Blade (Stephen Norrington, 1998)

de le 18/07/2011
 
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Stephen Norrington est l’exemple du réalisateur maudit, voire du gros poissard sur qui toutes les misères finissent par s’abattre. Pourtant le début de son parcours est exemplaire : responsable des animatronics sur Le Secret de la pyramide puis en charge des créatures de Aliens – le retour, Hardware et Alien 3, il obtient la reconnaissance internationale avec Blade avant de sombrer puis de s’enterrer en acceptant le piège de La Ligue des gentlemen extraordinaires. Depuis plus rien, il est reparti vers son Angleterre natale et se consacre à d’autres formes artistiques. Que reste-t-il de son passage au sein du 7ème art? Un étrange The Last Minute et Blade dont il est question ici, son grand film qui s’est pourtant vu anéanti quatre ans plus tard par sa suite et le talent gigantesque d’un Guillermo Del Toro en roue libre. Pourtant Blade est en quelque sorte un film précurseur simplement sorti trop en avance ou trop en retard. En effet il s’agit pour qui ne le saurait pas d’une adaptation de comic-book Marvel, ce qui ne courait pas les ruelles d’Hollywood en 1998, ou plus précisément d’un long métrage basé sur un personnage de comic-book. En effet le scénario de David S. Goyer (qui s’est chargé de mettre en scène le calamiteux Blade: Trinity en pleine écriture de Batman Begins) est une création originale. Il s’agit également, comme cela est la mode aujourd’hui, d’un pur film introductif à un univers.

Wesley Snipes, ou l’art de la pose.

Les limites de ce genre d’exercice sont évidentes, la principale étant une tendance à brasser du vide. Ici, le postulat de départ, un héros black mi-homme mi-vampire capable de se déplacer dans la lumière du jour et qui extermine du vampire, est immédiatement accrocheur. À cette idée géniale vient se greffer un récit des plus classique à base de prophétie légendaire et de conquête du monde. Tout y est plus ou moins couru d’avance, si ce n’est quelques évènements un brin surprenants. La grande force de Blade, et son talon d’Achille malheureux, vient de son introduction, une fois passé la flashback sur les origines du héros. La séquence aujourd’hui culte de la douche de sang dans une boîte de nuit remplie de vampires sous l’éclairage stroboscopique est tout simplement dantesque. Portée par un son électro aussi violent qu’entraînant, toute la scène possède une puissance graphique qui annonce un grand film mais pose immédiatement un objectif qui ne sera jamais tenu. Un film qui propose en introduction sa plus grosse scène se tire une balle dans le pied, et c’est exactement ce qui se passe ici, la suite paraissant parfois atrocement fade après un tel choc. Il faudra attendre le dernier acte pour que le film prenne un nouveau souffle et révèle un peu d’ampleur. Renouant avec une forme d’action efficace et généreuse, la dernière partie de Blade procure un réel plaisir de spectateur qui  ne se trouve que dans ces belles séries B aux idées qui fusent dans tous les sens. C’est que Stephen Norrington parait maîtriser incroyablement bien les outils de l’actionner modèle typé années 80-90. Cela se ressent aussi bien dans les séquences de combat à l’ancienne pour les grosses droites balancées suivant une rythmique qui ne faiblit pas ou des tentatives de flirter avec le combat au sabre made in HK de l’époque. D’ailleurs Blade est entièrement construit comme un mélange de pur film d’action et de pur film d’aventure, les balbutiements de ce qui deviendra plus tard un genre à part entière, le film de super-héros moderne. Le final citant volontiers un final d’Indiana Jones et la quête de Blade montée telle un film de vengeance de laissent aucun doute quant aux influences du réalisateur.

Ne pas se fier aux apparences, il n’y a qu’un « vrai » combat de sabres dans Blade.

De plus il faut bien avouer que Wesley Snipes en impose, lui qui avait toujours rêvé d’un tel premier rôle. Poseur comme jamais, le plaisir qu’il prend à incarner un tel héros est véritablement communicatif. Un plaisir visiblement partagé par l’ensemble du casting qui s’en donne à cœur joie, se laissant aller parfois au grand cabotinage comme le trop rare Stephen Dorff. Car pour le reste il faut bien avouer que Blade manque de matière. Le scénario est tout de même basique, pour ne pas dire déjà vu mille fois, et souffre d’un sérieux ventre mou qui pose de vrais problèmes de rythme. On se console avec la mise en scène de Stephen Norrington qui utilise parfaitement son background de clipeur en sortant quelques effets plutôt bien sentis, même si dans l’ensemble il livre un film relativement classique sur la forme. Ce qui l’intéresse c’est à la fois de mettre en valeur son acteur en plein show, ce qu’il réussit royalement, et poser de vraies bases solides pour une exploitation de l’univers vampirique new age. Guillermo Del Toro s’appuiera dessus mais fera de Blade II un tel chef d’œuvre du film d’action qu’il renverra son prédécesseur aux oubliettes sans trop de soucis. Triste sort que celui de Stephen Norrington, vraiment.

FICHE FILM
 
Synopsis

Mi-homme mi-vampire, possédant toutes les qualités des goules et aucune de leur faiblesse, capable de vivre en plein jour, Blade traque sans pitié les suceurs de sang. Aidé de Whistler, son mentor et armurier, il est le cauchemar de la Nation Secrète des Vampires, dont les membres infiltrent toutes les couches de la société. L'un d'eux, Deacon Frost, avide de pouvoir, souhaite asservir le monde et la race humaine en invoquant le Dieu du sang. Un seul homme peut se mettre en travers de son chemin : Blade...