Bronson (Nicolas Winding Refn, 2008)

de le 15/07/2009
 
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Comment se relever après une trilogie aussi terrassante que Pusher? Le réalisateur danois a trouvé la réponse parfaite avec ce biopic sur le prisonnier le plus dangereux d’Angleterre, Michael Petersen aka Charlie Bronson. Biopic qui n’en est pas vraiment un en fait… Bronson c’est un peu l’inverse de ce qu’on pouvait attendre de ce genre de film, une surprise totale pour un film carrément expérimental et conceptuel. Là où d’autres réalisateurs plus ou moins bien intentionnés auraient versé dans l’ultra violence à outrance avec un propos qui s’y prêtait vraiment, ce virtuose de Nicolas Winding Refn nous sort un portrait comme on n’en a jamais vu… ou presque car il invoque tout de même une sacrée référence, Orange Mécanique de Stanley « Dieu » Kubrick.

On sait que le réalisateur vénère Kubrick, sur son premier essai hors Danemark, Inside Job, il avait fait appel au chef op de Eyes Wide Shut et Barry Lindon… pour un film sous influence évidente. Ici il profite de ce faux biopic d’un vrai grand malade pour livrer sa version sous acide du chef d’oeuvre violent avec Malcom MacDowell. Scènes de violence inouïe parsemées par ci par là, musique classique omniprésente et en décalage total… on est devant un film bizarre. Bizarre car pendant 1h30 on ne voit quasiment qu’un seul personnage à l’écran, Charlie Bronson, sur une scène de one man show, en train de nous présenter le spectacle de sa vie qu’il souhaitait si importante. Seulement voilà, NWR aime les loosers, les pauvres types qui aspirent à la gloire alors qu’ils ne sont que des minables… même s’il s’agit d’un film de commande pour financer le sans doute génial Valhalla Rising, il apporte tout le soin possible à un sujet qui semble le passionner et qui lui correspond à 100%.

Bronson n’a rien du biopic flamboyant à l’américaine ou ennuyeux à la française… la construction de ce récit déstabilise immédiatement. En effet, on assiste à une succession de scénettes qui s’entrecoupent avec ce one man show fantasmé, où Charlie Bronson s’adresse au public et parfois même au spectateur. Le seul truc que ce mec-là voulait faire au départ était être célèbre, mais comme c’était un abruti, il voulait surtout être célèbre en prison, son hôtel personnel en fait… le seul endroit où il pouvait inspirer le respect et l’admiration. Mais son cheminement ne s’arrête pas là. Il a beau être simple d’esprit, il va évoluer d’une façon vraiment étonnante, se transformant peu à peu en artiste extrême en même tant qu’en oeuvre d’art grotesque modelant son corps.

Donc en gros on a Bronson à l’école, Bronson chez ses parents, Bronson en prison, Bronson à l’asile, Bronson dans des fights clandestins, Bronson amoureux puis re-Bronson en prison pour arriver à un long final surprenant… Autant dire que NWR s’affranchit de toute convention narrative et le résultat peut laisser songeur. Car sans réelle trame habituelle, on se retrouve à la fin avec la drôle d’impression d’avoir suivi 1h30 de vide. Alors que ce n’est pas le cas, mais du tout! Car avec cette sorte d’icône du mal incarné, Bronson brasse pas mal de choses importantes, dont l’histoire anglaise récente, et une étude de personnage passionnante si on prend le temps de passer outre cette construction étrange. Bronson, un film exigeant? C’est une surprise, oui!

Avec un propos extrêmement ambigü, entre glorification d’une ordure et vision tragique d’un looser qui se croit grand (c’était déjà le cas dans la trilogie Pusher), NWR livre un film un peu hors du temps, qui aurait très bien eu sa place dans le cinoche trash des années 70… A la fois très référencé mais carrément original dans son traitement bicéphale (première partie dans l’esprit de Bronson, deuxième vu de l’extérieur), ce film a tout d’une belle claque dans la gueule pour peu qu’on fasse l’effort de le voir de la bonne façon… ainsi se dévoile une puissance incroyable dans ces vingt dernières minutes portées sur l’art, quand Bronson tente de recréer en live le tableau le Fils de l’Homme, de Magritte… aussi pathétique que génial, et aussi inspiré par une volonté artistique que par celle de retourner une fois de plus à la case départ : se faire tabasser, tabasser, et retourner en cellule…

NWR nous sort donc un film vraiment déroutant, qui peut très bien laisser de marbre comme il peut passionner, car derrière l’aspect copie d’Orange Mécanique, il y a pas mal de choses à y voir. Sur le plan esthétique, c’est assez incroyable. Le réalisateur construit des images complexes, joue avec toutes les couleurs possibles, enchaîne les effets de montage… c’est vraiment à la limite de l’expérience et d’une beauté plastique à couper le souffle. Et puis il y a Tom Hardy… impressionnant, théatral, imprévisible, il porte le film tout seul dans une performance digne des plus grands acteurs. Vraiment il est bluffant dans ce rôle complètement schyzo! Bronson c’est donc un film assez difficile à conseiller car difficile à appréhender. A la fin il laisse une impression étrange d’avoir assisté à un non-film radical et quasi-hypnotique, puis se révèle d’une richesse étonnante derrière une mise en scène juste virtuose.

FICHE FILM
 
Synopsis

1974. Livré à lui-même, Michael Peterson, 19 ans, cherche à faire la Une des journaux: rêvant de devenir célèbre, il tente de braquer un bureau de poste avec un fusil à canon scié qu'il a lui-même bricolé. Rapidement interpellé, il est d'abord condamné à 7 ans de prison. A ce jour, il a passé 34 années en prison, dont 30 en isolement cellulaire. La métamorphose de Mickey Peterson en Charles Bronson, devenu le détenu le plus dangereux d'Angleterre.