Boulevard de la Mort (Quentin Tarantino, 2007)

de le 19/08/2009
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Le concept Grindhouse était super excitant dans son désir de faire revivre le concept du double programme de série B, pratique typiquement US, par deux potes réalisateurs souvent capables de très belles choses: Tarantino et Rodriguez. Malheureusement, le double film est arrivé chez nous en deux parties, sans les fausses bandes annonces (réalisées par Robert Rodriguez, Rob Zombie, Eli Roth et Edgar Wright tout de même!!!), et en versions longues… et le résultat est déstabilisant. Si Planète Terreur de Robert Rodriguez remplit parfaitement son contrat avec une série B hyper jouissive, déjantée, à l’image hyper crade et sans limite dans le gore, Tarantino en petit malin ne l’a pas joué tout à fait pareil. Il a ajouté quelques griffures et décalages par ci par là mais on a jamais l’impression d’être devant une bande usée, ni devant une véritable série B… Non Boulevard de la Mort c’est avant tout un film 100% Tarantino mais un Tarantino presque en vacances tant c’est léger…

En quoi est-ce qu’on reconnaît un film du réalisateur qui se veut le plus « cool » du milieu? Plutôt simple: déjà il faut que ce soit un film aux références appuyées mais obscures pour la plupart des spectateurs. Ici le cinéma d’exploitation à base de road movie des années 70 est la référence la plus flagrante, citée explicitement… ainsi on pense à Point Limite Zéro, 60 Secondes Chrono, Larry le Dingue, Mary la Garce, Course contre l’enfer et autres fleurons du genre. Mais aussi aux slashers façon Halloween ou encore, de façon beaucoup plus subtile, aux Rape & Revenge comme la Dernière maison sur la Gauche ou Day of the Woman (en effet l’agression en voiture est carrément la métaphore d’un viol). On ajoute à ça un choix de bande originale extraordinaire, le retour au premier plan d’un acteur presque oublié et on sait déjà dans quel univers on évolue.

En plus on retrouve tous les éléments de la famille Tarantino, les fast-food Big Kahunas Burger, les clopes Red Apples, la présence d’Earl McGraw… des plans fétichistes des pieds à foison et des dialogues interminables! D’ailleurs c’est sur ce point en particulier qu’il déçoit beaucoup… Autant sur à peu rès tous ses films précédents la moindre ligne de dialogue était instantanément culte, autant là on se demande où il veut en venir… Ok ça parle cru, ça parle de cul, de drogue et de cinoche mais ça vole quand même bien bas. Mais ce qui est étrange c’est qu’en même temps ça reste des dialogues super jouissifs car on se retrouve en face d’une bande de nanas qui n’arrêtent pas de s’envoyer des vannes et de parler comme des mecs, qui fument des pétards et s’envoient des shots de bourbon jusqu’à plus soif…

La première partie du film est la moins réussie. Trop longue, trop peu d’action, tout ne passe vraiment que par ces dialogues. Donc si on n’accroche pas on risque de vite s’ennuyer car à bien y regarder c’est très vide! En fait le film prend une autre dimension dès l’apparition au bar de Stuntman Mike. Même s’il n’a plus droit aux grands rôles, Kurt Russel en impose toujours autant devant la caméra et nous rappelle aux bons souvenirs de New York 1997, The Thing ou Big Trouble in Little China… A la fois super cool (il prend même le spectateur à parti façon nouvelle vague) et effrayant, il assure à chaque scène, faisant un peu plus monter la tension jusqu’au tournant du film, un accident monumental! Du genre qu’on ne se souvient pas en avoir vu d’aussi impressionnant… Brutal, violent, à toute vitesse, gore… c’est un sacré morceau de cascade auquel la première partie du film nous prépare petit à petit pour en faire le point culminant et le plus jouissif du film.

La deuxième partie avec le deuxième groupe de filles est beaucoup plus sympa. Elles sont carrément plus funs, viennent toutes du milieu du cinéma, ce qui donne à l’écran une mise en abymes assez marrante. De plus on retrouve Zoé Bell, la doublure de Uma Thurman sur Kill Bill, cascadeuse de métier, qui joue son propre rôle… ça donne des scènes vraiment drôles, avec Mary Elizabeth Winstead qui joue la blonde de service… Et puis il y a cette course poursuite géniale dans laquelle on retrouve l’énergie mécanique déployée dans les films cités plus haut. Elle est très longue, impressionnante, Tarantino pose sa caméra dans des coins jamais utilisés pour une immersion totale… c’est énorme, jusqu’au final absolument excellent, mélange de Rape & Revenge et de cartoon qui nous prend par surprise…

Boulevard de la Mort est un film clairement bancal, moins abouti que tous les autres films de Tarantino, en particulier dans ses dialogues, et de ce fait il est moins facilement abordable. Bizarrement quand on y repense longtemps après l’avoir vu on a le souvenir de s’être ennuyé, sauf que sur le moment, devant l’écran, c’est vraiment pas le cas! On prend un pied monstre devant ce spectacle rétro qui sonne comme une déclaration d’amour à tout un pan de cinéma mal aimé et politiquement incorrect. D’autant plus que c’est vraiment fun, jouissif, mis en scène à la perfection (sur ce point on ne pourra jamais lui faire de reproche à Quentin), qu’on a un casting féminin exceptionnel et un bad guy de légende! Et ça sans parler du casting de bagnoles absolument génial!!!

Pas le meilleur Tarantino c’est sur mais après réflexion ça reste tout de même un sacré film!

FICHE FILM
 
Synopsis

C'est à la tombée du jour que Jungle Julia, la DJ la plus sexy d'Austin, peut enfin se détendre avec ses meilleures copines, Shanna et Arlene. Ce TRIO INFERNAL, qui vit la nuit, attire les regards dans tous les bars et dancings du Texas. Mais l'attention dont ces trois jeunes femmes sont l'objet n'est pas forcément innocente. C'est ainsi que Mike, cascadeur au visage balafré et inquiétant, est sur leurs traces, tapi dans sa voiture indestructible. Tandis que Julia et ses copines sirotent leurs bières, Mike fait vrombir le moteur de son bolide menacant...