Attack the Block (Joe Cornish, 2011)

de le 24/07/2011
 
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Il faut toujours se méfier des films qui arrivent précédés d’un buzz trop important. On le sait, c’est généralement la douche froide. Alors quand en plus l’affiche dudit film s’amuse à citer un des films les plus cultes de ces dernières années, Shaun of the Dead, on sent venir le pétard mouillé à des kilomètres, on en voit par dizaines chaque années. Et voilà donc Attack the Block, produit entre autres par Edgar Wright, avec Nick Frost qui promène sa bedaine dedans, et armé de son affiche qui sent bon la nostalgie des 80’s. Quelques semaines avant la sortie de Super 8, beau film handicapé par sa passion pour Steven Spielberg et son manque d’ambition, Attack the Block s’impose comme son double maléfique. Plus axé action que comédie, de la même manière que Shaun of the Dead était très axé horreur, le premier long métrage de Joe Cornish, scénariste (avec son pote Edgar Wright) du tant attendu Les aventures de Tintin: Le secret de la licorne, montre de très belles choses. Malgré le fait qu’il se soit fait voler sur le nombre d’écrans en France, il se permet à la fois de faire renaître une certaine idée du cinéma à l’ancienne mais propose également une lecture assez inédite de la jeunesse des banlieues londoniennes, en jouant sur une opposition du mal contre le mal des plus intéressantes. Alors il est vrai que la finesse n’est pas de mise, mais pour une petite série B pondue avec un budget avoisinant les 9.000.000£, le résultat dépasse presque toutes les espérances.

Il faut bien avouer qu’ils nous manquaient ces films bâtis sur des bandes de gosses, ils ont participé à construire la culture populaire des trentenaires d’aujourd’hui. Ça c’est pour l’aspect lorgnant bien plus du côté de Spielberg, sauf qu’à la différence de J.J. Abrams, Joe Cornish ne s’englue pas dans une nostalgie castratrice pour évoluer vers de la pure série B un peu vénère mais pas trop. Pendant une bonne partie du film surtout car il évolue assez bêtement dans son dernier acte. Mais pour le lancer, c’est un petit bonheur de voir un jeune réalisateur britannique illustrer ainsi la jeunesse des quartiers chauds. C’est bien simple, un peu comme Daniel Barber sur Harry Brown, il ne laisse aucune chance à ces jeunes et en fait des petits cons à capuches qui, dans leur premières scène, agressent une jeune fille à 5 contre 1. L’empathie est alors juste impossible, on espère même que les aliens qui débarquent vont tous les bouffer, avant que la donne change. L’invasion massive crée un décalage thématique des plus intéressants, à savoir d’un côté le symbole de l’envahisseur extérieur (les aliens) qui va combattre celui considéré comme la gangrène intérieure (la jeunesse à problème). Bad guys contre monstres, c’est plutôt fun à voir et ça fonctionne les 3/4 du temps sans aucun problème, avec quelques grosses montées d’adrénaline, de la baston épique, des répliques over the top boostées à l’argot (les sous-titres trouvent ici toute leur utilité) et un humour souvent méchant, parfois plus axé jeunes adolescents (à base de jeux vidéos et marijuana, même si ça parle à un public plus vaste). Sans atteindre forcément le niveau attendu et annoncé avant même que quiconque en voit la couleur, Attack the Block remplit tranquillement son cahier des charges de film de siège avec des jeunes cons qui luttent pour sauver leur peau et leur quartier face aux méchants aliens.

Par ailleurs au rayon des réjouissances, entre le design des créatures, la mise en scène qui fait la part belle aux longues focales et crée ainsi des arrières-plans urbains aux lumières diffuses, les acteurs qui semblent se régaler, une poignée d’effets gores à l’ancienne et une bande son du tonnerre (avec citation de rigueur à La Haine), on en a pour notre argent. L’esprit de John Carpenter est bien présent, même si nuancé, par la charge politico-sociale et des anti-héros qui pensent surtout à leur gueule. Le soucis est que la thèse plutôt couillue ne tient pas sur la longueur, comme si pour ce premier essai Joe Cornish avait remballé ses cojones au moment de mettre un point final à la chose. Ainsi dans le dernier acte on assiste médusé à l’éclosion d’une morale minable, entre circonstances atténuantes et pardon, quand il aurait dû aller au fond de son projet sans relâcher la pression. C’est dommage car la violence sociale et thématique de l’ensemble s’en trouve sérieusement malmenée, allant jusqu’à crier au patriotisme comme ultime bouée de secours. Mais on lui pardonnera cette dernière bévue car l’air de rien il nous a pondu un film bourré d’adrénaline, au concept génial, mais qui rate juste ses finitions, comme beaucoup de premiers films. Pas l’objet culte qu’il voulait être mais une pure série B franchement réjouissante.

FICHE FILM
 
Synopsis

Un gang d’adolescents fait face à une invasion de féroces extraterrestres. Leur affrontement transforme une cité de Londres en une cour de récréation futuriste, un immeuble en une forteresse assiégée et des zonards en héros…