Après la bataille (Yousry Nasrallah, 2012)

de le 16/05/2012
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Yousry Nasrallah s’est donné pour noble cause de dénoncer le traitement de la femme au sein de la société égyptienne. Il traitait son sujet en s’inspirant de la magie d’Almodovar dans le très beau Femmes du Caire et adopte cette fois un angle tout autre. Après la bataille est un film d’une noblesse sans faille sur le papier, c’est un fait. Aborder le lendemain de la révolution de 2011, avec le prisme de la place Tahrir, et à travers des portraits croisés de femmes gravitant autour d’un homme héros malheureux de la charge des chameliers, est une excellente idée. Dénoncer la stagnation totale de la place de la femme dans cette société post-révolution également. Sauf qu’à l’écran, ça coince. Yousry Nasrallah se perd dans son récit et cède aux sirènes d’une mise en scène légèrement à côté de ses pompes, malgré son côté très faste. Dommage, car avec un tel sujet le réalisateur tenait une mine d’or qu’il peine à exploiter. Il l’observe seulement.

Après la bataille fait partie de ces films bien difficiles à attaquer, de par leur sujet justement. Comment en vouloir à Yousry Nasrallah de porter son regard sur les conséquences de cet évènement à priori essentiel pour son pays. Il s’y était déjà frotté dans le film collectif 18 Jours, et Après la bataille constitue une sorte de continuité à cette réflexion : que reste-t-il après ces 18 jours ? A cette question il prend beaucoup de temps pour répondre, et sur les deux heures de film il livre une première heure difficilement supportable tant tout n’y est que confusion. Avec son trio de personnages extrêmement marqués, difficilement définis, il tente une construction éclatée. Là encore, une bonne idée puisqu’il s’agit d’une représentation d’une situation chaotique, sauf qu’à trop brouiller les cartes il finit par perdre le spectateur. Le gros problème d’Après la bataille tient donc dans la confusion totale qu’il entraîne dans toute sa première heure. L’effort est louable car Yousry Nasrallah ne prend pas le spectateur pour un idiot, mais il prend le chemin inverse en supposant qu’il connait sur le bout des doigts les tenants et aboutissants, ainsi que tous les rapports de force de la révolution égyptienne. En ressort une sensation désagréable de se trouver face à un réalisateur qui prend des airs élitistes en n’expliquant pas grand chose. Sauf qu’au bout d’une heure, il se décide enfin à expliquer les motivations pas claires du tout de ses personnages qui semblent jouer des rôles de girouettes, quand ils parviennent à jouer. Voilà un autre problème : les acteurs. Nahed El Sebaï et Menna Shalabi sont sublimes, c’est un fait, mais elles peinent à donner du corps à leurs personnages, jouant la confusion des émotions dans leurs regards pas très clairs et difficilement appréciables en terme de sens. Mais elles sont exceptionnelle en comparaison de Bassem Samra qui livre une prestation franchement médiocre alors qu’il hérite d’un personnage fascinant. En fait, le vrai problème vient du fait que Yousry Nasrallah fait un choix casse-gueule, celui de marier politique, propos social engagé, et romance pas très finaude. En résulte une mixture parfois indigeste malgré quelques très beaux moments. Les idées les plus intéressantes se situent dans la désillusion et l’utopie que peut être cette révolution qui sonne à l’écran comme un coup d’épée dans l’eau. Elles sont traitées après le « trio amoureux » qui s’avère beaucoup moins riche en intérêt.

Reste qu’Après la bataille comporte quelques belles images. Plus que cette tendance un brin malheureuse à user d’une mise en scène très démonstrative, multipliant les mouvements de caméra grandioses ou complexes pour pas grand chose tant ils ne servent que rarement la progression dramatique du film. Là est le cœur du problème : un manque de cohésion constant, un sujet en béton sacrifié au profit d’un autre somme toute banal (comme s’il suffisait d’une leçon de morale et d’un baiser pour changer une culture toute entière), des sentiments et enjeux délicats traités avec une lourdeur pachydermique, et un certain manque de recul. Tout semble forcé et les vrais moments de grâce se comptent sur les doigts d’une seule main. Mais ils existent, à l’image du final, plutôt beau dans sa symbolique et qui vient conclure tous les plus beaux plans du films. A savoir ceux qui mettent en opposition la grandeur de l’Egypte des pyramides avec celle en lambeaux d’aujourd’hui. Le thème est beau, celui d’une civilisation qui regarde sa gloire passé derrière un mur ou un grillage, mais là encore le message n’est pas très clair. Faudrait-il revenir en arrière ou avancer sur des bases chaotiques ? Cette question passionnante ne trouve malheureusement pas l’écho qu’elle mérite. Après la bataille aurait pu être un beau film, fort et plein de sens, il reste un film très moyen qui tisse mal son récit autour d’un sujet inattaquable. Reste ces moments rares où le maniérisme s’efface au profit d’une vraie sincérité (très belle scène du père qui éprouve enfin de la fierté à voir ses enfants reproduire ce qu’il est), reste la beauté de ces femmes dans une condition difficile, reste le témoignage d’un pays qui se soulève, reste le constat édifiant sur la manipulation des faibles et les conséquences de ses actes. On est en droit de se demander ce qu’en aurait fait un certain Youssef Chahine

Suivez la team de blogueurs au Festival de Cannes sur le Blog Live Orange

FICHE FILM
 
Synopsis

Mahmoud est l’un des «cavaliers de la place Tahrir» qui, le 2 février 2011, manipulés par les services du régime de Moubarak, chargent les jeunes révolutionnaires.
Tabassé, humilié, sans travail, ostracisé dans son quartier qui jouxte les Pyramides, Mahmoud et sa famille perdent pied…
C’est à ce moment qu’il fait la connaissance de Reem, une jeune égyptienne divorcée, moderne, laïque, qui travaille dans la publicité. Reem est militante révolutionnaire et vit dans les beaux quartiers. Leur rencontre transformera le cours de leurs vies…