7 jours à la Havane (2012)

de le 25/05/2012
 
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On retrouve toujours les mêmes problèmes dans les films collectifs. Et un en particulier : le manque de rigueur de l’ensemble, la tendance qu’ont certains segments à supplanter très largement tous les autres. Avec ce regard sur la Havane porté par le scénariste Leonardo Padura, à l’initiative du projet commun, c’est encore a même chose. 7 Jours à la Havane pour 7 réalisateurs aux origines et aux univers qui n’ont rien à voir, 7 metteurs en scène aux styles marqués et à la signature reconnaissable, 7 visions de la Havane à travers le regard de l’artiste étranger. Cuba et la Havane sont des lieux de fantasme, avec des clichés imposés par le cinéma américain, et ces 7 réalisateurs avec leur petit budget, leur équipe et leur durée de tournage réduite, cherchent à rendre compte d’une réalité à travers ces destins multiples. Plein de bonnes idées dans cet exercice qui ne se traduisent pas toutes en bons courts métrages. Tandis que deux segments surnagent vraiment, le reste va du médiocre au très moyen.

Au niveau des déceptions, le segment La Tentacion de Cecilia de Julio Medem est une catastrophe. Poussif, filmé comme une telenovela et assommé par une bande son illustrative des plus désagréables, ce segment confirme que le réalisateur espagnol est à la dérive depuis bien trop longtemps et peine à retrouver sa grâce bizarre d’antan. Du côté de Benicio Del Toro qui repasse pour la première fois derrière la caméra depuis le milieu des années 90 et un court métrage avec Matthew McConaughey et Valeria Golino, c’est d’une banalité assez déconcertante dans une tentative de capter l’ivresse de la Havane et la tendance des étrangers (des touristes américains en particulier) à céder aux charmes faciles de la ville, entre le rhum, les cigares et les transsexuels. Pablo Trapero poursuit dans la même thématique en suivant Emir Kusturica dans un voyage alcoolisé vers une session de jam. Techniquement éblouissant, avec son ouverture en plan séquence monumental, le segment ne va jamais très loin et flirte avec une naïveté agaçante. Reste la bande son, sublime. Du côté de Juan Carlos Tabio, ce n’est pas la joie non plus avec le portrait d’une famille qui doit multiplier les activités, une famille recomposée avec une fille en mal de liberté. Assez riche sur le plan thématique, parlant de problèmes concrets du pays, le film pêche par sa forme peu soignée. Quant à Laurent Cantet qui ferme la marche, il signe un beau segment qui met en lumière le pouvoir de la communauté à Cuba, ainsi que la dévotion aux cultes religieux qui permet de soulever des montagnes. Triste et joyeux à la fois, ce récit d’une dame habitée par la passion en devient presque émouvant et s’avère plutôt beau dans l’énergie déployée par la mise en scène.

Mais c’est du côté d’Elia Suleiman et de Gaspar Noé qu’il faut se tourner pour avoir une matière vraiment solide. Elia Suleiman signe un segment quasiment muet, porté par un traitement à l’humour absurde et des cadres géométriques d’une beauté saisissante. L’air de rien, il est le seul à aborder concrètement les questions politiques du pays tout en y infusant son propre sens du cinéma de l’absurde. Beau à se damner, ce film préfère l’abstraction et les portraits solitaires à la prétendue agitation qui habite la Havane. En captant des petits instants de grâce, il nous emporte sans trop de problème. Du côté de Gaspar Noé, c’est plutôt inattendu car si son film frôle à nouveau l’expérimental il ne manque pas de propos concret. Ainsi, il met en lumière l’importance de la magie noire à Cuba, quelque chose dont on ne sait pas grand chose ici, ainsi que ces rites incroyables pour expier le pêché. L’homosexualité féminine à Cuba est un tabou et il filme cela de la plus belle des façons, avec sa caméra mobile mais qui ne part pas cette fois dans des chorégraphies farfelues, avec un plan séquence rompu en permanence par des inserts noirs et une bande son démoniaque du plus bel effet. Comme souvent, il y a donc une poignée d’auteurs qui transforment un exercice périlleux et globalement faible en quelque chose de bien plus consistant par leur seul regard d’auteur et de metteur en scène. Donc ne serait-ce que pour les deux derniers cités, 7 Jours à la Havane vaut le déplacement. Dans tous les cas, dépaysement garanti.

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FICHE FILM
 
Synopsis

Véritable portrait contemporain de la mythique capitale cubaine, 7 Jours à la Havane offre un regard instantané de la ville à travers un film de cinéma composé de 7 chapitres, réalisés par 7 réalisateurs internationaux. Chaque chapitre raconte une journée de la semaine, à travers le quotidien ou l’aventure d’un personnage différent et fait résonner l’âme de la ville au fil des quartiers, des ambiances, des générations et des cultures. A travers leurs différentes sensibilités, origines et styles cinématographiques, certains réalisateurs ont eu le désir de croiser la réalité cubaine en prise avec son quotidien, d’autres ont choisi l’immersion totale et se sont inspirés de la vie de la population locale. Si les 7 histoires présentent des intrigues différents, les réalisateurs ont accepté d’inscrire leur récit dans une trame partiellement commune; à la Havane, toutes les couches sociales se croisent, se cotoient, parfois s’entremelent à divers instants de la semaine.