Blanche Neige et le chasseur (Rupert Sanders, 2012)

de le 08/06/2012
 
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Les nouvelles adaptations de Blanche Neige c’est un peu comme La Guerre des boutons de l’autre côté de l’atlantique. Une gigantesque course à l’armement pour deux projets montés en parallèle, deux relectures du conte popularisé par les frères Grimm qui prennent deux voies totalement opposées pour deux résultats d’une faiblesse assez embarrassante. Si dans Blanche Neige Tarsem Singh cherchait tellement à se racheter une conduite qu’il en oubliait qu’un conte devait posséder une part de folie, Rupert Sanders livre avec Blanche Neige et le chasseur une vision de l’histoire qui verse clairement dans l’heroic fantasy plutôt que le conte de fées. L’idée de départ n’est pas mauvaise, une véritable réinterprétation en profondeur d’un récit classique, et le scénario écrit à 3 mains (dont John Lee Hancock, auteur d’Un Monde parfait, et Hossein Amini, auteur de Drive) n’y va pas de main morte pour en détruire les fondations et construire une nouvelle mythologie. Plein de promesses, ce n’est pas un hasard si ce scénario fait saliver tout Hollywood depuis des années. Sauf que dans les faits, le script est plutôt nul. Et devant la caméra de Rupert Sanders, surdoué du clip et de la pub ((il faut vraiment voir ses spots publicitaires, et notamment ceux pour Halo ou X-Box)) qui signe là son premier long métrage, il ne se passe aucun miracle. D’un scénario bête il ne peut tirer autre chose qu’un film bête, en plus d’être passablement laid.

Blanche Neige et le chasseur est un film qui mange à tous les râteliers, qui cherche en permanence une direction à prendre sans jamais la trouver, et qui finit par se noyer sous la tonne d’influences du réalisateur qui ne parvient jamais à s’affirmer. Le technicien doué devient un simple exécutif qui n’a sans doute pas eu son mot à dire et qui s’en est accommodé, car quoi qu’il en soit le film sera un succès. Dès les premières bobines, Blanche Neige et le chasseur en met plein les yeux. Sa direction artistique luxueuse et ses effets numériques pour la plupart magnifiques assurent l’essentiel du travail, les quelques 170 millions de dollars de budget sont bien à l’écran. Film faste à l’univers extrêmement détaillé, pas de doute qu’il possède un potentiel de séduction assez fort. Cependant, rapidement s’affichent des choix de mise en scène agaçants, qui vont de pair avec un montage parfois incompréhensible, renforçant encore un peu l’aspect de film bâtard qui se dégage de ce récit somme toute très banal. En effet, quand il ne reproduit pas des scènes de grands films au plan près, Rupert Sanders est à la peine. Incapable de filmer correctement une scène d’action, transformant chaque affrontement en une bouillie visuelle illisible et écœurante, il alterne ses séquences hystériques brouillonnes avec des plans magnifiques en macro et ralentis dignes des plus belles publicités. Le problème est qu’à cadrer aussi près ses personnages et en ne trouvant jamais la bonne distance pour raconter son histoire, il ne trouve jamais un véritable point de vue, chose pourtant nécessaire. La conséquence est dramatique car le film fait montre d’une ambition démesurée, sauf qu’il lui manque toujours le sens de l’épique auquel il aspire du début à la fin. Car ce manque de point de vue dans la mise en scène se retrouve dans le montage et dans la rythmique générale du film. Difficile de croire que Conrad Buff (monteur émérite de Terminator 2 et Titanic quand même) soit responsable d’un montage aussi maladroit, sans doute n’est-il intervenu qu’à quelques reprises pour sauver le travail de Neil Smith du désastre complet. Quoi qu’il en soit, Blanche Neige et le chasseur est très mal construit, avec un rythme en dents de scie qui se retrouve autant d’une séquence à l’autre que dans l’enchaînement des plans. En résulte quelque chose d’assez incompréhensible, où chaque petite envolée est immédiatement avortée par un élément onirique ou silencieux. La narration s’en trouve anéantie par cette absence de logique qui donne lieu à un spectacle étonnamment ennuyeux alors qu’il visait clairement les cimes inatteignables de l’heroic fantasy, ne cachant jamais des influences aussi majeures que Le Seigneur des anneaux pour la plus évidente.

