Blanche Neige (Tarsem Singh, 2012)

de le 30/03/2012
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Tarsem Singh est un artiste intéressant, une sorte de Quentin Tarantino qui ne ramènerait pas sur le devant de la scène un cinéma populaire oublié mais un cinéma d’auteur exigeant resté dans des sphères plus ou moins élitistes et qui tout à coup reçoit le regard du grand public. Ses trois précédentes films, y compris le très mauvais Les Immortels, sont ainsi de spectaculaires digests d’influences picturales provenant autant de la peinture que du cinéma. Avec Blanche Neige, il passe à autre chose et s’attaque à un conte pour enfants, un pur et dur et non une variation comme dans The Fall. Le geste est tout à fait honorable, même s’il s’inscrit dans cette ridicule course à la nouvelle adaptation du célèbre conte de Grimm, en parallèle avec Blanche-Neige et le chasseur de Rupert Sanders. C’est donc la version de Tarsem Singh qui lance la première estocade, un coup d’épée dans l’eau à la vision du résultat. Si toute la promotion du film semble vouloir à tout prix vendre une farce aux vannes bas du plafond, il n’en est rien, Blanche Neige est simplement un conte de cinéma tout ce qu’il y a de plus classique. Sérieux mais incolore, inodore, dépourvu de toute folie ou de toute ouverture sur une réflexion adulte, le film enchantera le jeune public et laissera vraisemblablement le spectateur ayant dépassé les 12 ans sur sa faim. Difficile de saisir l’intérêt véritable de la chose.

Toute la beauté folle de ce qu’aurait pu/dû être Blanche Neige, si Tarsem Singh en l’avait pas joué petit bras, se trouve dans la séquence d’ouverture et dans le générique de fin. Pour ouvrir son film il nous pond une séquence d’animation magnifique qui n’est pas sans rappeler le prologue de Hellboy II : les légions d’or maudites et pour le conclure il embrasse enfin ses racines avec un générique de fin qui n’est autre qu’une pure séquence de chant/danse de Bollywood. Entre les deux, c’est le calme plat, ou presque. Assez tôt dans le récit, la reine, interprétée par Julia Robert, dit clairement en voix off que cette histoire sera la sienne, et non celle de Blanche Neige. Mais au lieu de pousser dans la direction d’un parti pris original, le film reste bien posé sur ses rails et Tarsem Singh déroule sans la moindre prise de risque un film qui manque sérieusement de magie. Il y a pourtant nombre d’idées formidables là-dedans, à commencer par une direction artistique une fois de plus incroyable, un dynamitage du conte par l’humour à travers des nains revisités, qui préfèrent jouer les Robin des bois plutôt que se tuer au travail à la mine, ou le détournement astucieux du mythe du prince charmant. Dans ses meilleurs moments, Blanche Neige renouerait presque avec les nobles parodies de Mel Brooks, s’amusant sans aucun cynisme, et avec une certaines maîtrise des conventions, du genre abordé. Las, faire de la reine une pétasse enchaînant les bassesses et réflexions narcissiques, l’hypersexualiser en la mettant face au prince et accentuer au possible tous les aspects kitsch de cet univers ne suffit pas à en faire quelque chose de consistant. Au fil des bobines Tarsem Singh relègue son imagination débordante au simple statut de béquille fantaisiste pour mieux faire entrer son film dans le moule du conte sans âme. Encore une fois, dommage car épisodiquement ressortent quelques perles à l’image d’un montage ultra cut de la préparation de la reine façon Requiem for a Dream ou l’entraînement de Blanche Neige digne d’un épisode de Rocky, mais ce ne sont que quelques écarts insignifiants et qui ne sortent jamais Blanche Neige de son récit rectiligne et d’une banalité presque affligeante. Le film n’oublie pas non plus le très mauvais goût avec tout le passage pendant lequel le prince est envoûté, avec à la clef un humour pipi-caca qui fera peut-être mourir de rire les 6-10 ans mais qui risque bien de laisser le reste du monde assez circonspect.

Le produit est parfaitement calibré, la cible n’est jamais perdue de vue, on sent en permanence Tarsem Singh avec son pied enfoncé sur la pédale de frein, avec la peur de trop en faire. L’essence des contes et du fantastique tient pourtant en partie dans la capacité à dépasser des limites, à créer du rêve, à manier une certaine folie créative. Du réalisateur et de son amour avoué pour Andreï Tarkovski (une évidence depuis The Fall)et les cinéastes surréalistes ne subsiste pas grand chose. Quelques éléments de décor, un visuel de l’envers du miroir, une poignée de compositions picturales. C’est bien peu. Et finalement, même la rigueur géométrique de Tarsem Singh, dans la composition de ses cadres ou dans la perfection chirurgicale de ses mouvements de caméra, ne fait que desservir le film. Cette rigueur qu’on retrouve dans sa capacité à filmer des dialogues comme personne, à capter le rythme du tango dans un duel à l’épée, à faire naître par miracle des créatures fantastiques dans le dernier acte, tout ce sérieux finit par créer un carcan dont le film ne peut s’extirper car toute sa folie se retrouve bridée. En résulte cette impression d’un rendez-vous manqué, d’un réalisateur qui cherche à tester à quel point il peut s’enfermer dans un moule. Et peu importe le cœur que les acteurs peuvent mettre à l’ouvrage, tous très impliqués dans la pantalonnade, la sensation qui prédomine est celle de se trouver face à un film mineur de Terry Gilliam qui aurait décidé de se passer de tout ce qui fait le charme de son cinéma en lui appliquant une certaine rigueur, une œuvre aseptisée au possible, bien trop calibrée et qui manque de charme. À l’image de la jolie Lily Collins enlaidie par ses immondes sourcils qui finissent par capter toute l’attention.

FICHE FILM
 
Synopsis

Lorsque son père, le Roi, meurt, Blanche Neige est en danger. Sa belle-mère, cruelle et avide de pouvoir, l’évince pour s’emparer du trône. Quand la jeune femme attire malgré tout l’attention d’un Prince aussi puissant que séduisant, l’horrible marâtre ne lui laisse aucune chance et la bannit. Blanche Neige se réfugie alors dans la forêt… Recueillie par une bande de nains hors-la-loi au grand cœur, Blanche Neige va trouver la force de sauver son royaume des griffes de la méchante Reine. Avec l’aide de ses nouveaux amis, elle est décidée à passer à l’action pour reconquérir sa place et le cœur du Prince…