Be Bad! (Miguel Arteta, 2009)

de le 23/08/2010
 
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Alors qu’on attend de plus en plus fébrilement de le voir dans Scott Pilgrim vs. the World, échec retentissant au box office américain malgré d’excellentes critiques, Michael Cera débarque sur nos écrans avec un film indépendant (un de plus) qui a bien tardé pour arriver en France, il était en effet présenté au festival de Deauville… 2009, il y a un an. Michael Cera c’est la star montante qui n’en finit plus d’accumuler les rôles d’ado mal dans sa peau, de Supergrave à une Nuit à New York en passant par Juno. Il a beau être hyper talentueux et son physique de coller parfaitement à ce genre de rôle, il est tout doucement en train de s’enfermer là-dedans et ce n’est pas avec Be Bad! qu’il va en sortir. Pourtant il est cette fois dirigé par un bel espoir de la comédie amère, Miguel Arteta qui avait bluffé tout le monde avec Chuck & Buck et offert son tout meilleur rôle au cinéma à Jennifer Anniston dans la comédie dépressive the Good Girl. Be Bad!, titre « traduit » une fois de plus sans qu’on sache trop pourquoi, même si pour une fois le titre choisi n’est pas hors sujet, est un joli petit film assez intelligent dans sa manière de dépeindre l’adolescence mais c’est surtout un film qui ose une bonne dose d’originalité sur la forme. Loin d’être parfait, parcouru de clichés, et finalement bien trop convenu pour entrer dans les mémoires, ce gentil moment de comédie indie permet toutefois de prendre un agréable bol d’air frais devant une galerie de personnages improbable et une suite de péripéties parfois un peu dingues, même si souvent déjà vues. Bien entendu la star Cera excelle une fois de plus mais pas assez pour en faire la comédie de l’année, dommage car il y avait un très gros potentiel.

On retrouve à peu de choses près les mêmes thèmes habituellement présents dans ce genre de comédie adolescente. Nick est un ado coincé, fluet et manifestement peu porté sur la mode ou l’image qu’il véhicule de lui, bien entendu il est toujours puceau. Il détonne un peu dans une société portée sur le white trash, a peu d’amis et adore Franck Sinatra. Et forcément la première fille qui va lui adresser un vrai sourire et s’intéresser à lui, il va en tomber éperdument amoureux. C’est le point de départ archi classique pour une teen comedy pas toujours comme les autres qui va appuyer sur un point bien sensible, et qui donne tout son sens au titre français du film. En effet, qui ne s’est pas un jour rendu compte que la gentillesse ne paie pas? Que ce n’est jamais le type tout gentil et tout poli qui repart avec la fille? Quand on est ado, si on veut réaliser le rêve de tout ado aux hormones bouillonnantes – perdre son pucelage – il vaut mieux être un bad boy. Sauf qu’endosser un rôle contre-nature n’est jamais simple et Nick va vite le comprendre.

S’il veut Sheeni, il doit changer du tout au tout, et pour ça Miguel Arteta nous sort une astuce qui sent la naphtaline, inventer un alter-ego imaginaire. Ce miroir déformant à l’allure de Michel Poiccard et à l’esprit libre de John Dillinger, c’est François Dillinger. Sheeni aime la France, celle de la Nouvelle Vague et de Serge Gainsbourg, Nick s’invente un personnage hors du temps. L’idée du petit démon sur l’épaule personnifié n’est pas nouvelle mais reste efficace pour illustrer la nature profondément schizophrène d’un jeune adolescent qui en cherchant sa vraie nature, son identité, y trouve une excuse pour justifier des faits et gestes inacceptables dans sa société idéale. L’idée est excellente, la mise en oeuvre l’est beaucoup moins. Ce double démoniaque et libérateur reste sous-exploité: 2-3 insultes, un incendie de voiture et un passage sous les draps de la belle ne justifient pas vraiment sa présence ou même son influence. On pouvait y déceler les germes d’une comédie à l’humour noir et tranchant, on n’en a que les restes au profit d’une romance adolescente sur fond d’acceptation de soi et de développement personnel.

C’est loin d’être inintéressant mais ce n’est finalement pas ce qu’on espérait voir. Car en l’état, à part quelques idées trop rares, rien ne différencie Be Bad! de la masse de comédies indie qui font les beaux jours de Sundance. Comme s’il n’osait pas aller trop loin dans son propos, Miguel Arteta reste bien trop sage pour qu’on adhère complètement à son propos, et ses emprunts intelligents à la Nouvelle Vague n’en sont que plus vains. Et si l’ensemble est plutôt bien mis en scène, sans grand coup d’éclat, on pense parfois à une sorte de Michel Gondry du pauvre avec des insertions d’images animées ou des séquences entières en stop-motion, mais qui ne sont pas toujours justifiées. Si Be Bad! s’élève légèrement au-dessus de la moyenne c’est surtout grâce à ses acteurs. On appréciera quelques seconds rôles savoureux avec, au choix, Ray Liotta qui n’en finit plus d’enfler mais qui n’a rien perdu de son regard de fou, Steve Buscemi excellent en père absent un peu timbré sur les bords ou encore Zach Galifianakis toujours aussi drôle qu’effrayant et qui assure dans le rôle du petit ami escroc et mythomane. Portia Doubleday se trouve être une belle révélation mais il est clair que le pivot du film est Michael Cera qui livre une prestation assez géniale même si peu surprenante en incarnant Nick mais qui se plante royalement dans la peau de François Dillinger. Une moustache et une clope ne suffisent pas à faire un homme, il lui manque cruellement cette virilité qu’il veut emprunter au Belmondo des 60’s sans jamais y parvenir. Et à bien y regarder, c’est de là qu’émane la plus grosse faiblesse de ce film.

[box_light]Prototype de comédie adolescente indépendante qui file le sourire aux festivaliers de Sundance, Be Bad! a beaucoup de mal à sortir du lot. On y trouve d’excellentes idées, souvent brillantes comme les emprunts intelligents à la Nouvelle Vague, mais Miguel Arteta semble s’empêtrer dans son récit et ne va pas au bout des choses, sacrifiant ses bonnes idées au profit d’une trame bien trop classique au final pour frapper les mémoires. C’est très sympa, mais c’est beaucoup trop sage et Michael Cera a beau être excellent, il n’est sans doute pas le choix le plus judicieux pour son double rôle.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Les aventures sentimentalo-rocambolesques de Nick Twisp, un adolescent amoureux lancé sur les traces de la fille de ses rêves, qui s'invente un double pour la séduire...