Alpha Dog (Nick Cassavetes, 2006)

de le 18/08/2009
 
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Après un John Q dopé au conformisme qui tombait dans tous les pires clichés du genre pour devenir un produit calibré pour Denzel Washington et sans aucune saveur, le fils du grand John Cassavettes et de Gena Rowlands redresse la barre avec cette chronique d’une jeunesse en perdition. S’il n’évite pas de tomber dans certaines facilités qui l’empêchent d’être un excellent film, Alpha Dog se pose comme le pendant bling bling et sage du cinéma de Larry Clark… avec un casting quatre étoiles qui regroupe nombre de jeunes comédiens de talent, plus deux guests adultes loin d’être inconnus. Pas inoubliable mais quand même bien foutu, le film de Cassavettes, à qui on doit le surprenant The Notebook (pour lui son pire film… c’est pourtant de loin son meilleur) est un long flash back tiré d’une histoire vraie, mention croustillante qu’adore le public. Mais c’est surtout une belle descente aux enfers d’une bande de jeunes inconscients des conséquences de leurs actes…

Très largement inspiré par le chef d’œuvre Bully, dont il ne garde malheureusement pas les meilleurs côtés, Alpha Dog se veut le portrait d’une jeunesse perdue, abandonnée, décadente… sauf que ce n’est pas vraiment ce qu’on en retiendra. A aucun moment le film ne possède la puissance de celui de Clark et il n’est finalement qu’un gentil thriller avec des ados qui vont faire une grosse connerie. Le problème c’est qu’à la cinquantaine, Cassavettes essaie toujours de se faire un nom mais il persiste dans l’académisme le plus total… Alors ça n’en fait pas un mauvais film, loin de là, on passe même un très bon moment. Mais on sent bien qu’il a râté son truc, qu’il voulait faire un film avec un vrai message… et il a mis pas mal d’atouts de son côté, dont un casting terrible.

Un casting de jeunes étoiles, dont au centre Emile Hirsch avant son énorme performance dans Into the Wild. Il est plutôt crédible en fils de mafioso voulant voler de ses propres ailes dans le business mais il n’impressionne pas vraiment. On retrouve aussi Justin Timberlake, très sobre et qui prouve qu’il a un beau potentiel d’acteur, des jolies filles, une Sharon Stone transparente malgré qu’elle en fasse des tonnes, Harry Dean Stenton qui vient faire coucou à la caméra de temps en temps, et Bruce Willis qui lui assure carrément en papa mafioso super sympa mais carrément effrayant quand il se met en rogne, le genre de type dangereux vachement crédible quand il s’énerve… Mais il y a surtout un jeune acteur qui dans ce film a confirmé son immense talent: Ben Foster.

Après de nombreux petits rôles, il a explosé dans Six Feet Under et il livre dans Alpha Dog une performance hallucinante. Digne d’Ed Norton dans American History X, il fait peur, laisse voir une rage incroyable… bref il éclipse à peu près tout le casting dans chaque scène. Après, ce qu’on nous montre ce sont les conséquences d’une dette envers un dealer, la propension de ces jeunes à combler leurs vies futiles par un excès de fêtes, de grossièreté (le film est fièrement entré à la quatrième place du classement qui comptabilise le nombre de fois que le mot fuck est prononcé), de violence… c’est plutôt bien fait dans l’ensemble, sauf les scènes de pseudo-reportages qui viennent souligner de façon balourde l’histoire vraie derrière la fiction jusque dans un final qui se retrouve du coup raté.

On est en face d’une illustration intelligente et parfois pudique (l’éducation sexuelle dans la piscine bien traitée) du syndrome de Stockholm, bien interprétée, qui atteint presque son but mais qui reste trop sage malgré quelques excès de furie salvateurs à mettre au crédit de Ben Foster. Tout cela donne un film dans la moyenne haute mais qui ne restera pas forcément longtemps dans les mémoires, surtout quand on le compare à Bully. Sympa mais vite vu vite oublié… c’est dommage car à un certain moment on sent qu’il va jusqu’au bout de son propos, qu’il n’y a pas de marche arrière possible suite aux choix que ces jeunes font… sauf que tout est désamorcé par un final larmoyant qui n’a pas lieu d’être. A voir une fois.

FICHE FILM
 
Synopsis

Dans une banlieue riche de L.A., Johnny et sa petite bande jouent aux durs et trafiquent un peu. Livrés à eux-mêmes, leur vie n'est qu'une quête permanente d'émotions fortes. Pour s'assurer que Jake lui remboursera bien tout l'argent qu'il lui doit, Johnny et sa bande kidnappent son petit frère, Zack. Sous la bienveillante garde de Frankie, Zack va alors se mêler au groupe au cours d'une virée de trois jours riche d'alcool, de filles et de nouvelles expériences. D'heure en heure, son statut d'otage devient de plus en plus flou pour tout le monde. Pourtant, la réalité de la situation ne va pas tarder à resurgir. Pressé par son père, pourchassé par la police, Johnny a le choix entre une prise de conscience et une fuite en avant. La situation va lui échapper, bien au-delà du pire...