Bug (William Friedkin, 2006)

de le 13/05/2009
 
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Celui que la majorité du public ne connait que pour les cultes l’Exorciste et French Connection (mais c’est une erreur d’oublier Police Fédérale Los Angeles, Traqué, Cruising, le sang du châtiment ou encore le Convoi de la peur, de très très grands films) nous prouve avec Bug qu’il n’a rien perdu de son talent de metteur en scène et de directeur d’acteurs. Avec derrière lui une carrière qui ne suit pas vraiment de ligne directrice spécifique, en s’attaquant à chaque fois à des genres différents, il est l’un des réalisateurs américains les plus passionnants. A 70 ans passés, il nous livre un thriller qui flirte avec le cinéma expérimental comme si c’était l’oeuvre d’un jeune cinéaste, un film d’une simplicité apparente qui possède de nombreux niveaux de lecture et qui s’avère absolument tétanisant.

Défini par le réalisateur lui-même comme « un film paranoïaque sur la paranoïa », Bug est en fait l’adaptation d’une pièce de théâtre à succès de Tracy Letts. William Friedkin a d’ailleurs tout fait pour que ce soit Michael Shannon (World Trade Center, Les Noces Rebelles) qui reprenne dans le film le rôle qu’il a longtemps joué sur scène.

La superbe scène d’ouverture très aérienne n’est qu’illusion, l’ensemble du film se déroule dans un tout petit appartement. Dans ce huit-clos paranoïaque, Ashley Judd (qui trouve là son meilleur rôle depuis Heat de Michael Mann) est Agnes, une femme complètement brisée, la perte de son fils et un ex-mari taulard l’ont plongée dans la solitude, l’alcool et la drogue. L’irruption dans sa triste vie de l’étrange Peter par le biais de sa seule ami va la faire définitivement basculer.

Pendant 1h45 on va vivre impuissants la lente descente aux enfers de ce couple de fortune. Et si on ne verra jamais vraiment les insectes du titre, on sentira presque leur présence tant la mise en scène et l’interprétation atteignent ici des sommets. Il n’est jamais simple de tourner un huit-clos, le manque d’espace réduisant fortement les possibilités de cadrages, mais Friedkin s’évertue à trouver à chaque fois des angles inédits qui vont contribuer à donner la sensation que l’appartement évolue lui aussi en fonction de la santé mentale des deux personnages. La transformation physique et psychologique du couple en même temps que leur environnement est assez impressionnante et nous fait parfois penser à certains travaux de David Cronenberg.

Les thèmes brassés sont nombreux. On peut y voir une histoire d’amour pas ordinaire, un film sur les conséquences d’un drame et la fragilité mentale qui en résulte, une histoire de schizophrénie et paranoïa, une critique de la manipulation de l’information par le gouvernement (après l’enfer du devoir, on sait que Friedkin peut aussi être un cinéaste très engagé politiquement)… C’est finalement au spectateur de se faire sa propre idée et de recevoir le film comme il le ressent. Ce qui est certain c’est que la tension va crescendo, qu’on se sent de plus en plus mal à l’aise avec des scènes très fortes (l’arrachage de dent est mémorable et très crispant!) jusqu’à un final absolument abominable et d’une puissance incroyable qui fait suite à une dernière demi heure dantesque.

Mais la réussite du film doit aussi beaucoup à ses acteurs. Si on appréciera les brèves apparitions d’Harry Connick Jr. en mari violent et Lynn Collins en amie lesbienne qui assiste à la lente destruction d’Agnes, c’est le couple formé par Ashley Judd et Michael Shannon qui impressionne. Avec un jeu souvent proche de l’improvisation, ils livrent une prestation d’une intensité folle et qui atteindra son paroxysme dans une scène finale où ils se lâchent complètement avec une vraie émotion qui vient donner un visage au mot « folie ».

Voilà, Bug c’est un film essentiel de William Friedkin… un de plus. Un film très intelligent, très noir, très immersif, brutal et doté d’un humour noir surprenant. Un exercice de style qui dépasse son cadre et par conséquent tous les espoirs qu’on plaçait en lui, et qui s’avère être d’une richesse inattendue. Génial!

FICHE FILM
 
Synopsis

Agnès vit seule dans un motel désert. Elle est hantée par le souvenir de son enfant, kidnappé plusieurs années auparavant, et redoute la visite de son ex-mari, Jerry, un homme violent récemment sorti de prison. Dans cet univers coupé du monde, Agnès s'attache peu à peu à un vagabond excentrique, Peter. Leur relation tourne au cauchemar lorsqu'ils découvrent de mystérieux insectes capables de s'introduire sous la peau. Ensemble, ils vont devoir découvrir s'il s'agit d'une folie partagée ou d'un secret d'Etat...