Away we Go (Sam Mendes, 2009)

de le 17/11/2009
 
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Alors qu’il avait jusqu’ici suivi comme un métronome son rythme d’un film tous les 3 ans, le réalisateur anglais n’a cette fois attendu qu’un an seulement après son chef d’œuvre les Noces Rebelles pour sortir un nouveau film… faut-il y voir un signe annonciateur d’un échec? D’un film bâclé? Pas vraiment en fait, même si au premier abord son film semble bien loin du niveau de tous ses précédents. Away we Go peut se voir comme un film sans doute nécessaire après la mise en abîme précédente, sans doute épuisante et psychologiquement difficile à gérer (il a tout de même mis en scène sa propre compagne dans une histoire de couple en pleine auto-destruction et face à leurs rêves brisés… ça laisse forcément des traces). En abordant encore une fois un nouveau genre, il va en profiter pour livrer son feel-good movie, le pendant lumineux de ces sombres Noces Rebelles. Un film à considérer comme mineur dans une filmographie de très haut vol, mais qui pour une fois donne vraiment le sourire par son optimisme.

Je crois même que c’est la toute première fois que Mendes ne fait preuve ni de noirceur ni de cynisme envers ses personnages principaux… c’est vraiment étonnant, à tel point qu’après réflexion l’ensemble sonne presque comme une sorte de catharsis pour le cinéaste, alors qu’au premier abord ça sonne tout simplement faux. Car il faut le dire, Away we Go ne brille pas vraiment par son originalité. En effet, on surfe sur cette vague actuelle de films indépendants US qui visuellement se ressemblent un peu tous, brassent des thèmes plus ou moins proches, font sans doute appel aux même compositeurs (heureusement que j’aime bien la guitare et les voix cassées…). C’est très étonnant de retrouver le réalisateur dans ce style là, lui qui apportait un soin tout particulier à l’image sur tous ses films. On peut vraiment parler d’une grosse rupture de style!

L’autre point qui peut vite rebuter mais qui bizarrement cette fois ne m’a pas vraiment dérangé, ce sont les personnages secondaires, car qui dit road-movie dit galerie de personnages emblématiques. Et il faut dire qu’on tombe quand même dans des stéréotypes assez évidents : la mère de famille qui humilie ses enfants pour qu’ils deviennent aussi barges qu’elle, celle qui cache une vie morose derrière un sourire indélébile, celle qui croit vivre en communion avec la nature (une baba-cool à la mauvaise époque) mais qui est une jeune aigrie, père abandonné ou encore celle qui adopte des enfants pour combler la tragédie de ne pas en avoir. Soit des modèles de familles bien distincts qui peuvent aussi bien représenter une partie des USA, et qui représentent tout ce que souhaitent éviter notre jeune couple de futurs parents, Burt et Verona.

D’ailleurs à vouloir prendre un couple d’acteur tout sauf glamour (après DiCaprio et Winslet ça choque presque) pour ne pas tomber dans le cliché c’est l’inverse qui se produit car dans Away we Go tous les  trentenaires portent le style hippy-chic… Une sacrée dose de stéréotypes à la limite de la caricature qui auraient fait une cible parfaite, sauf que la sauce prend rapidement et que la magie opère quand même! Sans doute que je ne suis pas encore blasé des Juno, Garden State ou Sideways qui jouent il me semble sur le même tableau, tout simplement car je ne les ai pas vus. Donc pour moi, ce voyage d’un couple qui cherche le lieu idéal pour élever leur future fille, est un bonheur de tous les instants. Car des couples amoureux, vraiment, auxquels on croit, sans que ce soit théâtralisé… et bien on n’en voit pas tant que ça! Et ces deux-là, ils s’aiment c’est une évidence.

Alors on va les suivre dans ce qui s’apparente, comme tout road-movie qui se respecte, à une sorte de chemin initiatique écrit avec une véritable tendresse par le duo Dave Eggers et Vendela Vida (on est loin de la perfection acide d’un Alan Ball). Les seconds rôles, même s’ils sont stéréotypés, sont divinement interprétés par Jeff Daniels, Melanie Lynskey, Maggie Gyllenhaal, Chris Messina et autres… mais c’est clairement le couple central qui est l’objet de toutes les attentions, qui nous est montré comme un idéal (encore une fois, le choc après le film précédent!), John Krasinski et Maya Rudolph illuminent cette histoire de leur simplicité car ils nous parlent. Un peu paumés, un peu fauchés… mais ils s’aiment et c’est tout ce qui compte.

Sam Mendes les filme sans artifice, avec une épure presque totale (il n’y a qu’à voir les transitions austères), et de leur périple n’émergent finalement que des bons sentiments… et là encore je me suis surpris à vraiment aimer… Le film est souvent drôle, parfois touchant, parfois pathétique, mais au bout du compte il fait un bien fou. C’est bizarre mais voir ce couple se protéger de toutes les influences négatives du monde qui les entoure simplement par leur amour, c’est beau, et ça donne envie d’être comme eux…

On est loin il est vrai de la perfection formelle des Sentiers de la Perdition ou narrative des Noces Rebelles et American Beauty, mais quand Sam Mendes fait son film mineur ça vaut mieux que la majorité des trucs qu’on peut voir… pas grand, pas inoubliable, mais il s’en dégage un bonheur communicatif.

FICHE FILM
 
Synopsis

Lorsque Burt et Verona apprennent qu'ils vont devenir parents, c'est la panique. Ils détestent la ville de province où ils habitent, et maintenant que les parents de Burt déménagent, plus rien ne les y retient. Ils décident alors de partir à la recherche de l'endroit parfait où fonder leur famille. Sur leur chemin, ils rendent visite à leur famille et à de vieux amis. Certains leur paraissent fous à lier, d'autres leur donnent envie de suivre leur modèle... Mais finalement, tous vont aider à leur manière Burt et Verona à réaliser qu'ils n'ont peut être besoin que l'un de l'autre pour fonder leur foyer.