Beginners (Mike Mills, 2010)

de le 11/06/2011
 
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Révélé en 2005 avec l’excellent Âge difficile obscur (Thumbsucker en VO), prix spécial du jury à Sundance et Ours d’argent du meilleur acteur pour la révélation Lou Taylor Pucci, le californien Mike Mills, bien connu pour ses clips (All I need de Air, Run On de Moby…), revient près de 5 ans plus tard, comme si de rien n’était. La constante chez lui? Un certain « style Sundance » dans le bon sens du terme, à savoir de l’indépendant haut de gamme et sophistiqué, mais surtout des récits empreints de nostalgie. Beginners ne déroge pas à la règle. Dans une veine aussi inspirée de Woody Allen que de Michel Gondry, Mike Mills cherche son style propre sans forcément le trouver mais signe un film d’une simplicité et d’une intégrité qui forcent le respect. D’autant plus qu’il s’agit quelque part d’un récit fictionnel grandement autobiographique dont la sincérité est difficile à prendre en défaut. Il n’en restera pas un souvenir impérissable, il n’a pas le potentiel de culte d’un Garden State par exemple, mais qu’importe, Beginners est un petit film qui possède un charme fou. Une source de bonheur fugace, mais de bonheur tout de même, derrière sa légèreté.

La nostalgie qui émane de Beginners vient essentiellement de ses flashbacks qui mettent en scène le défunt père d’Oliver, Hal. L’amour véritable entre les deux personnages est presque palpable, mais le propos du film va bien plus loin. En effet, en montant en parallèle les derniers moments de la vie de Hal, qui a 75 ans peut enfin vivre son homosexualité qu’il a toujours refoulé, et les premiers émois amoureux entre Oliver et Anna, Mike Mills trouve un angle fascinant. Par cette manœuvre il touche à une vérité universelle, celle qui lie un père à son fils et échange les rôles de l’un et l’autre. Et ce à des moments clés, la fin d’une vie, l’amorce de l’histoire d’amour d’une vie, ces instants éphémères en apesanteur où les hommes et femmes vivent le trouble de l’essentiel. Au moment où Oliver trouve avec Anna une véritable issue de secours à sa dépression, il doit digérer non pas le coming-out de son père, simple détail, mais le fait que son paternel a passé sa vie dans un rôle qui n’était pas le sien. De quoi pulvériser les plus beaux repères d’éducation, mais également de quoi apercevoir des valeurs inaccessibles et pourtant majeures. Oliver va vivre à la fois le deuil de son père mais aussi celui de son malheur, et cette sortie du tunnel toute en simplicité est tout simplement belle. Mike Mills trouve une sorte de grâce pour illustrer ce pont entre générations, avec peu d’artifices et beaucoup d’idées et de talent, et Beginners en vient à nous toucher au plus profond, simplement par l’empathie qui se crée envers les personnages, tous plus réalistes les uns que les autres derrières leur image fantasque.

Parcouru de vrais moments de vie, Beginners est également ponctué de pure poésie. Que ce soit dans le fantastique dépressif avec les prises de paroles du chien (par une astuce pas bête du tout) ou dans la façon d’illustrer les rapports humains, Mike Mills trouve un équilibre saisissant. Un équilibre qui touche carrément au sublime le temps de la rencontre entre Oliver et Anna. Dans cette longue scène quasiment muette, le jeu amoureux qui se met en place contient suffisamment d’ingéniosité et d’émotion pour nous séduire. Carrément magique, tout cela l’est en très grande partie grâce aux acteurs, à savoir Ewan McGregor, parfait en quarantenaire dépressif mais souriant, et Mélanie Laurent qui retrouve enfin un rôle au niveau de son talent qu’on avait tendance à oublier dernièrement. Ils équilibrent merveilleusement toute la partie portée par un très grand Christopher Plummer qui trouve encore un moyen de nous surprendre, après tant d’années et de grand rôles. Léger jusque dans sa mise en scène et sa partition musicale, Beginners est un de ces petits films rares, loin des grands films dramatiques mais simplement beaux et touchants, car sincères.

Avec sa simplicité, sa légèreté, son univers fait de luttes majeures contre les préjugés, d’amour sincère, d’extravagances et de deuil accepté, Beginners séduit. Ce n’est pas un grand film, il est loin d’être inoubliable et ne sera sans doute jamais culte malgré ses dialogues à fort potentiel. Mais Mike Mills touche à quelque chose de merveilleux, de vrai, de léger et grave à la fois, quelque chose d’universel qui touche, provoquant autant de rires que de larmes. Et c’est beau.

FICHE FILM
 
Synopsis

Oliver, illustrateur a Los Angeles, collectionne les ex et les déceptions amoureuses. Quand son père, Hal, tire sa révérence après avoir fait son coming-out a 75 ans et rejoint avec entrain la communauté homosexuelle, Oliver se penche sur ses relations familiales et ses échecs sentimentaux. Et il hérite d’un chien philosophe et bavard. La dépression guette. Jusqu’au jour où il rencontre Anna…