À l’aveugle (Xavier Palud, 2012)

de le 05/03/2012
 
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Après le pas inintéressant Ils et le pathétique remake de The Eye avec Jessica Alba réalisé pour le compte de la boîte de production de Tom Cruise et Paula Wagner, Xavier Palud se lance dans l’aventure du film en solo. À l’aveugle c’est également le premier film à sortir de l’usine weareproducteurs.com, l’association Orange/EuropaCorp. Avec sa belle campagne d’affichage, qui n’hésite pas à comparer le face à face Jacques Gamblin / Lambert Wilson à celui de Heat, à savoir Robert De Niro / Al Pacino, sans aucune honte, ou encore sa bande-annonce percutante qui vend un thriller aussi noir que musclé, À l’aveugle part avec de sérieux atouts qui risquent bien de décevoir ceux qui pensent encore qu’une campagne de promotion vend un film pour ce qu’il est. À l’aveugle n’a non seulement rien à voir avec Heat, la comparaison étant presque insultante pour le chef d’œuvre de Michael Mann, mais n’a pas grand chose non plus à voir avec le film qu’on nous vend. Jonglant comme il le peut avec un scénario débile, Xavier Palud signe un thriller de troisième zone qui souffre d’un manque d’enjeux dramatiques assez stupéfiant.

Dans ses meilleurs moments, À l’aveugle ressemble à du sous-Olivier Marchal avec son flic vieillissant, borderline et névrosé. Dans ses pires moments, on se situe du côté de Julie Lescaut. Entre les deux, pas grand chose à se mettre sous la dent si ce n’est une intrigue téléphonée comme cela devrait être interdit d’en pondre, des personnages sans la moindre consistance et des situations qui redéfinissent le surréalisme, mais dans un thriller mollasson. Les cinq premières minutes sont pourtant porteuses d’espoir avec un meurtre graphique en mode giallo et un ton plutôt cru, plus un flic au comportement suicidaire. Sauf que le cap n’est absolument pas maintenu et À l’aveugle devient une succession de situations grotesques sans la moindre tension, sans le moindre intérêt ou véritable ressort dramatique. On veut nous faire ressentir une émotion envers le personnage de Jacques Gamblin, mais en même temps on lui fait tourner autour toute une bande de personnages secondaires qui ne dépassent jamais le stade du cliché sur pattes. Passe encore sur le dealer qui crie comme un putois ou la fliquette qui ne cherche qu’à se taper son boss, ils ne sont que des éléments de décor, mais le problème vient du même type de traitement pour Lambert Wilson. Aucun suspens n’est ménagé quant à l’identité du tueur, et Narvik (Lambert Wilson donc) est immédiatement désigné, notamment lors de sa première apparition dans le bureau de Lassalle, accompagné comme il se doit par la « musique du méchant » bien prononcé, au cas où le spectateur un peu inattentif (ou crétin) n’aurait pas suivi qu’À l’aveugle ne serait qu’un vulgaire duel entre un flic et un tueur. la figure est classique, elle a donné naissance à des grands thrillers, elle n’est ici jamais exploitée. C’est qu’avec des acteurs en roue libre, il y a toujours un risque. Avec Lambert Wilson en roue libre, il y a la certitude de ne rien faire de très bon. Excellent acteur s’il est cadré, il fait n’importe quoi quand il est laissé à l’abandon et cette absence de direction se ressent à chaque scène, comme un improbable jeu de défis qu’il lance à Jacques Gamblin. Il n’est jamais très loin de lancer le rire démoniaque des méchants de dessins animés tellement il se vautre dans une caricature de bad guy. Avec un scénario qui ne perd aucun temps pour s’enliser, Éric Besnard, pourtant brillant auteur du Convoyeur, s’est sans doute dit qu’il pouvait tout tenter et il balance comme si de rien n’était une théorie du complot sortie de nulle part et sans que cela ne semble poser de problème à personne. À ce stade, il devient bien difficile de défendre la tournure que prennent les évènements tant on navigue à vue sur l’océan du grand n’importe quoi où sombrent les pantins qui servaient de personnages à un récit mort-né.

On peut toutefois y voir une tendance, à savoir celle de remplacer l’argument « nazi » par le « taliban » pour tenter de redynamiser une intrigue qui patine sauf qu’à coups de hors sujet, il est tout simplement impossible de ressentir quoi que ce soit de solide devant un film tel qu’À l’aveugle. Un film exécuté sérieusement sur le plan formel, très pro mais sans coup de génie non plus, mais tellement bête, tellement nourri de dialogues impossibles, de facilités pour résoudre les points durs de l’intrigue, de caricatures (le fils homo et son copain journaliste, un festival) et d’erreurs tout simplement, qu’il ne reste pas grand chose à sauver. Il faut tout de même voir pour le croire ce duel final de western en gros plans sorti de nulle part ou cette morale engagée (« vendre des armes à l’ennemi, c’est mal ») ou encore cette amnésie des personnages qui en viennent à oublier la barbarie totale des actes perpétrés 1h30 plus tôt. Grotesque jusqu’au bout, À l’aveugle est un ratage tel qu’il vaut mieux lui préférer, et de loin, L’accordeur, court-métrage d’Olivier Treiner lauréat d’un César avec lequel le film de Xavier Palud partage quelques éléments. Une belle sensation de gâchis et certainement pas « un face-à-face époustouflant dans la lignée de Heat ».

FICHE FILM
 
Synopsis

Le cadavre mutilé d’une jeune femme est retrouvé à son domicile. Pas d’effraction, pas de témoin : le crime est parfait. L’enquête est confiée au commandant Lassalle, un flic expérimenté et solitaire, détruit par la mort de sa femme. Alors que d’autres meurtres tout aussi sanglants sont perpétrés, Lassalle est intrigué par la personnalité d’un aveugle, Narvik. Mais l’alibi du suspect est plausible et son infirmité le met hors de cause. Un étrange duel, telle une partie d’échecs, s’engage alors entre les deux hommes.