Battleship (Peter Berg, 2012)

de le 08/04/2012
 
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Drôle de réalisateur à suivre que Peter Berg. Battleship est seulement son sixième film en bientôt quinze ans de métier, et depuis le formidable Very Bad Things il ne s’est jamais vraiment posé quelque part. Curiosité, ouverture d’esprit ou difficulté à trouver sa voie ? Difficile à dire mais ce qui est certain c’est que le bonhomme n’a pas froid aux yeux et s’attaque à tous les genres. L’humour noir pour son premier, la comédie d’aventure pour Bienvenue dans la jungle, le drame sportif pour Friday Night Lights (qui donnera naissance à la série TV du même nom), le film de guerre et d’action avec Le Royaume qui lui vaudra sa révélation critique et le surprenant film de super héros Hancock. Et tout cela pour en arriver après 4 ans de silence radio à Battleship, projet hautement improbable sur le papier car il s’agit d’une adaptation de… la bataille navale. Oui, le jeu de plateau dans lequel on torpille des porte-avions en D5 et où on s’exclame « touché-coulé » en cas de victoire. cela bien entendu sous l’impact de la marque de jouets Hasbro qui a repris goût aux adaptations de ses jeux au cinéma depuis Transformers. Et si les premières images laissaient voir un traitement à la Michael Bay, le résultat final donne un aperçu franchement jouissif de ce qu’aurait dû être la franchise dans les mains d’un réalisateur avec une vraie vision et qui n’a pas besoin de couper ses plans tous les 1/10e de seconde. Dans le genre du blockbuster en mode destruction massive, Battleship écrase la concurrence sans jamais se prendre au sérieux.

Battleship adopte le canevas classique du blockbuster qui fait du bruit avec une invasion alien, celui mis en place avec le malheureux Independance Day il y a 15 ans. Pourtant Peter Berg va rapidement s’amuser à glisser un grain de sable dans cette machine en apparence bien huilée, jusqu’à troubler complètement ses ambitions. Dans la séquence d’introduction il prend l’habituelle scène de mission dans l’espace avec la bande son qui subit les grandes envolées de percutions, à peu de choses près la même que dans Transformers 3 : la face cachée de la lune. La scène suivante, logique au départ, nous ramène sur Terre, un soir dans un bar avec deux frangins, un militaire et un branleur (Alexander Skarsgård et Taylor Kitsch), ce dernier se donnant pour mission de draguer la plus belle blonde du bar. Jusque là tout va bien sauf qu’il se retrouve embarqué à tenter de lui ramener un burrito en rentrant par effraction dans une supérette sur la musique de La Panthère rose. On trouvera ce décalage permanent, entre un blockbuster bourrin et très premier degré, et un ton entre le burlesque et le parodique, du début à la fin. Battleship, c’est Transformers conscient de sa bêtise et qui fait le choix conscient d’en rire. Pourtant, Peter Berg garde un respect total pour le genre et ses dérives, auxquelles il s’adonne également avec un plaisir non dissimulé. Ainsi, Battleship s’inscrit de façon tout à fait surprenante dans la veine des Shaun of the Dead et Hot Fuzz, et donc dans celle du cinéma de Mel Brooks. À savoir que le film se moque ouvertement des codes employés jusqu’à l’excès dans le genre de cinéma qu’il aborde, mais sans la moindre note de cynisme et en s’appropriant ses mêmes codes et figures de style. Battleship est une parodie, cela tient parfois de l’évidence et des dizaines de lignes de dialogues sont là pour en témoigner, mais c’est également un vrai et pur blockbuster qui fait passer le spectacle de la destruction massive de villes et de navires de guerre avant toute chose. Et c’est assez génial car Peter Berg réussit à maintenir ce doute en permanence : est-il sérieux ou se moque-t-il ? Le film doit-il se prendre au premier ou au second degré ? Et c’est en cela qu’il est quelque part magique, car il ne se dévoile jamais complètement, laissant toujours un petit voile sur ses intentions. Avec ses soldats qui puent la testostérone et les kilos de fonte, ses robots gigantesques et ses envolées musicales lyriques (Steve Jablonsky est rompu à l’exercice) Battleship n’a pas fini de surprendre.

