Beyond the Black Rainbow (Panos Cosmatos, 2010)

de le 11/09/2011
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Étrange Festival 2011 : Compétition Internationale.

Cosmatos, un nom plutôt connu des cinéphiles ayant connu les années 80 au cinéma, associé au merveilleux Cobra mais surtout à Rambo II : La Mission. Et bien ce Cosmatos là, George de son prénom, artisan grec assez doué pour l’action (il mettra également en scène Tombstone), a eu un fils qui vient d’avoir la mauvaise idée de faire le même métier que son paternel. Et pour son premier long métrage, Panos Cosmatos prend le pari de la science-fiction atmosphérique, choix des plus casse-gueule qui lui permet de poursuivre les expérimentations visuelles menées sur le clip Dumb Animal de Handsome Furs. Expérimentations étant un bien grand mot tant le bonhomme ne fait finalement que recycler pendant deux heures extrêmement douloureuses des imageries bien connues. Beyond the Black Rainbow possède tous les attributs du premier film qui se veut tellement profond, tellement intelligent, tellement inaccessible et grandiose qu’il ne l’est absolument jamais. Oeuvre foirée d’un vulgaire poseur qui n’a rien à raconter et se prend pour un génie visionnaire, qui fera sans doute hurler de plaisir une certaine frange des spectateurs refusant catégoriquement de voir qu’on leur sert une soupe à peine réchauffée, Beyond the Black Rainbow est une arnaque de cinéma frigide.

Rapidement, Beyond the Black Rainbow impose un combat entre le film et le spectateur qui a de grandes chances de se terminer par l’abandon de ce dernier. Confondant épure et absence de matière, Panos Cosmatos va passer près de deux heures à faire semblant de scruter les fondements de l’univers et les secrets de la métaphysique en oubliant délibérément de raconter quoi que ce soit. Très fier d’avoir vu Stalker et 2001, l’odyssée de l’espace, il va s’amuser à reprendre des figures chères à Kubrick et Tarkovsky en ayant visiblement abandonné toute réflexion ou analyse sur leurs oeuvres respectives. Le résultat est une espèce de bouillie d’images fortement indigeste à laquelle il est incapable d’imprimer le moindre rythme, à moins qu’il ne soit convaincu de l’efficacité de son illusion « c’est lent donc c’est génial ». Lent, Beyond the Black Rainbow l’est assurément. Dans ses mouvements comme dans ses dialogues, permettant quelque chose d’inédit, une pause-pipi en pleine séance qui ne ferait rater que deux mots dans une phrase prononcée par le « héros ». Tout fonctionne au ralenti, mais jamais ne se crée la moindre fascination ou hypnose, comme chez ceux qui maîtrisent la suspension du temps et la métaphysique. Ici, c’est une impression de gouffre abyssal dopé à une forme d’auto-persuasion permanente qui vire au ridicule. Panos Cosmatos semble en permanence chercher à se convaincre qu’il fait de belles images, tellement fier de lui qu’il va nous les servir encore et encore, toujours les mêmes. Choisissant une pyramide blanche pour marquer sa différence avec le monolithe noir, agressant nos tympans avec des aigus des plus désagréables et abusant en permanence d’une longue focale qui transforme son film en portfolio d’un photographe amateur découvrant la fonction macro de son appareil photo, il signe pourtant un film qui peut être considéré comme excessivement moche, avec ses effets de transition d’un autre temps, ses filtres rouges ringards et sa bande son qui ressemble à du sous-John Carpenter des mauvais jours. Du début à la fin on se demande ce qu’il cherche à nous raconter, suivant la fuite d’un personnage dont on se fout royalement et la transformation d’un autre vers le prédateur chauve au destin aussi tragique que ridicule.

Beyond the Black Rainbow ne raconte rien et se permet de mal le faire, à base de choix techniques inaboutis et/ou de mauvais goût, de répétition permanente qui donne l’impression d’être pris pour un imbécile incapable de comprendre la première fois, qui nous rejoue plusieurs fois le dernier acte de 2001 l’odyssée de l’espace sans en saisir la portée philosophique, reproduisant bêtement des procédés de mise en scène qu’il ne maîtrise pas. Complètement inhumain, froid, avec des personnages aussi épais qu’une brindille, Beyond the Black Rainbow ne trouve jamais le ton ou le tempo et se perd dans les limbes d’un court métrage expérimental qui durerait deux heures. L’expérience s’avère difficilement supportable tant il n’y a là aucun point d’accroche, aucun sens dans la construction narrative ou dans la symbolique, juste un pauvre voyage foncièrement bête dans un futur cheap où on peut croiser un membre des Daft Punk, un film de frimeur qui ferait mieux de redescendre sur terre et de douter un peu de son supposé génie. On en ressort un brin circonspect, avec l’impression que monsieur Cosmatos s’est bien foutu de notre gueule avec son drôle d’objet poseur, et donc un brin énervé aussi. peut-être est-ce là un problème d’ordre grec…

FICHE FILM
 
Synopsis

Au début des années 80, la tentative d’évasion désespérée d’une jeune femme séquestrée derrière une vitre dans un laboratoire expérimental, et surveillée par le mystérieux docteur Barry Nyle.