À bout portant (Fred Cavayé, 2010)

de le 27/11/2010
 
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Elle n’est pas si compliquée la recette pour accoucher d’un bon film, il suffit d’une bonne idée et de suffisamment de style pour la mettre en oeuvre. Et si en plus on a du talent, ça donne quelque chose de mémorable. Fred Cavayé avait déjà impressionné tout le monde avec Pour elle et sa dernière demi-heure sous tension. Avec À bout portant il prend un pari un peu dingue dans le cinéma français, y compris dans le cinéma de genre, miser à fond sur l’efficacité du film. Et l’air de rien, c’est une putain de bonne idée! Car À bout portant c’est un peu le film inespéré en France, une pure série B d’action qui ne s’écarte jamais de sa trame ultra resserrée et qui en plus a de la gueule. Alors qu’à l’annonce du projet on ne pouvait se sortir de la tête le film éponyme de Don Siegel, Fred Cavayé nous calme d’entrée de jeu et développe pendant moins d’1h30 une course poursuite quasi ininterrompue. Les films avec autant de rythme et dont on ressort le souffle court sont rares, voire inédit en ce qui concerne notre beau pays de cinéma. Et si À bout portant semble bien inspiré par une multitude de polars américains des années 70, on pense presque à l’expérience Hyper tension pour le shoot permanent d’adrénaline, l’humour en moins, la noirceur en plus. À bout portant c’est tout simplement LA grosse surprise française de l’année, et la confirmation qu’on tient là un réalisateur qui va redonner un souffle nouveau au cinéma populaire.

À bout portant ne s’embarrasse d’aucun récit annexe qui viendrait perturber le rythme si vif et la trame narrative si directe. D’ailleurs Fred Cavayé joue sur ce point avec le spectateur à plusieurs reprises, lançant le temps d’une poignée de secondes l’éventualité d’une storyline secondaire pour la noyer dans l’instant. Et là encore c’est d’une efficacité folle. Pas de dialogues à rallonge, un naturel presque surréaliste pour un film français, et surtout de l’action, une très grosse dose d’action. En dégraissant au maximum son intrigue principale, À bout portant nous attrape à la gorge dès l »ouverture pour nous laisser sur les rotules quand arrive le générique de fin. Il n’y a rien qui pourrait nous faire sortir du film, même sporadiquement, et c’est bien là que se situe le tour de force. On vit 1h24 au rythme de la course effrénée de Gilles Lellouche, l’anti-héros classique qui était juste au mauvais endroit au mauvais moment, et qui va salement souffrir.

Il est difficile d’entrer dans les détails sans révéler des points de l’intrigue donc nous resterons en surface. Mais il faut savoir que dans À bout portant, même si on peut très bien deviner comment cette course va se terminer, on n’a de cesse d’être surpris par le cours des évènements. Et chose incroyable, on en vient même à douter de nos certitudes quant au destin de certains personnages que la bonne morale habituelle n’oserait même pas bousculer. Et si on n’a aucun mal à accrocher à ce film qui file à 200 à l’heure presque sans interruption, c’est qu’on se sent immédiatement proche du personnage principal jeté aux lions alors que c’est un type lambda. Le côté primaire qui se dégage de sa quête, simplement motivée par son amour pour sa femme, ne peut que toucher, d’autant plus que Fred Cavayé fait le bon choix de tout centrer sur lui à tel point qu’on découvre en même temps que lui les tenants et les aboutissants de ce qui se trame, non sans (grosses) surprises.

Mais un bon récit, aussi simple et efficace soit-il, ne suffit pas pour faire un grand film. Fred Cavayé le sait très bien et le bonhomme a suffisamment de talent pour l’illustrer exactement comme il le fallait. À l’image, c’est tout un pan du cinéma d’action rugueux qui surgit, intelligemment. Entre polar urbain et thriller poisseux, À bout portant se pose comme un vrai film de genre, du vrai cinéma avec des cojones où les courses poursuites dans les couloirs du métro nous rappellent au bon souvenir de French Connection sans abus de shaky cam qui file la migraine. Fred Cavayé sait manier la caméra sans en faire trop et c’est un bonheur car le film ne peut que flatter la rétine tout en bousculant les sens. Bien appuyé par la sublime photographie d’Alain Duplantier (Pour elle, Anna M.) et porté par la composition brutale de Klaus Badelt (Pirates des Caraïbes, Basic), l’efficacité sans failles de l’ensemble doit également beaucoup à ses interprètes. Gilles Lellouche qui trouve enfin un premier rôle mérité et qui en impose, Roschdy Zem impeccable comme à son habitude, la résurrection de Gérard Lanvin qu’on n’avait pas vu si impressionnant depuis une éternité ou la présence fragile de la belle Elena Anaya (Lucia et le sexe, L’instinct de Mort). Sans oublier les seconds couteaux avec de vraies gueules de cinéma, elle est là la recette d’un film de genre réussi.

[box_light]Pure série B d’action urbaine, À bout portant est bien un film inespéré. Doté d’un rythme sans le moindre temps mort, porté par le plus primaire des instincts, sans concession, il s’en dégage une tension assez incroyable qui assomme le spectateur à l’issue d’une projection qui semble se dérouler en apnée. Pour elle avait ouvert la voie. Avec À bout portant Fred Cavayé ne fait que confirmer que ce cinéma d’action, genre populaire complètement délaissé en France, porté par une émotion naturelle à fleur de peau, a bien un avenir radieux. Pour cela il faut que d’autres talents lui emboîtent le pas mais en l’état il réussit à nous couper le souffle pendant 1h30, et mine de rien c’est un petit exploit ce qu’il vient de réaliser.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Tout va pour le mieux pour Samuel et Nadia : lui est bientôt infirmier et elle, attend son premier enfant. Mais tout bascule lorsque Nadia se fait kidnapper sous l’oeil impuissant de Samuel. A son réveil, son portable retentit : il a trois heures pour sortir de l’hôpital dans lequel il travaille un homme sous surveillance policière. Le destin de Samuel est désormais lié à celui de Sartet, une figure du banditisme activement recherchée par tous les services de police. S’il veut revoir sa femme vivante, Samuel doit faire vite…