Formidable dans la parodie respectueuse, avec des lignes de dialogues déjà mémorables du type « Donnons au monde 24 heures de plus à vivre » suivi d’un cinglant « Mais qui parle comme ça ? » qui en disent long sur le ton comique que peut prendre le film, tapant autant sur les tendances guerrières et héroïques des USA que sur les films que cela a engendré, Battleship se pose parfois en équivalent au Mars Attacks ! de Tim Burton, en moins cinglant. Mais il pousse l’exercice très loin, allant dans son dernier acte du côté héroïco-touchant de Space Cowboys pour brouiller définitivement son jeu. Le regard tout à fait lucide qu’il pose sur les excès de ce genre de blockbuster est tout à fait passionnant car il met en lumière ses dérives, et notamment des personnages complètement archétypaux aux réactions souvent débiles, ses accents patriotiques bas du plafond et sa tendance au feu d’artifice. Cela étant, il livre un spectacle souvent éblouissant. Quand au bout d’une demi-heure arrivent enfin les aliens qui commencent à tout démolir, le show de destruction massive attendu ne déçoit pas et se permet tranquillement de supplanter à peu près tout ce qu’on pu faire Michael Bay et Roland Emmerich, les grands spécialistes quand il s’agit de tout casser à grands coups de millions dépensés en CGI et d’explosions titanesques. Avec Battleship, il n’y a pas de vol sur la marchandise, et en l’absence de superstar au casting les 200 millions de dollars dépensés se voient à l’écran. ILM et Double Negative ont fait un travail colossal et le résultat est tout simplement le blockbuster rêvé, en moins con car il pratique l’auto-dérision et ne se prend pas au sérieux, et en extrêmement bourrin quand il s’agit de faire cracher les canons. Basé sur des pulsions quasi animales, les séquences d’action écrasent tout et chaque attaque alien est un monument. La réussite est presque insolente tant ce qui s’annonçait comme un ersatz de Transformers défonce ce dernier sur à peu près tous les points. Même au niveau du design, on a parfois l’impression de voir un update ou une version finale de ce qu’on pouvait voir chez Michael Bay, et le tout emmené par des aliens au design proche d’Halo ou Metroïd, réussi sur toute la ligne.

Et la bataille navale dans tout ça ? Si au départ elle ne consiste qu’en une aire de jeu délimitée par un dôme infranchissable formé par une machine alien, au cours du dernier acte de l’affrontement se met en place la grille à l’écran, et tout d’un coup ce concept un peu fou prend tout son sens. En y appliquant une vulgarisation pas si bête des enseignements de l’art de la guerre de Sun Tzu, Peter Berg forme la grille de jeu du touché-coulé à l’écran et rend l’affrontement à l’aveugle passionnant pendant presque une demi-heure. Le pari était fou et il est largement tenu. D’autant plus que Peter Berg ne massacre pas ses plans avec un montage trop cut et laisse son film prendre de l’ampleur. Il démontre ainsi un vrai sens de la mise en scène et du spectacle, y compris quand il adopte des mouvements caméra à l’épaule un peu plus énervés, ou quand il place le spectateur en position de faiblesse en l’écrasant par la contre-plongée. On pourra toutefois lui reprocher un vrai manque de lisibilité dans certains combats, notamment quand ses personnages évoluent dans un espace restreint qu’il ne sait pas trop comment gérer. Pour le reste, Battleship est un réel plaisir, un blockbuster très haut de gamme qui n’a pas oublié d’être malin mais jamais cynique, qui en donne au spectateur pour son argent et qui propose un spectacle souvent jouissif. Et ce malgré des enjeux parfois un peu cons, à l’image des motivations des aliens pour détruire la Terre. Côté casting, il y a à boire et à manger mais tout le monde y met du cœur, de Taylor Kitsch, action hero dans l’âme, à Liam Neeson qui se fait plaisir en commandant, en passant par le toujours excellent Tadanobu Asano et Rihanna qui ne s’en sort pas mal du tout dans un rôle typiquement taillé pour Michelle Rodriguez et qui a droit pour son dépucelage à défourailler de l’alien au canon de 40mm à bout portant. Battleship c’est bourrin, c’est rock ‘n’ roll (entre la bande originale et un navire qui porte le nom du bassiste de Led Zeppelin, pas de doute), ça pète dans tous les sens, il y a des soldats, des gros canons, des aliens et des robots géants, et c’est tout ce qu’on lui demandait. Alors si en plus Peter Berg se permet de réfléchir un peu sur le genre qu’il aborde, difficile de se plaindre.

FICHE FILM
 
Synopsis

Océan Pacifique… Au large d’Hawaï, l’US Navy déploie toute sa puissance. Mais bientôt, une forme étrange et menaçante émerge à la surface des eaux, suivie par des dizaines d’autres dotées d’une puissance de destruction inimaginable. Qui sont-ils ? Que faisaient-ils, cachés depuis si longtemps au fond de l’océan ? A bord de l’USS John Paul Jones, le jeune officier Hopper, l’Amiral Shane, le sous-officier Raikes vont découvrir que l’océan n’est pas toujours aussi pacifique qu’il y paraît. La bataille pour sauver notre planète débute en mer.