelques belles choses dans son mélange des genres mais qui aurait gagné à être traité avec plus de rigueur, soit l’essentiel au moment de traiter des voyages temporels.

Noémie Lvovsky est une actrice formidable, un de ces rares seconds rôles féminins du cinéma français capables d’attirer tous les regards par une présence. Une actrice tellement sympathique qu’elle méritait ce premier rôle que d’autres réalisateurs semblent refuser de lui donner. On a d’ailleurs tendance à oublier qu’avant d’être actrice, Noémie Lvovsky a commencé par la réalisation de courts (jusqu’à son premier long Oublie-moi en 1994) et l’écriture de scénarios pour les autres (La Sentinelle d’Arnaud Desplechin, Le Cœur fantôme de Philippe Garrel…). Avec Camille redouble, elle se donne ce premier rôle dans la peau de Camille. Un couple qui divorce, un évanouissement lors d’une fête old school, un retour dans le passé, la puissance du destin qui attire deux êtres, le rapprochement avec le spécialiste en sciences, la grossesse… la presse bienfaisante et dithyrambique, pour qui la beauté des personnages et des sentiments excuse toujours la pauvreté technique d’un film, a relayé l’existence de Peggy Sue s’est mariée au rang de vague inspiration, quand elle a seulement pensé à mentionner cette belle fable de Francis Ford Coppola. Mais qu’on ne s’y trompe pas, malgré des modifications apportées, et parfois très heureuses pour se défaire de l’ombre de l’original, Camille redouble est bien un remake de Peggy Sue s’est mariée et non une création originale.

Camille redouble est une comédie ratée et un drame réussi, un film qui oscille entre les genres et se trouve parfois touché par une grâce qui effacerait presque ses imperfections. Contrairement à ce qu’on voulait bien nous vendre, on rit peu devant ce film, ni des vannes pas très drôles qui ressemblent plus à des private jokes entre personnalités VIP du cinéma français, ni des apparitions surréalistes (Jean-Pierre Léaud en variation du Doc Brown c’est une idée sympathique sauf qu’on ne comprend pas un traitre mot de ce qu’il essaye de raconter) qui n’apportent rien de bien utile ou savoureux à un récit déjà bien barré à l’origine. Il manque pour cela un sens du tempo en plus d’un sens de l’humour qui toucherait un public plus vaste. C’est par contre dans le drame, ou plutôt le mélodrame, que Camille redouble surprend. Certes le film est beaucoup moins émouvant que Peggy Sue s’est mariée, qui bénéficiait d’un réalisateur/conteur d’un tout autre calibre, mais il parvient sporadiquement à toucher quelque chose d’essentiel dans sa peinture nostalgique, quelque chose qui n’est pas sans rappeler Les Beaux gosses d’ailleurs, expressément cité dans la scène d’introduction mais également plus tard lors d’une scène d’amour un peu étrange entre Noémie Lvovsky et Anthony Sonigo qui jouait l’ami de son fils dans le film de Riad Sattouf. Par son traitement tout en légèreté, Noémie Lvovsky peut à peu près tout se permettre sans pour autant créer de malaise alors qu’elle filme des scènes franchement limites prise hors du contexte de la fable. Les plus belles choses de Camille redouble sont l’interprétation de Noémie Lvovsky, tout simplement parfaite dans la peau d’une adolescente qui n’en est pas tout à fait une, à la fois espiègle et grave, se prenant au jeu d’une nouvelle jeunesse tout en gardant dans un coin du regard les drames à venir dont elle sait déjà tout, mais également le travail effectué sur la relation avec ses parents. C’est d’ailleurs ce qu’il y a de plus réussi dans tout l’exercice, avec ce jeu autour de la mort et de la mémoire, cette seconde chance de dire à ses parents qu’elle les aime pour mieux accepter sa vie de femme. Sur ce point précis le film est brillant car complexe et réfléchi. Et tout cela serait phénoménal si l’ensemble du film bénéficiait du même traitement.

Car pour le reste, la romance patine sévèrement, la faute en partie à un Samir Guesmi pas très à l’aise dans l’imitation mineure de Nicolas Cage, mais également au fait qu’il n’y a rien de très original dans le traitement du premier amour. Rien n’est travaillé en profondeur sur les éléments les plus légers du film, ce qui lui donne une impression d’œuvre totalement anodine alors que dans la gravité on y trouve des trésors (le sort des parents, mais également des amies et ce qu’elles sont devenues). Plus ennuyeux encore est le peu de soins accordé à la mise en scène ou au montage du film, la belle lumière de Jean-Marc Fabre servant surtout de cache-misère à une œuvre techniquement très pauvre, en plus de ne pas vraiment assumer (pour des problèmes de droits sans doute, mais ils n’ont pour cause qu’une boîte de production qui n’a pas voulu mettre la main à la poche) son statut de remake. Camille redouble ne fait pas que reprendre quelques éléments, des scènes entières et majeures sont présentes, en moins bien. Il est clair que le film ne tient pas la comparaison avec Peggy Sue s’est mariée – comment pourrait-il en être autrement ? – ni même avec toutes ces comédies américaines qui lui servent de modèle en traitant du voyage dans le temps, et notamment à cause d’un manque de cohérence très agaçant. Pour prendre au sérieux ce genre de film, il est nécessaire que les actions effectuées lors du voyage dans le passé se répercutent dans un certain présent. Sauf que dans Camille redouble ce n’est pas le cas, un seul élément qui arrange la narration (et qui s’avère assez inutile à travers la relation avec Denis Podalydès) trouve un écho véritable dans le présent/futur. C’est ce qui arrive quand on adopte un point de départ fantastique et qu’on n’en tient pas vraiment compte, qu’on s’en fout un peu, cela donne un script totalement incohérent auquel on ne peut pas croire une seule seconde. Mais quand les sentiments sont là, que les personnages sont attachants et que la nostalgie déploie son grand voile, tout semble passer pour du génie, sauf que Camille redouble n’est qu’un tout petit film et rien d’autre.

FICHE FILM
 
Synopsis

Camille a seize ans lorsqu’elle rencontre Eric. Ils s’aiment passionnément et Camille donne naissance à une fille…
25 ans plus tard : Eric quitte Camille pour une femme plus jeune.
Le soir du 31 décembre, Camille se trouve soudain renvoyée dans son passé.
Elle a de nouveau seize ans. Elle retrouve ses parents, ses amies, son adolescence… et Eric.
Va-t-elle fuir et tenter de changer leur vie à tous deux ? Va-t-elle l’aimer à nouveau alors qu’elle connaît la fin de leur histoire ?