Bons Baisers de Bruges (Martin McDonagh, 2008)

de le 23/10/2009
 
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Ne surtout pas se fier à ce titre français ridicule qui parodierait presque un James Bond, ce film n’a rien d’un film d’espionnage avec des gadgets, ni d’un polar et encore moins d’un film d’action. In Bruges est un film d’ambiance, une sorte de comédie inclassable à l’humour noir dévastateur et à la mélancolie permanente. Choisir d’envoyer des tueurs à gage dans un lieu aussi pittoresque tient du coup de génie tant le décalage entre la tranquillité de cette ville et le caractère extrême des deux tueurs british est énorme! Pour son premier long métrage Martin McDonagh, metteur en scène de plusieurs pièces de théâtre, trouve le ton parfait pour cette histoire parfois à la limite du surréalisme mais qui bénéficie d’un scénario en béton, d’une mise en scène de qualité et d’acteurs juste parfaits pour un ensemble qui ne ressemble à aucun autre film, et surtout pas à ce qu’on pouvait attendre…

La surprise est de taille quand on s’attendait plus ou moins à une sorte de polar, genre aujourd’hui hyper formaté et fréquenté majoritairement par des copies de copies d’excellents films. McDonagh vient d’emblée poser une ambiance étrange à travers le monologue intérieur de Ray, In Bruges sera une sorte de ballade désenchantée pour deux tueurs en perdition, l’un ayant commis une grosse boulette pour son premier contrat, l’autre semblant quelque peu blasé par sa « professions ». Et contrairement au film de vacances raté de Woody Allen (Vicky Cristina Barcelona) la ville de Bruges tient ici un rôle capital en étant le 4ème personnage principal du film. Loin d’une imagerie de carte postale, on la voit comme un lieu idéal de vacances tranquilles avec des merveilles culturelles à découvrir ou tout simplement comme un véritable enfer de morosité.

Pendant les 3/4 du film on suit donc ces vacances forcées, ces pérégrinations d’un duo insolite, deux personnages opposés à l’extrême mais qui s’avèrent complémentaires l’un à l’autre. C’est l’occasion de découvrir des lieux qui ont l’air magique et d’en savoir plus sur les tourments psychologiques des deux tueurs. Mélancolique et torturée, c’est je pense la meilleur façon de décrire cette escapade flamande tant ces personnages semblent au bout du rouleau. On sent que Ken en a trop vu dans ce métier et qu’il a le désir de se poser, même s’il sait que c’est impossible. Ray lui est nouveau et l’erreur de son premier contrat l’a anéantit. On le devine assez vite dépressif, ne souriant jamais et insensible au charme atypique de la ville, on le découvre carrément suicidaire, enchaînant les excès en tout genre…

[quote]Maybe that’s what hell is, the entire rest of eternity spent in fucking Bruges.

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Outre une mise en scène joliment posée, la réussite du film repose sur son casting. Ken est interprété par l’éternel second rôle Brendan Gleeson qui trouve là un rôle à la mesure de son immense talent. Il est extraordinaire dans ce personnage mûr, réfléchi, et qui joue une sorte de grand frère pour Ray. Lui apparaît sous les traits de l’excellent Colin Farrell. Entre chien fou et clown triste en pleine dépression, il est énorme! Que ses détracteurs que je ne comprendrai jamais regarde ce film pour bien appréhender l’étendue de son talent… toujours à la limite du cabotinage, il est drôle, triste, pathétique… A leurs côtés Ralph Fiennes qui n’apparaît qu’au dernier acte est irréprochable comme d’habitude, les français Clémence Poésy et Jérémie Renier sont aussi de l’aventure pour un casting en tous points parfait!

In Bruges jouit d’un scénario extrêmement bien huilé et surtout de dialogues succulents. Les personnages et leurs petites querelles sont écrits avec réalisme et soucis du détail, ce qui rend chaque situation intéressante. Ma préférence va bien sur aux scènes avec Ray l’irlandais, ses déclarations complètement absurdes, ses réactions instinctives et son dialogue permanent avec lui-même qui lui fait faire des choses débiles (la scène du restaurant où il parle des vietnamiens est juste énorme). Très drôle, mais aussi carrément dramatique le film est avant tout très original, mariant l’humour noir, l’émotion et le burlesque avec une virtuosité certaine. Certes on peut lui reprocher une idylle un peu inutile et une certaine baisse de régime à l’apparition de Harry (Ralph Fiennes effrayant à outrance!) mais on lui pardonne aisément.

Très bien construit, avec un final étonnant par sa violence soudaine (même si on sentait que ça allait arriver), In Bruges a tout du film inoubliable. Par sa simplicité et sa liberté de ton, mais surtout par ce décalage permanent, il véhicule plein de choses… On rigole beaucoup (les histoires avec le nain sont excellentes, sans même parler de la manchette que lui met Ray) mais c’est aussi très sombre quand même… errance désabusée mêlée à de gros coup d’éclat jouissifs, je ne trouve vraiment pas de points de comparaison, c’est juste follement original, mis en scène et narré avec talent, joué par des acteurs de grande classe… non, vraiment ces Bons Baisers de Bruges sont une immense réussite de la comédie noire et ce qui est certain c’est qu’on va suivre la carrière de monsieur McDonagh avec la plus grande d’attention!!

FICHE FILM
 
Synopsis

Après un contrat qui a mal tourné à Londres, deux tueurs à gages reçoivent l'ordre d'aller se faire oublier quelque temps à Bruges. Ray est rongé par son échec et déteste la ville, ses canaux, ses rues pavées et ses touristes. Ken, tout en gardant un oeil paternaliste sur son jeune collègue, se laisse gagner par le calme et la beauté de la cité. Alors qu'ils attendent désespérément l'appel de leur employeur, leur séjour forcé les conduit à faire d'étranges rencontres avec des habitants, des touristes, un acteur américain nain tournant un film d'art et essai européen, des prostituées et une jeune femme qui pourrait bien cacher quelques secrets aussi sombres que les leurs... Quand le patron finit par appeler et demande à l'un des tueurs d'abattre l'autre, les vacances se transforment en une course-poursuite surréaliste dans les rues de la ville...