Avengers (Joss Whedon, 2012)

de le 20/04/2012
 
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S’il fallait définir une échelle des fantasmes de geeks, Avengers serait tout en haut. Tout d’abord car il s’agit de la réunion de tous les super-héros Marvel mis en avant depuis quatre ans et cinq films : Iron Man, L’incroyable Hulk, Iron Man 2, Thor et Captain America: First Avenger, les cinq pour un budget modique tournant autour de 780 millions de dollars, soit une coquette somme pour une succession d’introductions et d’expositions censées mener à ce grand rassemblement. Ensuite car l’artisan de cette entreprise colossale n’est nul autre que Joss Whedon, pape d’une certaine frange geek, sauveur du monde (et sans doute meilleur ouvrier de France, ballon d’or et Prix Nobel de la paix). Le créateur de Buffy contre les vampires, qui s’est adjoint les services de Zak Penn, capable du meilleur (Last Action Hero, X-Men 2) comme du pire (Elektra, X-Men – l’affrontement final). Après des images recyclées jusqu’à plus soif et des trailers qui ressemblaient à un grand concours de money shots mal montés entre eux, la crainte de voir apparaître une grosse baudruche en forme d’appât pour fanboy et rien d’autre était bien présente. Le résultat final est d’autant plus appréciable qu’il échappe aux plus gros pièges qui lui étaient tendus pour tomber dans d’autres plus vicieux et qui remettent en cause le statut même de ce film-réunion.

Sans grande surprise, selon un point de vue purement narratif, Avengers ressemble à un tour de force. Cela pour une raison principale, Joss Whedon parvient plus que quiconque avant lui, rendant tous les prologues presque inutiles, à construire des personnages de A à Z. Des personnages plus que des héros d’ailleurs, bien qu’ils aillent clairement dans cette direction au fil des bobines, en prenant conscience le temps d’une séquence qui tombe un peu comme un cheveu sur la soupe mais qui a le mérite de mettre les choses au clair. L’air de rien il parvient à faire cohabiter, et sans en sacrifier aucun au profit d’un autre, 7 personnages iconiques en diable. Et ce n’était pas gagné ne serait-ce qu’au niveau de la gestion des égos surdimensionnés de certains des acteurs. Sur ce point, Avengers est une grosse réussite, car dans le récit comme dans l’action tous les personnages ont leur place et semblent à leur place. Il est clair que Joss Whedon aime ses héros et il développe tout ce qu’il peut pour leur rendre hommage, même si dans son procédé il se doit de passer par une certaine désacralisation (tous ou presque passent à un moment ou à un autre pour des idiots) pour ensuite les mener vers leur statut mythologique. La méthode est aussi casse-gueule que le film lui-même et peut franchement déranger, car on peut avoir l’impression que l’auteur se fout royalement des icônes qu’il manipule. Pourtant, dans le dernier tiers du film, les doutes n’ont plus leur place. Pour sa mise en place, il applique une grille directement héritée des films de braquage et d’espionnage, entre la flamboyance chorale d’un Ocean’s Eleven et la sophistication d’un James Bond. Le soin apporté à l’exposition est tel qu’elle semble durer une éternité mais reste nécessaire pour ce qu’il a à construire. Ainsi, dans le premier tiers du film on retrouve chaque personnage dans son univers propre, les liens se créant au fur et à mesure, personnage par personnage, là encore un bel étalage de virtuosité scénaristique. Tout est pensé au détail près pour mener le film vers son dernier acte dantesque. Car avouons-le, même s’il ne révolutionne pas le film d’action et encore moins celui de super-héros, le dernier acte supervisé par ILM est un gros morceau parcouru de pures fulgurances. À cet instant, la cohabitation des personnages ne se fait plus seulement dans le récit mais directement dans l’action, pour peu à peu former l’idée d’équipe.

