Alex Cross (Rob Cohen, 2012)

de le 12/12/2012
 
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Le romancier James Patterson a déjà fait les frais d’adaptations pataudes de ses romans de la série Alex Cross. Mais ce n’était rien comparé au massacre hallucinant perpétré par ce diable de Rob Cohen. Le pape du mauvais goût, capable de fulgurances lorsqu’il ne se prend pas au sérieux, accouche cette fois d’un thriller incompréhensible et d’une laideur à couper le souffle. Avec en prime une bande d’acteurs jamais dirigés. Le résultat est une catastrophe qui dépasse l’entendement.

Si Le Collectionneur et Le Masque de l’araignée, thrillers lambdas surfant mollement sur la vague initiée par Se7en, n’étaient déjà pas des instants de cinéma mémorables, il convient de les réévaluer à la vision d’Alex Cross, sorte de prequel bâtarde fabriquée sans grande conviction. Rob Cohen n’est certainement pas un génie mais entre Fast & Furious et surtout le très crétin mais hautement jouissif XxX, dérivé clinquant et dégénéré d’un James Bond sous coke, il a su prouver qu’en ne se prenant pas au sérieux il était capable d’assurer un spectacle certes con mais vraiment pas désagréable. Avec Alex Cross, le bonhomme s’est senti pousser des ailes en traitant des origines d’un héros plus ou moins oublié, l’occasion pour lui de développer avec ses scénaristes (dont Marc Moss, scénariste du Masque de l’araignée) un thriller à base de serial killer siphonné tournant au vigilante primaire. Las, si sur le papier le film peut faire illusion, le résultat à l’écran est une calamité d’1h40 qui multiplie les viols rétiniens en essayant de raccrocher les wagons d’un scénario qui prend l’eau au bout de cinq minutes. Autant dire que Rob Cohen vient de signer son chef d’œuvre et qu’on attend avec impatience son adaptations des articles de Marguerite Higgins.

La beauté dans Alex Cross est que le film ne tente jamais de faire illusion. Le film s’ouvre sur un enchainement surréaliste partant d’une longue course-poursuite tout bonnement illisible, des séquences mélodramatiques qui tombent comme un cheveu sur la soupe étant donné qu’il n’y pas eu un semblant d’exposition pour arriver sur le clou du spectacle, une séquence de free fight avec un Matthew Fox crâne rasé, muscles saillant et regard injecté de sang. On n’y comprend rien et tout le film sera sur cette lancée, multipliant les incohérences d’un scénario d’une bêtise un brin embarrassante. Entre facilités grotesques (Alex Cross capable de refaire toute une scène de crime sans aucun indice, tranquillement), répétitions prenant le spectateur pour un benêt jusqu’à l’écœurement (on assiste à un meurtre, on nous ressert les mêmes images au moment de l’enquête et on nous raconte ce qui se passe à l’écran par les dialogues) et sous-intrigues dont personne n’a quoi que ce soit à faire (la romance entre Edward Burns déguisé en Don Johnson période Deux flics à Miami et une collègue flic est traitée avec une telle maladresse et n’apporte tellement rien), il est bien difficile de s’intéresser à ce qui se passe dans ce shaker gigantesque. D’autant plus que Rob Cohen n’essaye jamais d’apporter une quelconque logique ou crédibilité à son récit, permettant à son bad guy massif d’entrer dans un immeuble par des petites canalisations, malaxant son héros au charisme d’huître jusqu’à ce que son comportement n’ait plus aucun sens, et tombant dans les clichés les plus vulgaires avec notamment ces flics spécialistes en informatiques qui ne sont rien d’autre que des caricatures de geeks d’il y a 10 ans, barbe touffue et lunettes à l’appui. Le summum du n’importe quoi étant atteint lors d’une attaque au lance-roquette depuis un train en marche. L’idée n’est pas dégueulasse mais la séquence est tellement construite en dépit du bon sens et anéantie par les déductions grotesques d’un Alex Cross qui comprend immédiatement tout ce qui a pu se passer, là encore sans aucune forme de preuve, que cela en devient ridicule.

Et pour bien enfoncer le clou, Alex Cross nous sert un des twists les plus cons de l’année avec l’inénarrable Jean Reno dans un rôle taillé pour une comédie burlesque. Rien à sauver dans ce naufrage qui ne se sort jamais de sa construction chaotique, abordant mollement le vigilante pour mieux amener une belle morale dans le final. Le pauvre Tyler Perry semble à l’agonie, engoncé dans un costume visiblement taillé pour Idris Elba, tandis que face à lui Matthew Fox réinvente le concept du « jeu en roue-libre », se prenant pour Robert De Niro dans Les Nerfs à vif mais manquant cruellement de prestance jusqu’à lui aussi sombrer dans le ridicule le plus crasse. Et comme on est chez Rob Cohen, il faut se farcir des délire de mise en scène incompréhensibles, avec des effets de style ringards pour tenter de capter la folie du bad guy à travers des mouvements panoramiques fulgurants et des dédoublements d’image colorés, le tout doublé d’un sens du découpage qui repousse les limites de l’acceptable tant il ruine toute notion d’espace ou d’action. A l’arrivée chaque scène d’action ressemble à une vaste blague pas très drôle tant le défi devient d’essayer de deviner ce qu’il pourrait bien se passer dans le cadre. Alex Cross est un film laid, crétin, à peine digne d’une sortie DVD en catimini et peut se résumer à cette somptueuse image du héros Alex Cross qui piétine une bobine de film. Cela en dit long sur ce qu’apporte Rob Cohen au cinéma avec cette chose.

FICHE FILM
 
Synopsis

Inspecteur de police à Detroit, Alex Cross fait équipe avec son ami de toujours, Tommy Kane, et l’inspectrice Monica Ashe pour élucider une affaire de meurtres en série. Le tueur, surnommé Picasso, cherche à s’en prendre à un puissant industriel de la ville, Gilles Mercier. Mais dans cette affaire, les évidences cachent parfois des pièges et rien n’est vraiment ce qu’il paraît. Alors que Cross emploie toute son expertise psychologique à anticiper les actes du tueur, il doit aussi lutter contre les pulsions que Picasso a fait surgir en lui…