Bodyguards and Assassins (Teddy Chen, 2009)

de le 06/06/2010
 
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Nouvelle monde à Hong Kong. Alors qu’il y a encore très peu de temps tous les films en costumes étaient ancrés dans un lointain passé, du temps où la réalité et les légendes se fondaient ensemble, voilà qu’on voit apparaitre de plus en plus de films abordant des périodes historiques bien plus proches de la Chine contemporaine. Ainsi ces derniers temps sont arrivés sur les écrans des films tels que Ip Man (dont la suite sera chroniquée ici sous peu), Confucius ou encore The Founding of a Republic, des films basés sur des faits historiques bien réels, loin des légendes de certains films de sabres ou de kung-fu. C’est dans cette nouvelle mouvance que s’inscrit Bodyguards and Assassins, énorme blockbuster nanti d’un budget plus que confortable avoisinant les 23M$. Un casting de stars, une reconstitution historique démentielle, un propos sans doute béni par le régime, de l’action et de vrais personnages, le film avait toutes les cartes en main pour convaincre le public et les professionnels. Le résultat c’est bien entendu un énorme carton au box-office chinois et un véritable hold-up aux Hong Kong Film Awards où le film rafle 8 récompenses dont les plus importantes (il y était nommé 19 fois!). Déjà rompu aux productions de grande envergure, il avait réalisé Purple Storm en 1999, c’est Teddy Chan qui s’est vu remettre la lourde tâche de porter ce récit ambitieux à l’écran. Avec toute la générosité du monde, celui qui fût le scénariste de Black Mask et Crime Story livre une oeuvre imparfaite, légèrement boursoufflée mais qui contient suffisamment de grandes choses pour convaincre, en partie.

Le potentiel de séduction du film est évident, avec en tête un Donnie Yen qui gère parfaitement sa seconde moitié de carrière en étant dans tous les bons coups. Il y a également le contexte historique plutôt passionnant, à savoir la Chine du début du siècle dernier avec la fin de l’empire et les prémices de la « démocratie ». Teddy Chan appuie d’ailleurs un peu trop sur ce mot qui revient sans cesse au milieu des dialogues et qui a sans doute convaincu à lui seul le comité de censure du pouvoir pour diffuser le film le plus largement possible, même s’il a hérité d’une catégorie IIb le déconseillant aux plus jeunes. Parfois on a carrément l’impression d’être devant une oeuvre de propagande chinoise, chose assez gênante quand on voit l’interprétation du terme de démocratie par les autorités du pays. Mais cela fait partie intégrante du cinéma chinois depuis plus de dix ans maintenant donc même si ça semble malhonnête, même si c’est limite révoltant, il vaut mieux en faire abstraction au risque de ne plus apprécier le moindre film venant de ce pays.

Bodyguards and Assassins bénéficie d’un scénario aussi simple qu’efficace. Scindé en deux parties bien distinctes, il pointe vers un élément central, une réunion à Hong Kong entre des personnalités des diverses provinces de Chine et le docteur Sun Wen, révolutionnaire ayant réellement existé et qui est considéré comme le père de la Chine moderne (il a été le premier président). Cette réunion vise à planifier le renversement de la dynastie Qing et à instaurer la première république de Chine, un plan élaboré sur plusieurs années donc. Dans la structure du récit, cela se traduit par une première partie présentant longuement la totalité des personnages du film, et avec une bonne dizaine de têtes d’affiches il fallait leur consacrer du temps à l’écran. C’est là qu’apparait un des défauts majeurs du projet, une forte tendance à sombrer dans le pathos. Alors certes les divers backgrounds sont bien écrits et détaillés mais ça va parfois trop loin. La seconde partie, la meilleure et de loin, se concentre sur le séjour éclair de Sun Wen à Hong Kong. Quasiment en temps réel, elle est bourrée d’action et impose un rythme effréné, utilisant à merveille les décors somptueux recrées pour l’occasion, une sorte de course poursuite contre la mort où le titre du film prend tout son sens.

Mais c’est aussi là que Teddy Chan montre ses limites. Si certaines scènes d’action sont juste somptueuses, comme cette course à pieds au milieu de la foule ou une séquence de fight démentielle avec Donnie Yen, d’autres paraissent bien faiblardes. En surdécoupant le montage et en cadrant trop près des protagonistes, certaines chorégraphies martiales ne sont vraiment pas mises en valeur alors qu’on sait très bien qu’elles ont été réglées au millimètres par les deux action directors, Donnie Yen et Wei Tung. On se prend à fantasmer sur ce qu’aurait donné le même film dans les mains de Wilson Yip par exemple, ou même si Peter Chan le producteur (réalisateur des Seigneurs de la Guerre) était repassé derrière la caméra. C’est loin d’être mauvais mais on sent presque que l’ambition générale, immense, n’influe pas sur la mise en scène. Tout cela semble très sincère mais Teddy Chan abuse trop souvent de ralentis, notamment lorsque qu’un personnage important meurt. À trop vouloir en faire dans le larmoyant le film perd de sa puissance.

Ces scènes de décès mettent également en avant un autre problème majeur. Le film se veut historique mais est en fait une fiction contenant un personnage et un contexte ayant existé. Cette réunion ne s’est jamais tenue à HK mais à Singapour selon les historiens, et la plupart des personnages sont des personnages de fiction. Pourquoi diable ajouter une mini biographie sur ces plans au ralenti quand quelqu’un meurt?? Ça ne sert à rien, ça casse le rythme et ça n’a tout simplement aucun sens. Teddy Chan semble s’être légèrement perdu dans son message. Un petit mot sur les acteurs qui sont quasiment tous excellents, avec en tête bien entendu Donnie Yen qui joue autre chose que le beau gosse frimeur et le fait bien. À ses côtés on retiendra la performance de Nicholas Tse, bien trop rare dans des bons films et qui trouve ici un rôle à fort potentiel. On est également gâté au niveau du bad guy campé par un Jun Hu juste impressionnant de charisme machiavélique. on a également droit aux apparitions de tout un tas de guests, de Simon Yam à Jackie Cheung. Le seul à paraitre vraiment hors sujet est Leon Lai, qui hérite d’une scène presque pompée sur Crazy Kung Fu en moins bien, et qui semble passer à côté de son personnage.

[box_light]Au final, si Bodyguards and Assassins possède un capital sympathie évident, en grande partie grâce à son casting impressionnant et une seconde partie d’une efficacité redoutable, il est tout de même plombé par un propos politique douteux, des libertés prises avec l’histoire de façon légèrement ambigüe et une très forte tendance à tomber dans des scènes inutilement larmoyantes.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Hong Kong, 1905. Chef incontesté de la révolution, Sun Yat-Sen fait une escale dans la péninsule sous très haute surveillance. Protégé par huit gardes du corps, il est la cible d’une centaine d’assassins qui n’ont que quelques heures pour supprimer celui qui fait trembler le pouvoir chinois en place. Dans ce climat paranoïaque intense, chaque citoyen est un danger potentiel. Corps-à-corps, ruses et trahisons se succèdent dès lors entre les hommes de Sun Yat-Sen et les hordes de tueurs lancés à ses trousses.