Cadavres à la pelle (John Landis, 2010)

de le 20/07/2011
 
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John Landis est aujourd’hui encore un des plus grands symboles du cinéma de genre des années 80, quand on ne l’appelait pas encore cinéma de genre mais cinéma tout court. Les Blues Brothers et Le Loup Garou de Londres, puis son segment de La Quatrième dimension ont suffi pour l’asseoir définitivement sur le trône des artistes cultes de leur temps. Deux immenses clips pour Michael Jackson (Thriller et Black or White), une poignée de films avec Eddy Murphy, quelques curiosités dont Innocent Blood et c’est vers l’oubli progressif qu’il se dirige, sanctionné par l’exécrable Susan a un plan en 1998. Les années 2000 le transforment en une ombre qui sévit sur quelques séries TV avant qu’il ne montre signe de vie sur les anthologies Les Maîtres de l’horreur puis Fear Itself. Et voilà que John Landis revient au long métrage! Un véritable évènement dans l’espoir d’une renaissance artistique, d’autant plus qu’il s’attaque ici à un véritable fait divers qui contient toutes les promesses d’une grande comédie noire. Las, le résultat n’est pas vraiment à la hauteur des attentes même si l’artiste a toujours de beaux restes. Il signe un film tout à fait plaisant mais qui ne possède rien d’étincelant pour s’imposer comme une réussite. John Landis n’est pas mort, c’est une évidence, mais il est quelque peu rouillé.

Pourtant il met toutes les chances de son côté avec en premier lieu un scénario bourré de rebondissements qui parvient à capter l’attention du spectateur sans jamais vraiment relâcher la pression. Il a également de son côté une gestion magistrale de l’humour noir qu’il pousse très loin dans les gags morbides de mauvais goût, tout comme une faculté toujours présente de ne jamais se soucier d’une quelconque morale. Cadavres à la pelle est dans un sens une des comédies noires parmi les plus libres et irrévérencieuses de ces dernières années. Sauf que malgré tous ses efforts, il ne fait finalement que ce qui était attendu de sa part et ne se foule pas vraiment pour proposer quelque chose de nouveau. Ainsi on y retrouve ses thématiques chéries, des coups de butoir sociaux à une gestion bien spécifique de l’intrigue et ses montées de tension à ressorts comiques. Pour le reste, c’est assez convenu, d’autant plus qu’il ne fait finalement qu’un vulgaire recyclage. En effet ce fait divers, connu sous le nom de West Port Murders et qui secoua l’Angleterre quand entre 1927 et 1928, William Burke et William Hare assassinèrent 17 personnes pour vendre les corps au Docteur Robert Knox, n’en est pas à sa première adaptation. Pas loin d’une dizaine de films et/ou épisodes de série TV s’en sont plus ou moins inspirés, le principal étant bien entendu l’excellent classique Le Récupérateur de cadavres (The Body Snatcher en VO) de Robert Wise, avec Boris Karloff et Bela Lugosi dans les rôles titres. John Landis ne fait qu’apposer sa patte bien reconnaissable de metteur en scène et accouche d’un film un peu hors du temps, qui pourrait très bien sortir d’un tiroir fermé depuis les années 80. On est ici à la frontière entre le old school séduisant et le ringard, mais on choisira la première option par affection pour le réalisateur qui nous avait tout de même manqué. Et ce même si on peut légitimement lui en vouloir de ne pas avoir un peu plus soigné son grand retour.

On ne s’ennuie jamais devant Cadavres à la pelle et pendant un temps on rit. On rit même beaucoup avant que les gags et le ton général assez méchant ne provoquent plus grand chose car tournant en rond. Il ne reste plus qu’à se consoler devant la prestation remarquable du duo d’acteurs inédit. Simon Pegg et Andy Serkis, couple improbable à l’écran, apporte un élément non négligeable à un ensemble un brin paresseux par leur énergie comique et leur mouvement permanent. Leur opposition fonctionne à merveille et sauve le film, tout comme les caméos très haut de gamme que se paye John Landis, et qui ne sont autres que Christopher Lee, Costa-Gavras ou encore Ray Harryhausen. Mais ce n’est pas suffisant et Cadavres à la pelle tombe immédiatement dans l’oubli malgré le petit plaisir immédiat qu’il procure, et qu’il serait bête de nier. C’est assez rageant…

FICHE FILM
 
Synopsis

Pauvres et vivant d’arnaques, deux compères William Burke et William Hare découvrent par hasard qu’un cadavre frais peut leur rapporter beaucoup d’argent. A cette époque, Édimbourg est un haut lieu de la médecine en Europe et les chirurgiens cherchent désespérément des cadavres humains pour pratiquer leurs dissections et faire ainsi avancer leur science. La demande en produits frais ne manque pas ! Elle augmente. Appâtés par l’argent et désireux avant tout d’assouvir les envies matérielles de leur bien aimées, Burke et Hare ne vont pas tarder à orchestrer des "accidents" pour obtenir toujours plus de cadavres frais pour la Science.