Bliss (Drew Barrymore, 2009)

de le 28/01/2010
 
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A la vision de Bliss, il est difficile d’imaginer quelqu’un d’autre derrière la caméra que celle qui fut à l’époque l’enfant prodige d’Hollywood. Bien qu’il s’agisse d’une adaptation d’un roman de Shauna Cross (qui officie également au poste de scénariste) sur ce sport méconnu qu’est le roller derby, le parallèle avec la vie de l’actrice (productrice et donc désormais réalisatrice) depuis ses débuts dans Au-delà du réel puis la consécration (à 7 ans seulement!!) E.T., sonne comme une évidence. Un film qui lui ressemble donc, à elle l’éternelle adolescente au parcours tumultueux. le roller derby est peu connu en France mais au cinéma il a déjà donné naissance à un véritable chef d’œuvre, bien qu’il ait pris un sacré coup de vieux, Rollerball de Norman Jewison. Dans Bliss ce sport aussi fun que violent est abordé sous un angle totalement différent. Ainsi on en retrouve pas l’hyper violence ou le côté futuriste, encore moins la métaphore sur une société devenue complètement voyeuriste, propos presque prophétique à l’époque. Non, Drew Barrymore attaque son sujet par le biais de la comédie adolescente à tendance « girl-power », et ce mélange qui présentait tous les atouts pour donner la nausée réussit à nous faire avaler des trucs très gnian-gnian au milieu d’un florilège de de stéréotypes. Mais c’est tellement sincère, souvent intelligent et bourré d’énergie que ça passe sans problème et que ça fonctionne à plein tube!

Vraiment, dans le genre de la comédie indie américaine honnête et pas prétentieuse, on tient là le haut du panier! Et ce même si le film est loin d’être parfait, mais ses imperfections se retrouvent comme masquées derrière une bonne humeur communicative. Car il faut le dire, pour son premier passage derrière la caméra d’un long métrage, Drew Barrymore se montre surprenante et si on sait apprécier ce grain de folie qui caractérise l’actrice, on ne peut que tomber sous le charme de son film. La première bonne surprise c’est qu’elle s’éloigne assez vite du « style » qui s’était imposé tout seul à ce genre de comédie. Pas de musique folk, pas de réflexion philosophique sur le sens de la vie par des adolescents qui n’ont rien vécu, pas de barbus à lunettes à tous les coins de rue… Bliss sent bon le vrai. Deuxième point essentiel, Ellen Page. Si l’affiche française n’hésite pas à mentionner Juno, la jeune actrice trouve enfin un rôle très naturel qui lui permet de jouer autre chose (bien qu’elle soit excellente dans Hard Candy également mais était-ce crédible?).

En fait on se sent un peu comme dans une comédie à l’ancienne, un chick-flick 70’s avec seulement 3 personnages masculins qui représentent chacun une forme de faiblesse universelle chez l’homme. Et à un propos sur un sport relativement extrême qui aurait pu transformer le film en œuvre ultra-violente et subversive, la réalisatrice choisit d’en faire une sorte de métaphore sur l’adolescence, et même plus précisément sur ce moment bien particulier que tout le monde a vécu, cet instant où l’adolescent décide enfin de faire ses choix en fonction de lui-même et non pour faire plaisir à ses parents.

Et ce genre de film, on l’a déjà vu, bien sur. Sauf qu’on ne l’avait que rarement vu aussi sincère! Et même si le récit surprend peu, qu’on devine plus ou moins à l’avance ce qui va se passer (les points clés de l’intrigue sont extrêmement communs), c’est suffisamment rock ‘n’ roll pour qu’on ne lâche pas l’affaire. Il faut avouer qu’à bon nombre de scènes relativement fleur bleue (obligatoires? Mouais…) succèdent d’autres bien plus folles, ce qui rend la chose attrayante et plus originale que la moyenne. A cela s’ajoute un casting aux petits oignons et qui serait déjà à lui tout seul une excellente raison de se déplacer pour voir le film! Ellen Page, on l’a dit plus haut, est excellente même si on a parfois du mal à croire à un génie du roller tellement elle semble maladroite quand elle patine. Mais aussi la bien trop rare Juliette Lewis, éternelle Mallory Knox de Tueurs Nés et qui trouve là un rôle de bitch qui lui permet d’en faire des tonnes dans le sadique. Également, Zoe Bell, la rappeuse Eve et Drew Barrymore dans le rôle d’une allumée du bocal qui passe son temps à se battre, boire et se blesser (autobiographique?). Mention également à la fabuleuse Marcia Gay Harden qui campe une mère psycho-rigide tout à fait crédible. Pas vraiment d’erreur de casting donc, ils sont tous excellents sauf Landon Pigg qui manque cruellement de présence.

Casting ad hoc, une mise en scène punchy, des jolies filles en tenues grunge-sexy qui se mettent facilement sur la gueule, des dialogues efficaces, des noms de scène délirants (Kami Kaze, Iron Maven, Bloody Holly, Maggie Mayhem…), des choix musicaux fichtrement bons. Bliss accumule les bons points pour un résultat parfois bancale mais qui ne manque pas de saveur et d’originalité. Miss Barrymore réussit son passage derrière la caméra avec les honneurs, sa comédie girly est simple, prévisible, un peu niaise parfois, mais tellement décalée, énergique et sincère qu’on en peut qu’adhérer. Banane garantie! Et puis on ne peut pas refuser le gentil tacle de la réalisatrice au puritanisme crasse.

FICHE FILM
 
Synopsis

Par tous les moyens, Bliss Cavendar veut échapper à sa petite ville perdue du Texas et à sa mère qui est convaincue que sa seule chance de réussir dans la vie est de gagner les concours de beauté locaux. Bliss rêve d'autre chose... Lorsqu'elle se rend en cachette dans la grande ville d'Austin avec sa meilleure amie Pash, Bliss découvre un univers qu'elle n'aurait jamais imaginé : le roller derby. Associant girl power et punk-rock, cette discipline permet à chaque fille de laisser libre cours à sa personnalité... Fascinée par la championne Maggie Grabuge et par ses consoeurs, Bliss troque rapidement les robes et les couronnes contre les rollers et les minijupes. Menant une double vie, elle est serveuse le jour et devient la redoutable Barbie Destroy la nuit dans son équipe de roller... Elle peut enfin exister plus que jamais, affronter des rivales sans pitié, tomber amoureuse d'un musicien, et prouver ce qu'elle vaut vraiment. Pourtant, c'est lorsque son secret va éclater au grand jour que Bliss va réellement faire ses preuves. Elle va devoir prendre sa vie en main comme elle l'entend...