Seulement, il ne suffit pas de filmer des charges à cheval avec des grands mouvements de caméra, des montagnes en plans circulaires avec une troupe qui marche ou des scènes au ralenti avec une musique lyrique pour atteindre le niveau de perfection de Peter Jackson. Rupert Sanders est un élève appliqué auquel il manque encore beaucoup d’intelligence dans sa mise en scène pour atteindre un tel niveau, et ses pauvres scènes font bien pâle figure face à celles du maîtres qui a établi ces nouvelles règles il y a maintenant plus de 10 ans. D’ailleurs Le Seigneur des anneaux n’est pas le seul modèle de Blanche Neige et le chasseur, sorte de film-patchwork sans identité qui pioche à l’aveugle chez Tim Burton et Guillermo Del Toro, pour la plus belle séquence de tout le film lors des illusions dans la forêt noire, qui emprunte une séquence complète et ici absurde à Princesse Mononoké (la scène du cerf géant devant l’arbre géant entouré d’eau, reprise à l’identique) puis vire brusquement et bêtement vers une resucée de Jeanne d’Arc. Une Blanche Neige en armure pourquoi pas, mais qui devient une guerrière aguerrie après avoir passé sa vie enfermée dans un donjon et sans activité, ça pose un petit problème. Mais à vrai dire, on n’est pas à une incohérence près tant le film les enchaîne sans honte, aboutissant sur un film finalement assez crétin et illogique, y compris dans sa propre mythologie (qui de toute façon ne lui est pas vraiment propre au vu des emprunts systématiques). Blanche Neige et le chasseur est un de ces blockbusters en pilote automatique sans aucune surprise, si ce n’est dans ses erreurs grossières, qui oublie complètement la portée originale du conte de Grimm (allégorie de la transformation d’une petite fille en femme, réflexion sur la beauté éphémère) pour se concentrer sur du spectaculaire en toc et aboutir sur une relecture bâtarde du mythe de la Comtesse Báthory, en manipulant au passage et de façon bien trop légère les figures du héros (blanche Neige devient une sorte d’élu christique). Complètement aseptisé, enfoncé par une séquence finale à mourir de rire, on n’en retiendra qu’une poignée de scènes franchement belles, avec un travail d’esthète derrière (la photo de Greig Fraser est franchement réussie) et une partie du casting qui s’en donne à cœur joie et de façon plutôt communicative, notamment Charlize Theron en roue libre et tout le casting de nains (Ray Winstone, Eddie Marsan, Bob Hoskins, Nick Frost…). Mais concrètement, que pouvait-on réellement attendre d’un film qui part d’un postulat aussi grotesque que celui d’une Kristen Stewart dont la beauté effacerait celle de Charlize Theron ? Pas grand chose en effet, David Hand peut continuer à se reposer en paix.

FICHE FILM
 
Synopsis

Dans des temps immémoriaux où la magie, les fées et les nains étaient monnaie courante, naquit un jour l’unique enfant d’un bon roi et de son épouse chérie : une fille aux lèvres rouge sang, à la chevelure noire comme l’ébène et à la peau blanche comme neige. Et voilà précisément où l’histoire que vous croyiez connaître prend fin et où la nouvelle adaptation épique et envoutante de ce célèbre conte des frères Grimm débute. Notre héroïne, dont la beauté vient entacher la suprématie de l’orgueilleuse Reine Ravenna et déclencher son courroux, n’a plus rien d’une damoiselle en détresse, et la cruelle marâtre en quête de jeunesse éternelle ignore que sa seule et unique rivale a été formée à l’art de la guerre par le chasseur qu’elle avait elle-même envoyé pour la capturer. Alliant leurs forces, Blanche-Neige et le chasseur vont fomenter une rébellion et lever une armée pour reconquérir le royaume de Tabor et libérer son peuple du joug de l’impitoyable Ravenna.