Boy Eating the Bird’s Food (Ektoras Lygizos, 2012)

de le 17/12/2012
 
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Festival De Cinéma Européen des Arcs 2012 : en compétition.

Au sein d’une nouvelle vague de cinéma grec franchement intéressante – l’excellent Canine est là pour en témoigner – Ektoras Lygizos tente d’apporter sa pierre à l’édifice avec Boy Eating the Bird’s Food, film-calvaire d’une prétention effroyable cherchant tellement à affirmer ses velléités auteuristes qu’il en oublie qu’un film doit s’adresser à des spectateurs. Entre traitement vulgaire de la crise financière et scènes bêtement provocatrices, on touche le fond d’un cinéma qui oublie l’essentiel, trop occupé à essayer de faire du beau et du choc.

Avec Boy Eating the Bird’s Food, Ektoras Lygizos tente de proposer sa relecture de La Faim, roman de Knut Hamsun. La solitude d’un homme, la faim, mais plus encore la folie qui s’empare de lui. Sur le papier cela parait fonctionner mais à l’écran c’est une catastrophe. On suit pendant près d’1h30 les pérégrinations de ce taré qui mange à peu près tout ce qui lui tombe sous la main, des graines qu’il achète pour son oiseau, son seul ami, à son propre sperme le temps d’une séquence cherchant l’effet choc, avec masturbation et éjaculation en gros plan, mais d’une laideur invraisemblable et manquant cruellement de sens. Ektoras Lygizos cherche sans doute à devenir le nouveau Larry Clark mais n’a pas compris que le réalisateur de Tulsa tient toujours un sujet fort et un récit maîtrisé derrière sa provocation d’apparence. Boy Eating the Bird’s Food, avec ses procédés artificiels et son absence de véritable sujet, agace plus qu’il ne passionne, à peu près aussi égaré que son insupportable personnage principal incarné par un acteur au manque de présence flagrant.

Boy Eating The Birds Food 1

La faim comme incarnation d’une existence vide de sens, l’idée est passionnante. C’est au niveau de l’exploitation qu’il y a un véritable problème. La métaphore n’est qu’un artifice pour un réalisateur tellement sur de lui et de son procédé de mise en scène qu’il semble en permanence dans la démonstration. Le problème est qu’il ne maîtrise rien qui pourrait justifier ce mode de représentation, à commencer par sa mise en scène en apparence m’as-tu-vu, en réalité grotesque. Rapidement il étale une grammaire cinématographique extrêmement limitée, se contentant de suivre son personnage lors de longs plans-séquences cadrés sur sa nuque, masquant la pauvreté de la direction artistique par l’utilisation massive de la longue focale qui élimine l’arrière-plan, et limite ses dialogues au maximum. En gros, Boy Eating the Bird’s Food ressemble à ce que des milliers de pseudo-auteurs autoproclamés proposent chaque année, sans la moindre valeur ajoutée. Car ce n’est pas du côté du propos du film qu’on trouvera quelque chose à se mettre sous la dent, Ektoras Lygizos attisant la faim de cinéma du spectateur sans jamais la rassasier. Alors il va promener son personnage errant sans but, d’un cours de chant à l’appartement d’un vieux monsieur, en passant par la rue, souvent, et l’entrée de ce magasin où il peut suivre cette fille qui lui a tapé dans l’œil. En résulte un enchainement de scènes auxquelles il manque clairement une cohérence, mais surtout un film qui ne possède aucun enjeu dramatique. A l’arrivée, deux scènes avec un sexe d’homme en érection histoire de faire parler le festivalier qui y verra peut-être une profonde subversion, quelques instants dégueulasses pas vraiment justifiés, et la sensation d’assister à une arnaque totale. Ektoras Lygizos déroule son film qu’il a probablement tourné sans script, provoquant un ennui profond tant il est impossible de s’attacher à un personnage (le principal bénéficie d’une interprétation médiocre et ne provoque donc rien, tandis que les seconds rôles s’évaporent aussi vite qu’ils entrent dans le cadre) ou de trouver un quelconque point d’ancrage dans un récit avançant à l’aveugle.

Boy Eating The Birds Food 2

Sporadiquement apparaissent quelques belles séquences difficiles à raccrocher à quoi que ce soit mais qui peuvent entrainer un véritable impact. Une chanson dans une église, une scène d’amour avortée ou un cri de désespoir purement instinctif. Quelques moments de grâce dans un ensemble extrêmement agaçant car poseur pour rien. Ainsi, Ektoras Lygizos a beau vouloir montrer pendant tout le film à quel point il est un grand réalisateur d’art et essai, il démontre qu’il ne connait visiblement pas l’existence du mot « découpage » et encore moins son sens, mais pire, il se montre incapable de construire un plan qui ne soit pas flou avec une mise au point hésitant en permanence. On a donc d’un côté un « artiste » extrêmement sur de lui – c’est ce qui transparait de cette œuvre tellement prétentieuse et regardant son public de haut – et de l’autre un réalisateur qui ne maîtrise pas vraiment les outils nécessaires au cinéma. Cette somme de tares fait que le propos de fond du film, caché derrière le portrait de cet homme clairement névrosé, à savoir un pays traversant une crise cataclysmique, est altéré. Il ne se montre que le temps de quelques séquences mais passe globalement inaperçu, anéanti par cette tendance à la pose ridicule. On reste médusé devant cette farce qui voudrait capter un sentiment de détresse à travers une succession d’actes sans queue ni tête, mais ne finit que par provoquer la détresse du spectateur malmené par une telle démonstration d’incompétence qui pète bien plus haut que son cul. Mais le film a reçu quelques prix critiques, preuve que le vide abyssale provoque toujours autant d’admiration.

FICHE FILM
 
Synopsis

Nous sommes à Athènes, aujourd’hui. Un jeune homme de 22 ans sillonne la ville à la recherche d’un semblant de nourriture, qu’il partage avec son unique ami et son unique réconfort, un petit oiseau d’or. Vivant seul et sans ressources dans son appartement – qu’il est d’ailleurs sur le point de perdre -, croulant sous les factures et assailli par la faim, cet être à la dérive survit tant bien que mal dans une capitale européenne à deux vitesses.