A History of Violence (David Cronenberg, 2005)

de le 07/05/2007
 
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Tous les grands metteurs en scène sont capables, y compris après de nombreuses années et des dizaines de (grands) films, de livrer un long métrage surprenant. Surprenant car avant d’avoir vu A History of Violence, on peut s’attendre à tout sauf à ce qui nous est donné de voir. En effet il s’agit d’un film de commande, une adaptation d’un roman graphique (un comic book sous la forme d’une mini-série, pour simplifier), qui commence comme des millions de films dramatiques américains, avec une gentille famille modèle, et tout le monde qui vient consoler la petite fille qui a fait un mauvais rêve… c’est tellement convenu. Sauf que juste avant il y a l’ouverture du film, à laquelle il faut prêter une attention toute particulière car elle est le symbole de toute l’histoire et de tout le film dans sa construction: un plan séquence magistral, lent, posé, mais derrière ce calme apparent on sait, on devine qu’il n’y a que du noir, que de la violence. Derrière en fait, il y a ce qui se cache en chaque être humain!

Sous des airs de production ultra classique, formatée comme un grand film populaire se cache un véritable film de Cronenberg, sans doute même son meilleur depuis très longtemps. Et ce même si l’ensemble de son oeuvre comporte un bon nombre de films qu’on peut légitimement qualifier de chefs d’oeuvres. Avec ce personnage d’homme bien sous tout rapport, d’américain bien tranquille, il sonde la part sombre de l’homme faite de violence et de bestialité. Le tout en jouant sur les faux semblants, où chaque personnage n’est pas, de la même façon que le film lui-même, ce qu’il semble être. Par ailleurs, on retrouve l’obsession du canadien pour la chair et l’érotisme, notamment à travers le personnage de Maria Bello, MILF parfaite dont la puissance sexuelle explose dans une séquence de baise sauvage phénoménale.

Et traiter ces thèmes ne peut être réussi sans un talent fou, tant le film pourrait déraper dans du mauvais goût ou dans du moralisme à outrance. Mais David Cronenberg gagne ici son pari avec une aisance insolente, et on se trouve abasourdi par l’intensité développée dans des scènes d’amour comme dans des exécutions froides dignes de ses meilleurs opus gores. Le réalisateur a fait un bond en avant impressionnant, tant ses premiers films ouvertement graphiques ressemblaient à la chrysalide de ce cinéma flamboyant de sobriété qu’il est devenu. Il est difficile d’en dire plus sans dévoiler l’histoire, et ça serait tellement dommage pour ceux qui auront la chance de le découvrir.

A History of Violence est une surprise incroyable et une réussite fracassante. David Cronenberg a terminé sa mutation. Fini le gore, place à un académisme d’apparence et à un cinéma à la subversion toute puissante. Il transcende un matériau de base déjà fascinant pour livrer un polar social bâti sur des faux semblants, tout en démontant avec une précision chirurgicale les fondations de la famille modèle américaine et sa représentation au cinéma. Un très grand film.

FICHE FILM
 
Synopsis

Tom Stall, un père de famille à la vie paisiblement tranquille, abat dans un réflexe de légitime défense son agresseur dans un restaurant. Il devient alors un personnage médiatique, dont l'existence est dorénavant connue du grand public...