À Toute épreuve (John Woo, 1992)

de le 14/04/2009
 
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« Goodbye Hong Kong » pourrait être le titre alternatif de ce film connu aussi sous son titre anglais Hard Boiled. En effet c’est avec À Toute Épreuve que John Woo fait ses adieux à son pays avant de partir pour les Etats Unis et une série d’échecs artistiques qu’on préfèrerait oublier (même si Volte Face est quand même vachement bien, il reprend tous les éléments de ses films HK avec des acteurs ricains…). Peur de la rétrocession à la Chine et de ses conséquences sur les libertés artistiques des cinéastes, sensation d’avoir fait le tour de ce qu’il avait à dire… son désir d’exil peut se comprendre mais ça a clairement été une erreur. Les réalisateurs HongKongais ne s’épanouissent jamais aux USA, et Woo n’est qu’un exemple parmi d’autres.

Malheureusement pour son public, il aura fallu attendre 16 ans et le magistral diptyque Red Cliff et Red Cliff II pour retrouver le John Woo génial capable de déployer une action flamboyante avec des envolées lyriques qu’il est le seul à maitriser… A toute épreuve est un concentré de son cinéma, une oeuvre charnière, un bilan, et un film qui a sa place au panthéon des plus belles réussites du cinéma HK, indispensable!

Les premières images ne laissent aucun doute, A toute épreuve est un film nostalgique. Des images de Hong Kong de nuit, un club de jazz, un verre de tequila… Woo aime ces endroits qui possèdent une âme. Et passée cette introduction presque hors du film, la fameuse scène du salon de thé… Tension qui monte crescendo, décors riches, il pose même une petite discussion sur le fait de partir de Hong Kong, comme s’il n’était pas si sur de son choix… Et puis arrive ce gunfight ahurissant, avec un Chow Yun Fat dans toute sa splendeur, dans le rôle qui lui colle toujours à la peau aujourd’hui, peut-être encore plus que celui de The Killer! Un flingue dans chaque main, on croirait la main de dieu qui vient punir les trafiquants. C’est chorégraphié à la perfection, sans aucun temps d’attente, et Tequila sème la mort comme s’il était un demi-dieu, avec des idées excellentes comme cette descente sur la main courante de l’escalier… énorme!

Puis vient le deuxième personnage clé du film, sans lequel il serait juste un heroic bloodshel magnifique mais ne serait pas entré dans la légende : Tony Leung. A l’époque il avait déjà fait ses preuves comme un des meilleurs acteurs de HK (une balle dans la tête, days of being wild...) et se hisse sans problème au niveau d’un Chow Yun Fat pourtant en très grande forme. A eux deux ils accumulent les postures d’icônes, tour à tour amis et ennemis, leur confrontation culmine dans un des plus beaux mexican standoff qu’on ait pu voir!

La scène a d’ailleurs lieu au milieu du deuxième gros gunfight du film, un morceau de bravoure dans un entrepôt où Tequila dézingue à tout va au shotgun. Sa confrontation avec le trop rare Philip Kwok (excellent dans tout le film, avec un vrai sens de l’honneur) est à la hauteur. Chorégraphies et cascades de malade, explosions dans tous les sens, le spectacle à la sauce Woo ne pourra définitivement jamais être égalé! En s’entourant de ces acteurs fabuleux, Chow Yun-Fat et Tony Leung (qui prouve encore une fois que c’est dans les rôles ambigus qu’il est le meilleur, ici il est en permanence à la limite) mais aussi le grand Anthony Wong qui joue le parfait bad guy, un salaud de la pire espèce qui n’hésite pas à ordonner de tuer des malades et des enfants… alors qu’il n’avait derrière lui qu’une petite dizaine de rôles au cinéma à l’époque! Il n’a d’ailleurs pas été très heureux de sa collaboration avec Woo qu’il considère comme un directeur d’acteurs médiocre…

Et comme tout grand film, À Toute Épreuve possède aussi sa scène culte, qu’on pourrait revoir en boucle tellement elle impressionne! En plein milieu du climax du film (qui dure quand même bien 45 minutes), une série de gunfights hallucinants dans un hôpital, une course à la surenchère d’action, on trouve un plan séquence de folie! De plus de quatre minutes, avec un changement complet du décor lorsqu’ils sont dans l’ascenseur, c’est sans doute le plan séquence le plus impressionnant que le cinéma d’action nous ait donné!

Œuvre phare, violente, drôle, émouvante, Hard Boiled représente l’essence même du cinéma de John Woo avant la débâcle. On y retrouve tout ce qui fait son style, une mise en scène réglée au millimètre inspirée des films de sabre (également pour les chorégraphies, de Philip Kwok), des thèmes forts issus de toute la culture de son pays (chevalerie, honneur, sacrifice…), avec une équipe technique qui était à l’époque ce qu’on trouvait de mieux (David Wu au montage, Wong Wing-hung à la photo, James Leung aux décors…).

Des scènes cultes, des acteurs formidables, les superlatifs manquent pour décrire une œuvre aussi riche, presque testamentaire, quintessence d’un style qui ne cessera d’être imité mais jamais égalé.

FICHE FILM
 
Synopsis

Hong-Kong 1997. Les Britanniques vont rendre dans quelques mois à la Chine populaire une ville corrompue par le crime. Alors que les policiers ont baissé les bras, un groupe d'inspecteurs, mené par Yuen, surnommé Tequila, décide de mettre fin a la suprématie des gangs.