American Pie 4 (Jon Hurwitz & Hayden Schlossberg, 2012)

de le 10/04/2012
 
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Il y a maintenant 14 ans, un petit film se réclamant d’un John Hughes trash et des frères Farelly soft faisait son petit effet dans les cours des lycées. Une histoire de tarte aux pommes, de flûte, de stage d’été et d’adolescents en quête de cul, et uniquement de cul. Depuis, les teen movies se sont engouffrés dans la brèche grande ouverte, reproduisant à l’infini une recette déjà ringarde à l’époque. Parmi ces dizaines d’esatz, deux suites officielles d’American Pie et quatre spin-offs sortis en direct-to-DVD aux titres aussi évocateurs que No Limit !, Campus en folie, String Academy ou Les Sex commandements. Tout un programme. Et alors que le cinéma semble enfin avoir tourné la page des 80’s pour se plonger dans les 90’s, voici que débarque American Pie 4 et sa bande au grand complet. Sur le papier l’idée n’est pas dégueulasse, dans la lignée du Detention de Joseph Kahn. À l’arrivée c’est la douche froide, le film ne tenant la route qu’un gros quart d’heure avant de s’effondrer complètement.

L’idée de base orchestrée autant par la bande d’acteurs souhaitant se retrouver devant la caméra, la saga American Pie restant pour la plupart leur unique moment de gloire, que par le duo de scénaristes/réalisateurs Jon Hurwitz et Hayden Schlossberg (déjà responsables de Harold et Kumar s’évadent de Guantanamo) est de propulser les adolescents crétins et libidineux d’American Pie dans le monde des adultes. Sur le papier, pourquoi pas, mais dans les faits on perd rapidement le fil. Un projet tel qu’American Pie 4 méritait un certain équilibre entre nostalgie et modernisme pour fonctionner. Malheureusement, en se lovant uniquement dans les ruines du cinéma des années 90 sans proposer la moindre évolution, il passe à côté de tout son potentiel. Si dans un premier temps l’illusion de trouver de vrais personnages fonctionne, liée à un humour toujours aussi vulgaire et bas du front, c’est pour mieux s’évaporer ensuite. Ainsi, ces personnages qui semblent regarder en arrière, nostalgiques de leurs années lycée/fac, tout en ayant grandi, n’ont en fait pas évolué d’un pouce. American Pie 4 est construit sur un immobilisme total auquel il est tout simplement impossible d’adhérer. Cela ne poserait pas vraiment un problème si le film se contentait de se vautrer dans l’humour crasse à base de branlette dans une chaussette, de boobs siliconés, de strings en plein cadre, de gay jokes ou de vannes SM. Le problème est qu’American Pie 4 s’imagine en film mature et intelligent, avec un véritable message sur la vie asséné avec recul et délicatesse. Sauf qu’il n’en est rien, le film est non seulement bête mais d’une naïveté presque gênante au moment d’aborder les rapports humains et leur évolution. Passés les gags débiles qui n’ont pas évolué d’un poil en quinze ans, passés des personnages englués dans leurs archétypes et des histoires qui leur collent à la peau comme le pire des chewing-gums sur une vieille semelle, l’alcool, les MILF, les lesbiennes, les Spice Girls, la mère de Stifler, Terminator 2, le porno et les humiliations, American Pie 4 sombre dans le mélo. Mais pas le mélo nostalgique, le mélo bien lourd qui dégouline de bons sentiments et de leçons de morale sur le couple, la famille, les amis et le fait de devenir adulte. C’est l’overdose assurée, et tout ce qui précède n’étant pas nécessairement très drôle, c’est le dernier clou dans le cercueil de la saga. Pour son bien.

On retiendra d’American Pie 4 une poignée de vannes imparables ainsi qu’un aspect nostalgique qui fonctionne vraiment bien pendant un temps, mais tout s’estompe. Restent les souvenirs adolescents, moments éphémères, les jolies filles en fleur et cette brochette d’acteurs forcément touchante. Reste également un plan-bite plein cadre assez courageux, mais c’est bien pauvre au final. D’autant plus que si la bande son dopée aux années 90 chatouille elle aussi la fibre nostalgique, malgré sa haute ringardise, l’effet n’est pas tout à fait le même sur le plan formel. American Pie 4 ressemble à American Pie jusque dans sa mise en scène. Dans son découpage, dans ses cadres, dans sa forme statique et ses aspects de vieux clip vidéo pantouflard. Le film ne fonctionne que dans ses clins d’œils, dans son passé, seul élément concret auquel il s’accroche désespérément avant de tomber. American Pie 4 souffre d’un mal incurable pour une comédie : il n’est pas drôle. Mais pire que tout ça, et en mettant en perspective le film et ceux qui le constituent, il devient extrêmement triste, voire pathétique. Et même quand il s’essaye à une réflexion pas forcément bête, en inversant les rôles parents/ados avec la mère de Stifler et le père de Jim, il ne peut tomber que dans la plus minable des vulgarités. Dommage, car ces retrouvailles auraient pu constituer une conclusion aussi drôle qu’émouvante, mais une saga qui reste statique ne pourra jamais trouver de point final intéressant.

FICHE FILM
 
Synopsis

Comme le temps passe…Souvenez-vous de cette année 1999 où quatre lycéens d’une petite ville du Michigan décidèrent d’en finir avec… leur virginité. Quête héroïque, burlesque, inoubliable… Une décennie plus tard, Jim (Jason Biggs) et Michelle (Alyson Hannigan) sont mariés, Kevin (Thomas Ian Nicholson) et Vicky (Tara Reid) sont séparés, Oz (Chris Klein) et Heather (Mena Suvari) se sont éloignés à contrecœur, tandis que Finch (Eddie Kaye Thomas) soupire encore après… l’extravagante mère de Stifler (Jennifer Coolidge). Quant à Stifler (Seann William Scott), rien ne le changera jamais. Amis d’hier, amis de toujours, ces jeunes hommes attendaient depuis longtemps de pouvoir se réunir le temps d’un week-end pour se remémorer leurs exploits d’antan et y puiser de nouvelles inspirations. Que la fête commence, l’heure du checkup hormonal a sonné…