Café de Flore (Jean-Marc Vallée, 2011)

de le 23/01/2012
 
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Porté aux nues par la majorité à la sortie de C.R.A.Z.Y. avant de laisser le soufflé retomber avec Victoria : les jeunes années d’une reine, Jean-Marc Vallée revient avec son Café de Flore sous influence musicale électro. Un film qu’il a écrit et mis en scène, pour un retour à l’intime comme il se plait à le dire. Deux récits qui se répondent, Vanessa Paradis et son enfant trisomique dans le Paris des années 60 d’un côté, la vie dissolue de Kevin Parent dans le Montréal contemporain de l’autre, et un ensemble contenu dans un tissu musical permanent, une débauche de belles images et une réflexion en apparence intense sur la paternité et la psychanalyse. En réalité, Café de Flore tente d’établir deux heures durant une nouvelle définition précise de l’abjection cinématographique. Un film aux procédés de mise en scène ringards, à la narration faussement maligne et au propos tellement maladroit qu’il en devient tout simplement répugnant. La faute à une vision des trisomiques tellement minable qu’elle semble toute droit sortie d’un rapport d’inquisition du moyen âge. Ce n’était surement pas le but mais le résultat est là, et il pue.

Les cinq premières minutes de Café de Flore suffisent à cerner à quel point l’exercice va être agaçant. Avec sa construction en contrastes entre musique assourdissante et cris muets, ses innombrables séquences au ralenti, ses plans sur un avion qui traverse le ciel, Café de Flore s’impose d’emblée comme un film lourd. Lourd dans sa forme donc, qui se veut moderne mais ne fait que reprendre des figures déjà vues depuis des années ailleurs et en mieux. Un summum de ringardise formelle tant Jean-Marc Vallée n’y apporte rien, à la différence de Xavier Dolan par exemple, pour citer un autre amateur de ce type d’images mais qui sait en tirer quelque chose de puissant. Enseveli sous les compositions formidables de Pink Floyd et Sigur Rós, seules attractions véritablement valables de tout le film, avec les acteurs, Café de Flore ressemble à un drôle d’exercice de style raté mais qui tente de raconter une histoire. Derrière le clip aux images glacées et suresthétisantes – il faut voir la dose de grain et la gueule des couleurs pour la partie située dans les années 60 – se cache donc le double récit d’une mère qui doit élever toute seule son fils trisomique et tente par tous les moyens de lui faire vivre une enfance « normale » et d’un type avec un sérieux problème d’œdipe coincé dans un arc narratif ayant pour thème principal le deuil amoureux. Sur le papier c’est intéressant, à l’écran c’est d’une bêtise totale, en plus d’être affreusement ennuyeux de par sa gestion rythmique déplorable. Jean-Marc Vallée nous raconte deux histoires qui n’ont rien d’original, si ce n’est leur résolution passant par un twist qui aurait bien pu avoir sa place dans le Dream House de Jim Sheridan. Pas très malin donc, jusqu’à ce plan de fin qui tente la carte du fantastique au rabais comme pour dire « je vous ai bien eu hein ? » d’un réalisateur jubilant devant sa façon grossière de prendre son public pour une assemblé de demeurés. Oublions toute subtilité, sortant les gros sabots, et allons-y franchement dans le mauvais goût assumé. Café de Flore est une analyse, clairement. Le récit fadasse n’est qu’un prétexte illustratif à cette séance d’analyse pour le personnage de Carole qui ne parvient pas à se sortir de l’échec de sa relation avec Antoine, adulescent DJ, une relation entamée à l’adolescence. Les films qui mettent en avant l’échec abominable de ce genre de relation, on connait, et Jean-Marc Vallée tente donc le traitement par la psychanalyse, enfonçant des portes ouvertes et réduisant la réflexion à quelque chose de vulgaire, voire de fortement dérangeant. On va faire comme s’il n’avait aucune idée dégueulasse derrière la tête et se focaliser sur une séquence en particulier, facile à extraire et qui n’aura pas la fameuse excuse du « sorti du contexte ». Le personnage de Carole raconte son rêve à sa meilleure amie en lui disant qu’elle y croisait un enfant « monstre » et le plan suivant, on se retrouve plein cadre sur Laurent, un enfant trisomique. On a vu plus intelligent.

Cette séquence qui dépasse les limites du mauvais goût et de la bêtise résume plutôt bien un film grossier qui recycle jusqu’à épuisement tous ses effets de style, qui nous sort une nostalgie de pacotille et une réflexion aussi intense qu’une discussion entre deux alcooliques accrochés à leur comptoir un dimanche matin. Café de Flore est un film bête qui cherche tellement à être beau, à coller une esthétique de clip à ses choix musicaux, qu’il en devient excessivement mauvais. Poseur pour pas grand chose, le film ne survit que par la qualité de ses interprètes, Vanessa Paradis et Kevin Parent en tête, personnages fascinant de par leur nature à ne pas se fondre dans un moule sociétal. Pour le reste non seulement le film ne nous dit rien de neuf sur l’amour ou la maternité, mais il se permet de poser un jugement dégueulasse sur une maladie et sous couvert de la psychanalyse bas de gamme. À oublier, et vite.

FICHE FILM
 
Synopsis

Il n’est pas facile de dire adieu à ceux qu’on aime ; pour y parvenir, il faut parfois toute une vie - ou deux. Entre le Paris des années 1960 et le Montréal d’aujourd’hui se déploie une vaste histoire d’amour à la fois sombre et lumineuse, troublante et malgré tout pleine d’espoir. Café de Flore raconte les destins croisés de Jacqueline une jeune parisienne mère d’un enfant unique, d’Antoine un DJ montréalais ainsi que des femmes qui l’entourent. Ce qui les relie : l’amour, troublant, maladroit, imparfait et inachevé… humain.