Au milieu de tout ça, un plan séquence formidable qui permet en un mouvement fragile et virevoltant, sans doute le plus beau de tout le film avec, et c’est plus étonnant, une scène beaucoup plus intimiste mais pleine de mouvement, quand les vengeurs se posent les vraies questions sur les motivations du SHIELD. Et même si on est proches de Transformers 3 pour un plan par ici, ou d’Une Journée en enfer pour un autre par là, ce grand final en forme de grosse friandise explosive et survitaminée provoque un plaisir bien réel. Beaucoup moins convaincante est l’action quand Joss Whedon doit la gérer tout seul. Quand il doit filmer un combat, il a du mal, il cadre à l’arrache, il monte tout ça n’importe comment et pense faire avaler la pilule par un surdécoupage de l’action. Malheureusement cela ne fonctionne pas. Et il y globalement un vrai problème de mise en scène dans le film. Qu’il cadre ses héros en contre-plongée pour imposer leur aura grandissante c’est très bien, qu’il cherche à développer une certaine grammaire aussi. Le problème vient du côté systématique de la mise en scène. Pour prendre un exemple concret, Joss Whedon semble fan du dutch angle donc il l’utilise en permanence. Quand John McTiernan s’en servait lors de certaines séquences de À la poursuite d’octobre rouge, c’était pour illustrer une certaine atmosphère, pour raconter quelque chose, mais quand Whedon n’arrive pas à composer un plan sans pencher sa caméra il y a un vrai problème. Ce côté systématique et pas vraiment étudié, couplé à un format d’image tout bonnement incompréhensible pour un film de super-héros méritant toute l’ampleur de l’univers, ne fait que confirmer l’évidence : Joss Whedon n’est pas un metteur en scène. Il est un auteur potentiellement génial, qui peut être fier de ses choix même s’ils peuvent déranger, car ils sont radicaux, mais le garçon ne sait pas tenir une caméra et c’est un vrai problème. C’est d’autant plus dommage que l’équipe qu’il a derrière lui a fait un boulot remarquable, et notamment la team des effets spéciaux qui sont de très haut niveau et auraient mérité un plus bel écrin. Avengers aurait clairement gagné à se retrouver devant la caméra experte d’un vrai faiseur d’images qui aurait su comment donner une dimension épique et héroïque au film. En l’état, c’est bien le strict minimum qui est à l’écran.

En surfant pour beaucoup sur la fanbase de l’univers Marvel sans jamais la provoquer ou lui proposer une réflexion essentielle, Joss Whedon accouche d’un film pop-corn et rien d’autre. Bien entendu, ce n’est pas un problème en soi, mais à l’âge du film de super-héros « adulte » on pouvait en attendre plus. Par contre côté pop-corn, on est plutôt servi, car le ton adopté par l’auteur est clairement celui de l’humour plus que de l’épique. C’est un choix, bon ou pas, mais cela a le mérite d’en être un. Et le fait est qu’Avengers est plutôt drôle. On s’attendait à un Tony Stark lâchant une vanne à chaque réplique – on est là dans la continuité des deux films qui lui sont consacrés, jamais sérieux – puisant un peu partout et notamment dans la culture ciné (Thor qualifié de « Point break », Œil de aucun de « Legolas »…), on s’attendait beaucoup moins à ce que l’humour touche à peu près tous les personnages, Hulk compris. Tout cela est bien sympathique et on se marre, mais il y a un revers de la médaille, et il est de taille. En désacralisant à tout va, Avengers se prive de l’essentiel : un bad guy. Il y a Loki, et c’est bien là le problème. Le personnage, demi-frère de Thor et qui est censé représenter un être incroyablement puissant (c’est juste un dieu, rien de moins) apparait en mythe pour finir en punching-ball digne de Tex Avery. Concrètement, Joss Whedon sacrifie son bad guy sur l’autel du fun, préférant s’amuser avec ses héros en devenir plutôt que de construire une dramaturgie digne de ce nom. L’effet le plus saisissant se voit dans LA scène d’émotion qui en est justement expurgée, et c’est bien dommage. Reste que s’il s’agit bien là d’un problème majeur, Avengers reste un film extrêmement agréable, bourré de money shots qui font leur petit effet, de purs morceaux de comic-book filmé et de personnages solides. Parfois impressionnant, parfois raté, globalement plaisant et qui possède à peu près tout ce qu’il faut pour enchanter les fans de base, cet Avengers manque tout de même cruellement d’ampleur mais se voit sauvé par une accumulation d’éléments imparables, dont ses acteurs, tous parfaits (mention spéciale à Samuel L. Jackson qui assure). Dans tous les cas, il n’y a pas vraiment de quoi crier au génie, ni au scandale d’ailleurs.

FICHE FILM
 
Synopsis

Lorsque Nick Fury, le directeur du S.H.I.E.L.D., l'organisation qui préserve la paix au plan mondial, cherche à former une équipe de choc pour empêcher la destruction du monde, Iron Man, Hulk, Thor, Captain America, Hawkeye et Black Widow répondent présents. Les Avengers ont beau constituer la plus fantastique des équipes, il leur reste encore à apprendre à travailler ensemble, et non les uns contre les autres, d'autant que le redoutable Loki a réussi à accéder au Cube Cosmique et à son pouvoir illimité...