Buenos Aires 1977 (Adrián Caetano, 2006)

de le 01/03/2008
 
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Sur le fond Buenos Aires 1977 est un film pour la mémoire collective… pour le peuple argentin bien sur, qui a directement vécu ces évènements atroces sous le gouvernement militaire au pouvoir de 1973 à 1983. À ce moment, presque 30000 jeunes ont été kidnappés car considérés comme des « terroristes » (alors qu’il s’agissait simplement de la première génération à bénéficier d’une éducation massive, donc des jeunes capables d’avoir et de développer de vraies idés politiques). La plupart n’ont jamais refait surface. Et on ne compte même pas les exilés. Une génération a été détruite et le pays paye encore aujourd’hui le prix de cette terrible erreur, il n’évolue pas dans le bon sens. Buenos Aires 1977 s’inscrit d’ailleurs dans un programme scolaire, ce qui est un léger pas en avant vers une prise de conscience de ce que l’état a autorisé. Dans l’idée, c’est donc un film qui a peu de chance de contenir du vrai cinéma, les films pour la mémoire étant généralement écrasés par la puissance de leur sujet pour développer de vraies idées de cinéma.

Mais le film est important également pour le reste du monde car à la même époque (1978 puis 1986) l’Argentine illuminait la planète grâce à son équipe de football… Quand le futile masque l’atrocité du réel. Et pourtant tout ceci est bien arrivé, et grâce à l’un des survivants, Claudio Tamburrini, personnage principal du film, on a enfin accès à cette sombre page de l’histoire.

Sur la forme le réalisateur Adrian Caetano livre une réalisation surprenante. En effet plutôt que de dévier vers un aspect réaliste ou documentaire, chose courante dans ce genre de film à message, il s’inspire très clairement du film de genre, et en particulier du film d’horreur, comme pour souligner le côté presque surréaliste et la peur viscérale vécus dans ces maisons-prisons. On pense aussi beaucoup au Salo, ou les 120 journées de Sodome de Pier Paolo Pasolini pour l’aspect malsain des ces tortures, l’aspect voyeur et clinique en moins. Car c’est là aussi que Caetano fait très fort, on sait que des violences physiques ont eu lieu, on voit le résultat sur le corps des détenus mais à aucun moment il ne cède à la facilité de la démonstration violente, il préfère se concentrer sur la torture psychologique, celle qui laisse les cicatrices les plus difficile à refermer sans doute. Il est pour cela bien aidé par un casting aux petits oignons dont l’excellent Rodrigo De la Serna, littéralement transformé pour ce rôle ultra physique.

[box_light]Mise en scène audacieuse, sujet brûlant mais essentiel, Buenos Aires 1977, dont le titre original ‘Chronique d’une évasion’ est beaucoup plus approprié, est un de ces petits films qu’il faut avoir vu. Non seulement pour la vérité qu’il rapporte, mais également pour ses vraies qualités cinématographiques.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

120 jours. 4 prisonniers. 1 seule chance de s'échapper. Buenos Aires, 1977. Des matons au service du gouvernement militaire argentin font irruption chez Claudio Tamburrini, un jeune gardien de but. Après une série d'accusations sans fondement, et un bref et violent interrogatoire, il est amené de force à la "Maison Seré", un centre clandestin de détention. Dans cette maison du cauchemar, sans loi, ni logique, où des jeunes tentent de survivre en attendant que se décide leur destin, Claudio vit l'enfer. Comment résister aux interrogatoires, à la torture ? Comment ne pas donner des noms, livrer des innocents ? Comment rester un être humain ? Guillermo, un autre détenu, lui parle d'évasion. L'idée est impensable, impossible, mais c'est leur seul espoir. Après une tentative ratée, ils préparent leur fuite.