Babycall (Pål Sletaune, 2011)

de le 18/04/2012
 
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Nous ne sommes pas les derniers à vanter la vitalité du cinéma de genre d’Europe du Nord, et notamment sa propension générale à accoucher de films techniquement bluffants, en plus de proposer un vrai discours. Des vrais films de cinéma en somme, à la fois beaux et intelligents. Donc quand le réalisateur du plutôt réussi Next Door revient avec un thriller à tendance horrifique, un personnage aux névroses solides et qu’il se fait accompagner pour l’occasion de la plus belle révélation féminine suédoise de ces dernières années, il y a de quoi en attendre beaucoup. D’ailleurs le succès de Babycall en festival pourrait confirmer tout le bien logique qu’on en attendait. Sauf qu’au final, à force de jouer toujours sur la même mécanique usée et en oubliant d’y apporter un univers personnel, Pål Sletaune livre un quatrième film très en deçà de ses promesses. Prometteur sur le papier et parcouru d’éléments passionnants, Babycall ressemble tout de même beaucoup à une baudruche. Heureusement, Noomi Rapace et une poignée de fulgurances sauvent le film de l’échec total et lui permettent même de relativement s’élever.

Construit sur l’éternel modèle de la scène d’introduction en flashforward qui va conditionner tout le récit pour l’amener vers cet évènement, Babycall manque sérieusement de personnalité, et ce à tous les niveaux. Bien trop conscient de son côté manipulateur, jusqu’à en perdre toute honnêteté scénaristique, le film est construit autour de cette révélation finale qui n’en est finalement même pas une tant on la voit venir à des kilomètres. Le plus naturellement du monde, Pål Sletaune considère son spectateur comme une triple buse et se permet ainsi de lui asséner un bon gros retournement de situation, comme si le type lambda dans le public n’était pas capable de reconstruire tout seul le petit puzzle mental dont le réalisateur ne se prive pas de donner les nombreuses clefs. Le soucis est qu’en plus d’être franchement agaçante cette pratique fait s’écrouler toute la construction dramatique déjà bien fragile, rendant l’aspect thriller du film complètement caduque, voire ridicule. D’autant plus que s’il s’agissait du premier film à sortir ce type de twist pour s’extirper d’un scénario crétin et verrouillé, cela passerait plutôt bien. Malheureusement pour lui, Babycall arrive après des centaines de tentatives similaires et le procédé commence à sentir le rance s’il n’est pas modernisé un minimum. On pourrait dès lors se consoler avec le traitement purement paranoïaque du récit, sans doute ce qu’il possède de plus intéressant. Mais là encore, Pål Sletaune a bien du mal à masquer son admiration pour Roman Polanski. Difficile de le blâmer mais son film ressemble tellement à Répulsion ou au Locataire dans la mise en place de son ambiance, dans le traitement des personnages et de l’angoisse, qu’il ne se sort jamais vraiment du statut de sous-Polanski mollasson. En même temps, il construit le portrait d’une femme qui fonce tête baissée vers l’isolement et la folie, entre la figure classique de la femme battue et celle, plus extrême mais tout aussi tutélaire, d’Isabelle Adjani dans Possession. Sur ce point le film touche parfois au sublime, tout entier porté par Noomi Rapace qui se sort de tous les pièges que lui tend Pål Sletaune, notamment quand il se laisse aller à des digressions dignes des films d’épouvantes les plus pitoyables. Sur la peur, rien, néant, Babycall reste mou même lorsqu’il tente par le montage sonore à nous effrayer par des cris à travers le babyphone. Là encore, c’est dommage car cet élément central reste accessoire, simple vecteur d’autres névroses, à se demander pourquoi il est devenu le titre du film.

Décidément, Babycall est un film bien maladroit quand il s’agit d’embrasser le cinéma de genre. Pourtant il parvient à devenir fascinant, sporadiquement, et en particulier quand il délaisse son premier degré. Ici il bâtit un parallèle bien senti entre Anna/Enders et Helge/sa mère, là il capte comme il sait si bien le faire des personnages tordus aux motivations sadiques, là encore il assemble un univers mental qu’il s’amuse à déconstruire. Malheureusement toutes ces belles idées et le ton paranoïaque de l’ensemble, toujours un fort potentiel cinématographique, ne sont que des soubresauts d’un film à la dérive. Encore une fois il faut louer la performance incroyable de Noomi Rapace qui porte tout le film sur ses épaules, sans surjouer mais en puisant dans ses ressources l’énergie pour faire vivre cet amour maternel plus fort que tout. Il aurait sans doute fallu quelqu’un d’autre que Pål Sletaune pour mettre en scène ce récit. Quelqu’un qui aurait amené ce final de façon plus fine, quelqu’un qui aurait réussi à poser une ambiance solide, quelqu’un qui ne se serait pas contenter de filmer l’ensemble comme un vulgaire épisode de série TV policière allemande. Car elle est là l’autre grosse déception, une absence totale de point de vue de metteur en scène et un résultat bien plus proche du téléfilm que du cinéma, avec ses couleurs blafardes et ses postures statiques. Venant du pays qui accouche des meilleurs directeurs de la photographie au monde, on ne s’attendait pas à un film au visuel aussi peu aguicheur. Alors si en plus on nous ressert une soupe déjà bien digérée, des figures paranoïaques usées, une roublardise un brin malhonnête et un fantastique au rabais, il devient difficile de saisir ce qui lui fait s’attirer les faveurs des festivals. Dommage, car la peur du babyphone était loin d’être un mauvais sujet de thriller.

FICHE FILM
 
Synopsis

Anna fuit son ex-mari violent, avec son fils de 8 ans, Anders. Ils emménagent à une adresse tenue secrète. Terrifiée à l’idée que son ex-mari ne les retrouve, Anna achète un babyphone pour être sûre qu’Anders soit en sécurité pendant son sommeil. Mais d’étranges bruits, provenant d’un autre appartement viennent parasiter le babyphone. Anna croit entendre les cris d’un enfant...