Be With Me (Eric Khoo, 2005)

de le 02/09/2009
 
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Petit film tourné pour à peu près 100000€, Be with Me s’inscrit dans la tendance émergente de faire découvrir au monde un « autre » cinéma asiatique loin de Hong Kong, de la Thaïlande et de Bollywood. Ce film vient de Singapour, une des cités-états les plus intéressants de la planète, qui devient peu à peu le centre économique de l’Asie, et qui déjà dans les années 50-60, lorsqu’elle faisait encore partie de la Malaisie, était un foyer de production cinématographique important. Depuis quelques années, une poignée d’auteurs dont le présent Eric Khoo tentent de redynamiser l’industrie locale avec des films qui font souvent le tour des festivals du monde entier. Et preuve que ce cinéma possède sa propre identité, Be with Me ne souffre d’aucune influence extérieure et porte la marque d’un véritable auteur/réalisateur qui a des choses à dire sur son pays et sur le monde qui l’entoure. C’est un cinéma exigeant, qui peut rebuter, mais qui, si on se laisse happer, propose de très belles choses.

Dans sa construction ce film risque de laisser plus d’un spectateur sur la touche. En effet, on suit plusieurs histoires en même temps sans vraiment y voir de point commun, et ce jusqu’à la toute fin. De plus sur le plan formel l’utilisation de la HD déroute au premier abord avec une image tellement naturelle que c’est choquant, malgré une photo magnifique. Par la suite l’oeil s’habitue et on n’y fait même plus attention mais au départ la sensation est étrange. Et il y a également le fait que la première ligne de dialogue est prononcée au bout de dix minutes… et c’est une des rares, le film fonctionnant sur le principe d’un film muet, les émotions étant véhiculées simplement par les images. On n’est donc pas vraiment devant le film facile d’accès pour le spectateur lambda…

C’est un film qui parle d’amour avant tout, à plusieurs étapes de la vie: l’adolescence, l’âge adulte et la vieillesse. Et encore plus précisément du désir et du besoin d’être avec l’autre, le titre est sur ce point plus qu’évocateur. On y suit donc des personnages dont on ne connaîtra le nom qu’au générique de fin et qui vont souffrir chacun à leur manière de cette absence. Une absence due soit à une séparation lors d’un chagrin d’amour de jeunesse, une absence que l’on se crée en n’osant pas se déclarer à celle que l’on aime en secret ou encore, sans doute la pire, l’absence crée par le décès de celle qu’on a aimé toute une vie… Vu comme ça on pourrait croire à un film dépressif mais ce n’est pas le cas car tout le moteur du récit, sur lequel a été basée l’écriture, est l’espoir.

Et cet espoir il est incarné par un personnage à priori en marge des autres récits, celui de Theresa Chan. Dans Be with Me, elle joue son propre rôle, nous parle de sa vie à elle (dont certains passages nous sont racontés au travers des sous-titres. Devenue sourde puis aveugle dans sa jeunesse, elle a passé sa vie à se battre pour elle et pour les autres. Ce petit bout de femme aujourd’hui âgée de 65 ans, déborde d’énergie, de générosité et de gentillesse alors que son double handicap l’a toujours condamnée à la solitude. C’est elle qui a été l’inspiration principale du film, elle qui a poussé Eric Khoo à ne pas abandonner ce projet… elle représente l’espoir à elle seule, avec son destin hors du commun.

Car c’est aussi là le thème du film, le destin, ou comment ces quatre histoires qui n’ont rien en commun vont interagir pour se faire rencontrer, d’une façon tragique et heureuse, ceux qui souffraient de leur solitude. Cela rejoint bien sur le thème de l’espoir, les deux sont intimement liés. Ce qui fait que le film, avec sa galerie de personnages tantôt heureux tantôt anéantis, attachants ou pathétiques, ne tombe jamais dans le pathos facile. Au contraire, intelligemment il se crée une dynamique de la mélancolie, on se retrouve un peu dans chacun et dans leur drame personnel, c’est là que Be with Me réussit à nous toucher au plus profond.

Bien entendu, tout cela ne pouvait fonctionner que si la mise en scène ne venait rien gâcher. Khoo a construit son film en plans fixes d’une beauté toute simple mais qui marque. Il laisse ses personnages évoluer, réussit à saisir l’émotion de l’instant… c’est vraiment très beau. On en ressort avec un sentiment bizarre, un mélange de joie car le film nous donne de l’espoir mais une certaine tristesse également car l’amour qui n’est pas partagé est un des sentiments les plus difficiles à vivre.

Belle découverte que ce Be with Me dont la simplicité apparente ne cache pas une profondeur réelle dans sa réflexion. C’est un film intelligent, émouvant, certes un peu austère mais très humain et lucide et qui nous touche si on accepte certains parti-pris esthétiques et narratifs qui remplacent les dialogues par du texte (lettre, sms…).

FICHE FILM
 
Synopsis

Un mariage d'histoires construites autour des thèmes de l'amour, de l'espoir et du destin. Les personnages de Be with me mènent des vies séparées, mais sont liés par un même désir : vivre auprès de l'être aimé.