Avida (Gustave de Kervern & Benoît Delépine, 2006)

de le 18/05/2008
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Attention OFNI!!! Le second long métrage des trublions du Groland (après le déjà très expérimental et bizarre Aaltra, road-movie en fauteuil roulant) est un étrange objet qui détonne dans le paysage cinématographique actuel, et qui se veut tellement extrême dans son traitement que la réaction en tant que spectateur sera soit un rejet total soit une véritable fascination.

Derrière une trame scénaristique qui ne semble être qu’un prétexte pour une succession de saynètes à la limite de l’incompréhensible, sous la forme d’un noir et blanc très crade, se cache en fait une histoire originale qui ne sera dévoilée complètement et ne trouvera un sens que lors du tout dernier plan du film. Au hasard des errances de ce maître-chien mutique (plus animal que véritable être humain), on croisera des gardiens de zoo accros aux fléchettes anesthésiantes et à la pétanque jouée avec des chaises en plastique (!), un zoophile en extase devant une carte de restaurant ne contenant que des anus d’animaux (Claude Chabrol en pleine forme), un torero suicidaire qui combat un rhinoceros (interprété par Fernando Arrabal, l’un des papes du surréalisme au cinéma)…


En bref, une galerie de personnages hauts en couleurs souvent très drôles (Albert Dupontel une fois de plus génialissime), souvent minables et incompris, qui ancrent le film dans la veine du cinéma surréaliste de Alejandro Jodorowsky, Luis Bunuel et Fernando Arrabal, tout en gardant cet humoir très noir et sale qui continue de faire les beaux jours du Groland sur Canal+ (dernier show vraiment drôle du petit écran).

Jusque dans son titre, Avida se veut un hommage vibrant à Salvador Dali, Avida Dollars étant l’anagrame du nom du peintre, et son surnom qui lui fut donné par André Breton, le précurseur du surréalisme. Bercé d’influences multiples provenant de diverses formes d’art, Avida va donc un peu plus loin que le fourre-tout bordélique découvert à la vision du film. De plus les deux compères en profitent pour jeter quelques boulets bien placés sur le fonctionnement de notre société moderne, et dénoncent discrètement un retour débile à l’état d’animal. Une façon intelligente de faire passer un message, comme beaucoup de grands artistes l’ont fait avant eux, et d’ajouter plusieurs niveaux de lecture à un film qui au premier abord ressemble plus à un délire entre potes qu’autre chose. Une belle surprise très originale et qui confirme que le duo Delépine/Kervern fait partie de ceux qui comptent dans le cinéma français qui sort des sentiers battus.

[box_light]Les deux figures de proue du Groland passent avec brio l’épreuve du second long métrage et signent avec Avida une petite merveille. Follement surréaliste, proposant une réflexion puissante sur le cinéma européen, Avida cache derrière son noir & blanc crade une petite pépite de cinéma libre et sans limite, en apparence inaccessible mais brillamment construit. Une petite merveille, la confirmation d’un talent dingue dans ce duo.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Un sourd-muet et deux drogués à la kétamine ratent l'enlèvement du chien d'une milliardaire plantureuse. Elle en profite pour les forcer à réaliser ses dernières volontés.