Au galop (Louis-Do de Lencquesaing, 2012)

de le 16/10/2012
 
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Des bobos tristes avec leurs problèmes de rive gauche, des acteurs venus faire coucou à leur pote qui s’improvise réalisateur, un sujet vu et revu des millions de fois et un désintérêt quasi total pour les principes de mise en scène. C’est Au galop, le premier film de Louis-Do de Lencquesaing, la nouvelle star des second rôles du cinéma d’auteur. Accueilli comme « truffaldien » lors de sa présentation dans divers festivals, on lui préfèrera le qualificatif de gentiment médiocre.

On dit souvent que les premiers films contiennent toute l’âme de leur auteur, c’est pourquoi ils sont souvent audacieux, qu’ils débordent de tout, qu’ils sont maladroits. L’audace pour Louis-Do de Lencquesaing, acteur parfois remarquable, dans Le Père de mes enfants par exemple, est de réaliser une comédie vaguement dramatique autour du deuil. En voilà un sujet original. Et mieux encore, de situer le récit dans le milieu bourgeois parisien, avec un père écrivain qui élève seul son adolescente de fille. Là, on sait déjà qu’on touche à de l’inédit, un renversement des valeurs dans le cinéma d’auteur français, comme une révolution menée par l’acteur au physique de philosophe des beaux quartiers. Plus sérieusement, on peut se demander si obtenir un « nom » est aujourd’hui la caution suffisante pour monter n’importe quel projet et trouver un distributeur. Car sans surprise, Au galop n’est rien d’autre qu’une énième comédie dramatique bourgeoise à l’intérêt plus que limitée, qui se contrefout de son récit pour ne s’intéresser qu’à ses personnages et leurs petits problèmes dont personne n’a rien à faire. Des personnages qui, en plus, se payent le luxe d’être écrits bêtement et que la mise en scène absente ne pourra jamais élever.

Pourtant, avec des sujets aussi forts que la paternité et le deuil, entre de bonnes mains il y aurait toujours quelque chose à en tirer. Mais trop occupé à se mettre en scène dans le rôle de l’écrivain candide, symbole de désacralisation du processus de deuil, Louis-Do de Lencquesaing oublie que le cinéma, lorsqu’il ne bénéficie pas d’un vrai metteur en scène capable de transformer le plus minable des scripts en expérience visuelle, a besoin d’une histoire à raconter. La sienne est bête, une banale chronique bobo d’un homme aux comportements méprisables. Un snob désagréable qui n’a aucun scrupule à briser un couple, à se moquer de sa mère endeuillée ou à préférer son boulot à sa fille. Une certaine idée de la subversion de pacotille qui anime son film, sorte de prototype de dissertation pour élève de terminale sur le thème « le nombrilisme au cinéma ». Du mépris porté sur des personnages impossibles à aimer (mention pour le personnage interprété par Valentina Cervi, figure grossière de la femme adultère) à leur évolution vulgaire, preuve d’un travail d’écriture désinvolte, il est bien difficile de sauver quoi que ce soit de cette comédie ni drôle ni émouvante. Bien entendu, le semblant de scénario est cousu de fil blanc, évoluant lentement mais surement vers sa belle morale crétine et qui en dit long sur la finesse de la chose : il n’y a pas d’âge pour grandir. Il faut bien l’avouer, heureusement que Louis-Do de Lencquesaing s’est décidé à passer derrière la caméra pour nous l’apprendre, on se sent un peu plus libre de garder une âme d’enfant grâce à lui. D’autant plus que derrière le côté impulsif et virevoltant qu’il voudrait donner à sa mise en scène, reproduisant des mouvements de personnages captés par les réalisateurs de la nouvelle vague, son propos est asséné avec une lourdeur phénoménale, et notamment par les procédés narratifs utilisés.

En premier lieu la voix off, artifice on ne peut plus agaçant lorsqu’il est aussi mal utilisé, mais également ces dialogues improbables déclamés comme si le plateau de tournage était une scène de théâtre. L’impression qui prédomine est celle d’un film que Louis-Do de Lencquesaing aurait réalisé à la va-vite et pour lui seul, dans lequel il admirerait à quel point il joue bien les enfoirés, comme un miroir de luxe soutenu pour le CNC. Seulement voilà, Au galop sort en salles contrairement à d’autres, et c’est un film qui repose sur du vent, dont la trame et les mouvements de personnages ne répondent qu’à la logique du hasard, belle excuse pour masquer un tissu d’incohérences, avec des personnages bêtes récitant des répliques qui le sont encore plus, et le tout monté à la va-comme-je-te-pousse jusqu’à rendre des séquences incompréhensibles. Mais visiblement ce n’est pas très grave, car la technique ressemble à un gros mot dans le cinéma français. On sauvera essentiellement les jeunes interprètes, dont la fille de Louis-Do de Lencquesaing, qui bénéficient de l’absence de direction d’acteurs et donc d’une certaine fraicheur et on réfléchira longtemps aux profondes interrogations lancées au grès du vent, telles que le déjà mémorable « La mort, c’est la vie… ». Pour un galop d’essai, c’est franchement raté et on est là face à ce qui ressemble à une caricature des pires manies du cinéma français. N’est pas Mia Hansen-Løve qui veut.

FICHE FILM
 
Synopsis

Ada avait construit sa vie, elle en était contente, en tout cas elle croyait l'être. Elle avait l'air heureuse en couple, avait eu un enfant, prévoyait même de se marier, et pof... elle était tombée sur Paul... Un écrivain en plus, ce Paul, et qui vit seul avec sa fille, a une mère des plus envahissantes, et qui a la mauvaise idée de perdre son père alors même que cette histoire commence à peine... La vie s'accélère. Il était temps.