Billy Elliot (Stephen Daldry, 2000)

de le 11/09/2009
 
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Encore un film pour lequel j’étais plutôt réticent… tellement de louanges entendues à sa sortie et même longtemps après, exactement de quoi couper toute envie de se lancer dedans. Et c’est sans parler du sujet, un jeune garçon qui va apprendre la danse… et un réalisateur à qui on doit depuis le très bon The Hours mais qui a tendance à un peu trop pousser sur l’aspect mélo de ses films. Vraiment tous les ingrédients pour me tenir à l’écart! Très heureux de m’être trompé, Billy Elliot est un excellent film, de ceux qui propagent des sentiments simples et universels et qui vous mettent la banane quand ils se terminent.

D’ailleurs le scénario est bien plus profond que ce qui est écrit plus haut. Certes on parle d’un jeune garçon doué pour la danse et qui va tout faire pour réaliser son rêve, mais c’est surtout une tranche de vie, la vie d’une famille dans laquelle le père élève tout seul ses deux enfants après le décès de sa femme. Il est mineur dans un petit village anglais, pendant la grève des années 80. Avec son maigre salaire et celui du fils aîné, il essaye de faire survivre sa famille. Bourru, légèrement conservateur, la douce folie du jeune Billy qui ne semble pas intéressé par le sport familial, la boxe, l’exaspère… On va donc suivre le cheminement de Billy Elliot, son évolution de défaitiste vers un jeune homme sur de lui et de ses convictions. Par la même occasion Daldry fait de son mieux pour faire taire ce vieux préjugé qui consiste à faire l’amalgame entre être danseur et être homosexuel… enfant ces choses-là nous dépassent.

Plus qu’un film sur la danse, c’est un film sur la sensation de liberté que l’on crée en s’adonnant à sa passion, comment cela nous permet de se créer un monde et de laisser nos drames à l’extérieur (pour lui le manque de sa mère). Et intelligemment le réalisateur ne force pas trop sur le propos social de son histoire qui aurait vite été ennuyeux, il l’utilise comme toile de fond pour faire évoluer ses personnages qui en deviennent bien plus réalistes et crédibles. Si Billy Elliot n’est pas une histoire vraie, ça aurait pu l’être sans problème.

Il ne force pas trop non plus sur l’aspect dramatique des choses, ne cherche jamais à tirer des larmes au spectateur. Tout y est très naturel et l’empathie envers chacun des personnages n’en est que plus forte. Tous, malgré leur caractère, voient leur comportement justifié. A aucun moment on ne fait le procès d’un père trop enfermé dans ses convictions ou du frère trop rebelle pour s’intéresser à son frère, ni même de cette femme qui va mettre en Billy tous ses espoirs d’un destin qu’elle n’a pas eu. De façon très habile Stephen Daldry va nous faire vivre les étapes du passage de l’enfance à l’adolescence au travers de séquences symboliques (confrontation avec le père, premier baiser loupé, prise de conscience des différences…) qui forgeront un peu plus le caractère du jeune Billy, en route pour un monde tellement éloigné de celui dans lequel il évolue depuis sa naissance…

Et si le scénario tient déjà bien la route tout seul, le film prend une toute autre ampleur grâce à son acteur principal. À l’époque inconnu (c’était son tout premier film!), Jamie Bell, qu’on a vu depuis dans King Kong ou l’Autre Rive, est la grosse révélation, qui enterre celle surévaluée de l’année précédente, Haley Joel Osment et son absence d’émotions… Bell fait preuve d’une telle énergie, d’un désir de vivre sa passion et d’un caractère bien trempé. A tel point qu’il bouffe l’écran, éclipsant tous les acteurs adultes à chaque scène. En gros, à 14 ans, il porte tout le film sur ses frêles épaules et il est carrément impressionnant!! Autour de lui les autres acteurs font profil bas mais sont tous très juste, en particulier Gary Lewis en père dur mais qui prendra conscience de ce qui compte vraiment dans sa vie…

En bon metteur en scène en provenance du théâtre, Stephen Daldry ne fait pas dans l’esbroufe visuelle. Il signe une mise en scène classique, élégante, et laisse avant tout ses acteurs s’exprimer. Ça n’empêche pas le film d’être visuellement réussi, on pense à une séquence onirique très touchante entre Billy et l’image de sa mère ou celle, majeure, où il danse devant son père dans un gymnase seulement éclairé par les rayons de Lune. De très belles scènes qui en ajoutent encore un peu à cette franche réussite.

Et c’est sans parler de choix musicaux aussi intelligents que jouissifs pour les oreilles avec The Clash, T-Rex, The Jam, Eagle Eye Cherry… bref du bon son qui colle parfaitement à cette histoire. Voila un très beau film, une belle histoire toute simple qui réussit à émouvoir et à donner le sourire car pleine d’espoir. Ni trop classique, ni trop mélo… le mélange n’est pas loin d’être parfait, et pour un premier film c’est tout de même impressionnant de réussir ce dosage!

FICHE FILM
 
Synopsis

Dans un petit village minier du Nord-Est de l'Angleterre, Billy, onze ans, découvre avec stupeur qu'un cours de danse partage désormais les mêmes locaux que son club de boxe. D'abord effaré, il devient peu à peu fasciné par la magie de la gestuelle du ballet, activité pourtant trop peu virile au regard de son père et de son frère Tony, mineurs en grève. Billy abandonne les gants de cuir pour assister discrètement aux leçons de danse professées par Mme Wilkinson. Repérant immédiatement un talent potentiel, elle retrouve une nouvelle énergie devant les espoirs que constitue Billy. Les frustrations larvées explosent au grand jour quand son père et son frère découvrent que Billy a dépensé l'argent consacré au cours de boxe pour des cours de danse. Partagé entre une famille en situation de crise et un professeur de ballet têtu, le jeune garçon embarque alors dans un voyage à la découverte de lui-même.