Break Away (Lee Song-hee-il, 2009)

de le 23/11/2010
 
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Film de clôture du FFCF 2010, par Alexandre Mathis de Plan-C.

La Corée du sud a beau trouver un certain écho dans la société hexagonale, des petits nouveaux pointent régulièrement le bout de leur nez. Naïvement, on pense à chaque fois accueillir un bleu, du genre de Na Hong-Jin et son fabuleux The Chaser. Or, si Lee Song Hee-il ne nous dit encore rien, cela ne veut pas dire qu’il débute. Break Away est son second long-métrage. Jusque là, ses précédentes réalisations (courtes comme longue) traitaient surtout de l’identité sexuelle, et notamment de la place du lesbianisme. Le moins logiquement du monde, Break Away emprunte un tout autre chemin, plus politique, plus accessible, plus classique aussi. Là où Lee Song Hee-il creuse un sillon, c’est dans cet attrait pour la psychologie dans les cas extrêmes. Le film suit trois hommes en fuite : des déserteurs. Ce n’est rien dévoiler d’important que de dire que de trois, ils passent très vite à deux. Or, une femme entre dans la cavale, complice car aimante. Le film interroge d’office sur comment fuir un pays cerné d’eau et d’une frontière unique avec l’ennemi intime du Nord. A cette question, Break Away n’y répondra jamais franchement, préférant capturer les émotions humaines ainsi que les très beaux décors.

Concrètement, cela se cristallise par un premier acte de loin le plus fascinant. Des uniformes dans une forêt digne de Tropical Malady, un souffle court, une fuite non sans rappeler les plus intenses courses poursuites des films d’horreurs, le métrage commence fort. Les visages des trois soldats paraissent d’ores et déjà fatigués, comme en bout de course. Pourtant, ça n’est que le début d’une sorte de road-trip mortel digne de Bonnie & Clyde, le statut de héros populaire en moins. Car déserter en Corée du Sud, cela semble choquer au plus haut point. La pression gouvernementale et familiale cherche à avoir raison de ces hommes constamment sur la brèche. Des figures de cinéma (trop) classiques mais à l’empathie totale grâce à cette ouverture. Le spectateur se retrouve à leur hauteur, chassé, persécuté moralement. Parfait pour avaler les quelques couleuvres mélodramatiques. Le soldat Jae-hoon veut dire adieu à sa mère malade (et accessoirement conclure avec la complice So-Young ?). Quand à son supérieur Dong-Min, c’est plutôt la vengeance, l’autodestruction qui le guide.

Clairement le point faible du film, l’entremêlement de ces intrigues ne convainc que partiellement. Notamment dans son second tiers, un poil trop mou et disloqué. La faute à un montage étrange, où les séquences se terminent parfois sans logique. Pour ne prendre qu’un exemple, Dong-Min fuit à un moment des soldats à sa recherche, esquivant avec brio les feux nourris. On le retrouve la minute suivante récupéré en voiture par son compagnon de misère sans logique apparente. De telles ellipses, surement là pour offrir du rythme, affaiblissent un film pourtant remplis de qualités. En premier lieu par la guerre psychologique que se livre le trio. Le cinéaste coréen fait de ces errances en forêt une sorte de rappel lointain à Battle Royale mixé à du Rambo pour l’aspect survie. Les tensions succèdent alors aux amitiés, les amours fraternels aux engueulades de passages.

Mais s’il est bien un thème récurent dans le cinéma coréen, c’est cette défiance aux autorités. Dans Mother, la grand-mère allait contre l’enquête, dans The Host, la famille menait ses recherches contre le complot bactériologique censé les isoler. Ici, l’armée est dénoncée, puisque le déserteur devient ennemi public, pestiféré de la société. Autre qualité quasi-constante des films coréens récents : leur beauté. Lee Song Hee-il ne fait pas exception en jouant de la promiscuité, des grands espaces, de la moiteur et des clair-obscurs avec talent. La photographie est par moment à couper le souffle par son art pictural d’un exotisme jusque dans l’urbanisme. Des qualités immenses qui font de Break Away bien plus qu’un bon petit film. Car ajoutez à cela un trio d’acteur très bon, et comprenez qu’il est bien dommage que le film n’ait pas encore eu droit à une diffusion française.

[box_light]Jusque là (quasi-)inconnu au bataillon de la cinéphilie française, Lee Song Hee-il fait pourtant parti des noms parmi lesquels il va falloir compter. Son Break Away attaque une société trop patriotique où le destin et le rêve n’ont que trop peu de place. Dans le digne lignée de ses confrères, le réalisateur y va de son avis sur un Etat coréen régulièrement raillé. Avec sa photographie superbe et ses scènes de fuites en forêts, le film atteint par moment des sommets. Une œuvre référencée et pensée avec minutie. Reste à mieux gérer un rythme inégal et éviter quelques écueils de scénarios. S’il y parvient, Lee Song Hee-il sera très grand ![/box_light]

Retrouvez d’autres critiques d’Alexandre chez Plan-C.

FICHE FILM
 
Synopsis

C’est le destin tragique de deux hommes qui ont déserté l’armée et d’une femme qui les aide à s’échapper pendant 6 jours avec acharnement.